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Écritures

Le 11/01/2022

Merci au magazine 200 !




                                                                                                                                                                       

Le 31/12/2021

Un grand merci au blog La Viduité pour son billet fin et brillant sur la revue "L'Autoroute de Sable", où figure ma nouvelle Chakchouka. On y apprend toujours des choses sur ce qu'on a voulu écrire. Mes grenouilles y sont joliment cuisinées :

"Drôle de recueil de nouvelles, parfois absurdes, souvent en décalage avec le thème imposé des trois grenouilles. On retrouve dans ce deuxième numéro de l’Autoroute de Sable des écrivains qu’on aime : Gonçalo M. Tavares, Olivier Hervé, Gregory Le Floch, Antoine Bréa, Guillaume Contré. On y goûte surtout une manière de déjouer la contrainte, de pousser le lecteur à s’interroger sur la cohérence de tout recueil de nouvelles.

On répète partout que la nouvelle ne se vend pas, que le genre n’intéresse ni auteurs ni lecteurs. On assiste à une discrète contestation de ce diktat. C’est une très belle idée d’avoir l’audace de publier une revue de nouvelles, de laisser la chance de découvrir des auteurs, d’en retrouver des plus confirmés. D’interroger surtout ainsi le genre de la nouvelle, sa capacité à jouer de ses contraintes, mais aussi à se plier à son exigence d’humour, à son invention d’une chute drôle, décalé ou absurde. La pluralité pourtant des auteurs contraint à s’interroger sur la cohérence de notre lecture. Sans doute un peu à tort, en moi se développe une manière de prévention contre l’usage systématique de l’humour en littérature, la légèreté comme passage obligé. Je la vois comme une forme d’uniformisation de la parole, partant des sentiments et leur dépassement. Heureusement, les nouvelles ici s’amusent surtout de la présence/absence dont ils traitent le thème imposé. La grenouille devient alors un objet de fiction, une complexe désignation langagière d’où dérive la narration.

Pour reprendre le titre de la nouvelle de Gonçalo M. Tavares, ce qui m’a intéressé dans ce recueil est la façon dont il interroge, s’amuse donc, l’importance du langage. L’auteur du Quartier (dans une très belle traduction, comme toujours, de Dominique Nédellec et avec l’excellente idée d’en proposer la version en langue originale), reprend une de ses obsessions : quelle réalité met en jeu le langage, comment peut-on lui imposer d’autres formes. La littérature comme essence du silence… Il en découle alors une sorte de flottement, une identification en suspension. Ces trois grenouilles seraient-elles ce dont on parle ou ce qui parle. Rien qu’une inscription, le nom d’un bistro dans la nouvelle d’Antoine Brea. L’auteur de l’excellent L’instruction invite à se demander si dans nos époques confinées, le langage n’est pas seulement de dénonciation, procès à charge, accusation, lettre anonyme dont jamais on ne déterminera l’auteur. L’ami Oliver Hervé (pourquoi n’avez-vous pas encore acheté son Pédalées ?) reprend aussi cette tambouille entre objet et sujet, thème et narrateur. De la cuisine interne, en somme où les grenouilles sont une contagion (une sorte de première malédiction qui, bien sûr, ne se reproduit pas comme dans « Dans le parc » de Luc Dagonet), une sorte de récit primitif, un conte de fées. Alors, la confusion entre rêve et réalité, prose et poésie (prosaïque partant et sublime), le conte de fée et la recette contemporaine. Les grenouilles incarnent, dans leur chant, la contradictoire beauté (comme dans le très beau, au bord de l’essai et de l’hommage « Le chant des grenouilles » d’Ezequiel Alemian) de notre monde. Le visqueux aussi de « L’essai sur l’amour » de Gregory Le Floch dont j’avais tant aimé Dans la forêt du hameau de HardtBien sûr, toutes ces nouvelles interrogent sur ce qu’elles donneraient une fois réunies en recueil. Terminons sur un auteur que, après avoir découvert ses traductions, nous découvrons avec un immense intérêt. Guillaume Contré signe avec « La réunion » une passionnante spéculation sur le scandale du langage son caractère reproductible, sa traduction et – comme l’auteur est aussi compositeur – sa musicalité. Les grenouilles sont comme nous, elles se réunissent, parlent pour mesurer notre capacité d’écoute, interroger l’impossible unique de toute parole. Une vraie ironie dans l’aspect renseigné, dans cette façon de refermer la nouvelle sur sa situation initiale. On espère avoir des nouvelles de tous ces auteurs et autrices.

