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Le temps est à l'orage, Jérôme Lafargue (Quidam) ★★☆☆☆

     Quand un livre me passionne, comme Francis Rissin, je pourrais en parler des heures. Là, il faut bien l'avouer, je risque d'être un peu sec. Sans attente particulière, je me suis plongé dans ce roman de Jérôme Lafargue. Une découverte, je n'avais jamais rien lu de cet auteur. Jolie couverture, éditeur de confiance, je me lance. Première impression après 60 pages : je suis d'un oeil vaguement intéressé l'histoire de ce père veuf qui a tout perdu, sauf sa fille : ex-sniper, son (seul) pote s'est fait buter, sa femme est morte et il n'a aucune famille. Juste sa petite Laoline donc, lui le père à peine adulte. Le voilà alors embauché comme gardien aux lacs d'Aurinvia, un Eden à l'aura mystérieuse.
     Le récit va-t-il alors s'emballer ? Eh bien non. Non pas que je sois particulièrement friand de rebondissement, surprise etc... Au contraire même.



     Alors comment expliquer mon désintérêt ? De bout en bout, je n'ai pas compris quel était le propos du livre. Roman sur une nature en danger qui cristallise peurs et fantasmes ? Chronique sociale désinvolte ? Texte libertaire sur une communauté partageant des valeurs d'un autre temps ? Roman noir et/ou historique ? Et si la nature avait une âme, était capable d'interagir et de se venger des coups donnés par l'homme ? Je l'ignore. Les parallèles entre l'époque napoléonienne et le présent militaire de Joan Hossepount m'ont tout à fait perdu car je n'y ai vu qu'un artifice sans objet. Sans doute car je n'ai pas saisi la logique du texte, son discours, son mystère. Je n'ai pas su, pas pu voir derrière les apparences, au-delà du fouillis de pensées et d'états d'âmes.
Aurinvia, ce sont neuf mille habitants, dix fois plus l'été venu, dont bon nombre s'égaillent sur le chemin pour rejoindre l'océan. Pourtant, l'endroit garde son aura d'inconnu et de sauvagerie. La furie touristique passée, la ville reprend sa routine. Outre sa joliesse,  elle n'a rien d'autre à offrir qu'un lycée de belle notoriété, un ou deux spots de surf que les locaux prêtent volontiers, une excellente librairie, une équipe de basket honorable, et la promesse d'une mélancolie en cheminant par grand vent sur le haut de la dune aménagée en promenade sur la partie centrale.
   Parfois c'est l'écriture, au-delà du sujet et du fond, qui vous agrippent et vous aspirent. A l'inverse ici, l'écriture m'a éjecté de l'histoire, a glissé sur moi comme le beurre dans une poêle chaude. La brièveté des paragraphes et des chapitres, s'ils donnent du peps en temps normal, m'ont paru ici manqué de corps. L'impression de sauter d'idée en idée sans fil directeur, avec des sentences définitives empesées ("La fleur de la tristesse et de la solitude. Ces deux sentiments finiront par se nicher quelque part et se faire le moins envahissants possible"), ou des états d'âmes moins suggérés qu'affirmés (p. 94 : "La fleur de l'offense" ; p. 121 : "ça me flanque des frissons"). Pas de magie, pas de tension, pas de sympathie, pas de peur. Hermétique à ce récit. Aucune image en tête d'Aurinvia, cette improbable station balnéaire. Et puis le nature writing, les récits à tendance écolo bien dans l'air du temps —même si le roman ne s'y réduit pas — ce n'est pas trop ma came. On va me rétorquer que, dans ce cas-là, il ne faut pas lire ce roman. Mais pour toutes les raisons citées en haut et parce qu'on a le droit d'être surpris, j'ai lu.
   J'ai eu des échos positifs par ailleurs, libraires ou blogueurs (un avis enthousiaste sur La Viduité). C'est que le livre plaît. Tant mieux. Du côté de L'Espadon, on passe notre tour. A la décharge du roman, je sortais d'un pavé sidérant, nommé Francis Rissin.  Le Temps est à l'orage en a sans doute pâti. J'en suis presque sûr. Mais si vous êtes raccord avec les goûts de L'Espadon depuis décembre dernier, peu de chance que ce livre vous parle.
      Rien de grave, Quidam, on y revient très bientôt...
                                                                                                                    
Le temps est à l'orage, Jérome Lafargue, Quidam, août 2019, 168 p., 18€

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