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Vaincre à Rome, Sylvain Coher (Actes Sud) ★★☆☆☆

     Crampes après cinq kilomètres, hypoglycémie au bout de dix et au bord de l'abandon pendant les vingt-cinq suivants. Allez, il m'a fallu une concentration toute olympique pour terminer tant bien que mal ce marathon stylistique au pas de charge. Quarante-deux bornes moins héroïques qu'éreintantes. Peut-être m'étais-je couché trop tard, veille de course. Pas le bon moment, le mauvais timing ?  Dans Vaincre à Rome,  comme Abebe Bikila le coureur éthiopien, j'ai dû m'accrocher, ne rien lâcher. Mais parfois, point de récompense, même pour le lecteur valeureux bien chaussé. Deux fois dommage car sur la ligne de départ, au starter, le livre avait tout pour me plaire : l'exploit sportif avec une dimension historique et symbolique forte, la littérature pour tout sublimer, c'est peu dire que tous les voyants étaient au vert. Mais les jambes étaient lourdes, incapables d'avancer....



         Pourquoi n'ai-je pas aimé ? D'abord une question d'écriture. On salue l'effort stylistique, faire ressentir au lecteur l'urgence de la foulée, son énergie, ses limites. Les coups de pompes, le fameux Mur, la respiration saccadée, le souffle court, la ferveur électrique et les foules en délire. L'ivresse de l'abandon et le goût de la victoire aussi, les doutes et le découragement, les coups du sort et les coups de chance. Les résurrections. Louables intentions. Des phrases vives, enfilées sans virgule, pleines d'élan mais toutes ou presque évoluant au même rythme. Moins d'énergie finalement qu'une monotonie couplée à une navigation à vue. Car on ne voit pas toujours où le texte veut en venir. J'avais pourtant lu la quatrième alléchante : petite revanche du colonisé, le destin d'un héros national, la naissance d'une légende, les petits qui renversent les grands sur leur propre sol. De quoi nous tenir en haleine mais un programme pas vraiment tenu à notre goût. Au-delà d'une écriture qui ne me touche guère, la prose qui juxtapose les références d'Italie, d'Ethiopie, sur les paysages, les reliefs, la cuisine, l'histoire impériale... ne suscite aucune image tenace, évocatrice. On ne voit rien, on ne sent rien. On traverse Rome, ses lieux, ses rues, ses places, son histoire sans jamais les voir. Coureurs fantômes dans une ville fantôme, décor figé par les mots, je n'ai hélas rien pu voir du film par trop désincarné. Un ensemble fouillis aussi entre un marathonien qui nous parle (sérieux ?) et pense - ou son père, ou son entraîneur —, une Petite Voix docte et agaçante, auxquels s'ajoutent les parallèles entre la course et son écho dans l'Histoire.
Durant les cinq mètres que je franchis dans la seconde je ne sais jamais sur quoi je vais retomber — mes orteils goûtent à tout mais ne retiennent rien. C'est comme ça. Les basoli bombés d'Appius Claudius mesurent un voire deux pieds chacun et il serait vain de vouloir les prendre tous par le milieu. (...). Les messagers de Claudius courraient là-dessus quarante kilomètres par vingt-quatre heures pour rejoindre Brundisium et pouvoir enfin dire ce qu'ils avaient à dire. Vae victis, propose la Petite Voix.

    Courir un marathon suppose de lâcher les chevaux, se laisser aller à une sensation d'ivresse, de spontanéité, de dépassement. Ici, la phrase est trop propre, travaillée, ciselée. Jolie sur le papier. Elle sonne bien à la lecture. Elle "fait" littérature. Mais point de souffle, point d'images, un texte trop fabriqué, comme un défilé d'intentions référencées. Et un style finalement bien lourd. L'auteur voudrait faire revivre les hourra, faire susurrer la Petite Voix, rendre vivant ce coureur va-nu-pieds et faire revivre les morts. Narrer une épopée quoi. Mais on n'entend que son bruit étouffé.

On l'a lu et vite oublié. Comme orphelins de notre promesse d'endorphines et de légende.

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