                                                                                                                                                                    

Le 27/12/2021

J’invite aussi Olivier Hervé, auteur de Pédalées, un livre poétique, à la prose labyrinthe, impossible de ne pas penser à Julien Gracq et à ses conflagrations de mots improbables. Même si Hervé évoque lui aussi trop à mon goût l’asphalte, et trop souvent l’héroïsme des forçats de la route, il m’a perdu dans ses méandres comme doit le faire une trace aboutie. J’ai pensé à mon copain Jacques Malavieille quand Hervé écrit : « Je suis pleinement géographe depuis que je pédale. La pratique devrait être rendue obligatoire dans les études de géographie, de l’école primaire au master. Le socle hercynien de toute clairvoyance. » Jacques, ancien professeur de géologie, spécialiste de la tectonique des plaques, a souvent entraîné ses étudiants à VTT sur le terrain. Il n’y a pas pour lui de meilleure façon de comprendre l’histoire du monde. Et Michel comme Hervé seraient sans doute d’accord pour ajouter l’histoire des hommes et des femmes.

                                                                                                                                                                   

Le 15/12/2021

Merci au magazine Le Cycle pour son article dans le numéro de janvier 2022 (malgré les erreurs dans le titre du livre + nom de l'éditeur).


                                                                                                                                                                      

Le 06/12/2021

Un grand merci à Frédéric Nicolas pour avoir présenté mes Pédalées dans son émission du 18.30.

Une interview fleuve de 5 minutes, à la télé ! (cliquez pour la voir)


                                                                                                                                                                     

Le 25/11/2021

Bonheur d'être lu par le blog La Viduité ! Des articles toujours fouillés, intelligents. Où l'on retrouve l'esprit du labeur et de la Chouffe ! Un très grand merci.

https://viduite.wordpress.com/2021/11/25/pedalees-michel-herve/?fbclid=IwAR00IlsXjDIRYm4enHZGP7tKs2KjJIKEjnWpjAoOPzPU1WOIF3_FRXbdq-E

"Éloge vagabond du vélo, errance géographique et fictives sur tous les mouvements – gestes et rythmes ; positions et rêveries – de cette pratique sportive. Entre récits, fiction et essai, Oliver Hervé signe un texte inventif, populaire comme la petite reine, où il dessine la liberté du mouvement, le perpétuel ailleurs du cycliste et son effort comme lien avec le paysage. Pédalées ou les belles et drôles rêveries d’un cycliste solitaire.

Ici on aime les textes hybrides, ceux dont la liberté de ton donne latitude à l’égo de l’auteur, ceux où la confession n’est jamais strictement personnelle. Sur un vélo, on n’est n’importe qui, anonyme équipier dans la masse du peloton. Comme quand on écrit, voire quand on lit. La métaphore paraît poussive ? Peut-être. On a pas toujours des idées lumineuses sur un vélo, elles sont ondoyantes, parfois un rien répétitives puisque paraît qu’on ressasse pas mal, en pédalant. J’aime beaucoup cette impression d’écrits revenus d’une échappée, de pensées penchées sur le papier comme au retour d’une virée, d’une pédalée donc.

Une façon d’habiter le corps pour l’accorder au cœur, de trouver la position juste dans ce chaos de matière dont je serai la mesure en temps et en empans. Charme organique de l’arpent. La géographie en sera le décor charnel.

Un auteur c’est peut-être avant tout une géographie intime, l’écho de ses espaces du dedans et comment il traverse les nôtres. Comme sur un vélo : question de rythme. Oserait-on : une scansion de pédalier dans le style d’Olivier Hervé. Le sens de la formule et la discrète mélancolie qui s’y cache. Avouons aussi que même si nous ne partageons pas ce goût pour le vélo de routes, son aspect technique et sportive (très matos, en somme), que je reconnais dans ce livre beaucoup de références communes à celles d’Olivier Hervé. De Krasznahorkai à Bella Tarr, du Ministère Amer à Godard. Allez donc voir son blog : L’espadon. Alors, j’espère que ça vous parle aussi le vélo comme dispersion et effacement, « s’accommoder du mensonge à la recherche de la vitesse perdue », s’approprier le territoire pour mieux n’y être pas. Rouler.

En m’éloignant, je décline le monde et je le reçois. J’évite de trop l’observer, au risque d’y être nulle part. Je préfère le ressentir et m’y baigner. Je veux m’oublier et me perdre dans ses matières qui me séduisent autant que son mystère.

Un livre réussi c’est peut-être un livre qui produit, et laisse perdurer, une impression de camaraderie. On a envie d’aller de se taper un col (et une Chouffe) avec son auteur. On se surprend à partager cette fraternité du peloton, précisément parce qu’il en décrit les défauts. Pédalées c’est aussi une description sans naïveté du monde du cyclisme : son machisme ordinaire, la lutte des classes de sa souffrance, le rien d’absurdité qu’est sa grand’messe, le Tour de France. De beaux passages aussi sur le cyclisme féminin (toujours moins dur que d’accoucher), sur l’ordinaire lâcheté de s’infliger une souffrance volontaire comme pour escamoter les réelles et idiotes qui ne tardent pas à nous tomber dessus. On retrouve alors l’aspect délicieusement composite de ce texte : on ne sait jamais exactement si c’est de lui dont il parle. Intéressant quand même de plonger dans la tête d’un anonyme du peloton, coureur professionnel qui se distingue peu, qui se sacrifie pour les grands noms. L’héroïsme discret du cyclisme, jamais très loin de celui d’un auteur. Enfourchez votre bécane, lisez Pédalées.

                                                                                                                      

Le 24/11/2021

Je peux mourir tranquille, l'écrivain-cycliste-philosophe Olivier Haralambon me fait l'honneur d'un article sur le site de L'Équipe/Vélo Magazine. Je suis ému, tout rouge dans la redoutée Redoute ! Un immense merci :

https://www.lequipe.fr/Velo-mag/Stories/Actualites/Olivier-herve-auteur-pedaler-c-est-produire-du-paysage/1300929

Le cyclisme et, plus largement, le vélo, suscite une abondante littérature. « Pédalées », le livre d'Olivier Hervé est une sorte de livre total, et tout à fait singulier. Une encyclopédie subjective du cyclisme.

Sans doute, il n'y a pas de sport plus intimement lié à la littérature que le cyclisme. Non seulement parce que la course cycliste, ignorant l'unité de lieu et mobilisant des dizaines ou des centaines de concurrents, a besoin d'un récit unificateur. Mais aussi parce qu'il semble bien que le seul fait de pédaler génère du langage. Même quand on roule pour s'isoler, et par conséquent avoir la possibilité de se taire, on rentre avec une odyssée à coucher sur le papier. Il y a une continuité entre l'acte de pédaler et l'art d'écrire. Pourquoi donc ?

Pédaler, se perdre, puis écrire

Pour Olivier Hervé, auteur du bel et inclassable « Pédalées » paru aux éditions Lunatiques, ce qui fait l'intérêt supérieur du vélo, c'est d'abord qu'il permet de... se perdre ! « On a beau être dans une région qu'on croit connaître, dit-il, il suffit d'une bifurcation inconnue pour basculer dans un éloignement soudain, et se sentir perdu. C'est encore plus vrai dans la forêt, bien sûr. Mais il y a un paradoxe, car d'un autre côté, à vélo on va là où l'on ne serait jamais allé à pied ou en voiture, et du coup personne ne connaît mieux le pays qu'un cycliste. Là où nous vivons, mon épouse est native du "cru" et pas moi : pourtant je connais le coin mieux qu'elle, physiquement parlant. »

Ce professeur d'histoire-géo voit donc dans le cyclisme une façon de pratiquer la géographie, de la mettre en acte. Le vélo est ce qu'il appelle un « véhicule de l'entre-deux », il ne produit pas le même paysage que la marche, la voiture ou le train.

Pays, régions, villages, terroirs... « Pédalées » regorge d'ailleurs de toponymes, presque tous hauts-lieux-communs du cyclisme : du Boischaut à la Thiérache, du Firstplan à la Planche des Belles Filles, du Quercy au Vic-Bihl ou du Poudouvre au Valgaudemar, les ondulations gourmandes de la langue compensent l'inquiétante étrangeté de la désorientation.

"Pédalées" est un texte absolument singulier, publié aux éditions Lunatiques. (DR)
"Pédalées" est un texte absolument singulier, publié aux éditions Lunatiques. (DR)

De fait, ces « Carnets du grand chemin » (soit dit par référence à un autre furieux écrivain géographe, Julien Gracq) évoquent tous les cyclismes et tous les cyclistes. Le cyclisme « je l'aime, écrit l'auteur, quand il parle des splendides ratés de la vie. »

Il y a la compétition et sa fureur, mais aussi la promenade, la contemplation. La célébration de l'exploit sportif y trouve son pendant dans le portrait imaginaire et mélancolique de ce coureur professionnel, retraité de trente ans. Ou dans une forme de critique sociale douce-amère suscitée par le phénomène cycliste urbain, partagé entre bobos et livreurs ubérisés, déclassés, exploités : « Je me sens pauvre et prolo sur un vélo, lumpencycliste et Nordestino. »

On y croise encore le dernier vainqueur du Tour français, « et c'est une femme, bon sang ! », en la personne de Jeannie Longo. Et l'on s'étonne, ironique et navré, des lapsus ou des actes manqués de l'institution sportive quand elle parle des femmes, de l'image dans laquelle elle les enferme en prétendant les libérer.

« Prendre sa vie en main avec les pieds »

Le texte est dense. On y plonge, et il faut du souffle. On navigue dans la page comme on remonte un peloton qui frotte. C'est dense, coloré et foisonnant : on apprend à y circuler aussi bien qu'on se laisse porter. La langue est rythmée : réfléchie et haletante, comme la course.

Si le vélo aide à écrire, c'est parce que « quand on a fini de rouler, on est plus lucide sur le monde ». (DR)
Si le vélo aide à écrire, c'est parce que « quand on a fini de rouler, on est plus lucide sur le monde ». (DR)

« Pédalées » est donc une sorte de livre total, et tout à fait singulier, sur le vélo. C'est le livre d'un géographe qui incorpore ses cartes IGN à vélo, et qui « écrit pour ralentir ». C'est aussi celui d'un enfant qui bien avant « de passer de spectateur frustré à acteur contemplatif » et de « prendre sa vie en main avec les pieds », rêvait déjà de Tour de France alors qu'il randonnait en Maurienne dans le sillage d'un père épris de montagne.

C'est enfin celui d'un homme qui, passé par le rugby et les joies de la troisième mi-temps, n'a découvert le manque qu'avec le cyclisme. Il a aussi réalisé ce vieux désir d'écrire, sans doute parce que, dit-il encore, « quand on a fini de rouler, on est plus lucide sur le monde. »

                                                                                                                                                           

Un premier retour de lecture pour mes Pédalées, signé Raymond Penblanc sur Facebook :

"Pédalées
Livre riche, et même foisonnant, mené tambour battant (sur les chapeaux de roues), on est bombardé de formules, d’aphorismes (« je tiens en équilibre car je sais lire », « les exploits sont possibles quand le corps et l’âme fusionnent »), de références, comme si vous craigniez le vide (et ce sera mon petit bémol, cette peur du vide, ce refus des temps morts, d’un peu de farniente, nez au vent, dans la grande paix d’une belle ligne droite, la griserie d’une descente à tombeau fermé).
Mais bon, c’est aussi mon tempérament qui veut ça, ou mon âge, ou le fait que n’appartenant pas à la même génération, nous n’avons ni le même rythme ni les mêmes références, ni les mêmes idoles (Bartali cependant bien venu, même si pour moi, enfant, il était déjà « mort »).
Ceci dit, votre livre séduit et convainc, emporte et grise, vous avez du style, du rythme, vous faites du biclou une philosophie et un art de vie (on le savait, vous le redémontrez : « le vélo est le pays où j’aime bien vivre », « pédaler ramène à hauteur d’homme »), alliant orgueil (d’être un aigle ?) et modestie (gaffe à la chute, plus dure elle sera), courage et folie (faut-il être fou pour se taper des cols plein ciel, dans le vent ou le grand cagnard ?), courage et faiblesse (courage et faiblesse d’être seul). On sprinte souvent avec vous, on ne s’attarde pas à contempler le paysage, qu’on attrape au vol telle un musette de ravitaillement, on est d’ailleurs plus dans la pensée, dans le mental (diraient certains) que dans le regard. Ce qui montre que vous avez du recul. Et de la hauteur. « Un vrai cycliste est toujours un bon géographe ».
En filigrane vous parlez également de vous. Ombrageux. Timide. Mais plutôt heureux à l’intérieur. C’est ce qu’on ressent à vous lire. Ce bonheur, cette lumière, cette énergie. Cette drôlerie parfois. C’est contagieux.
« J’enfourche mon vélo comme d’autres vont à l’église. Je n’ai jamais eu la foi, mais j’ai trouvé ma façon de prier ».

Merci beaucoup !

                                                                                                                                                                    

Une page dédiée à mes activités d'écriture. Deux de mes textes vont paraître avant la fin de l'année 2021, un long, un court, dans des styles très différents. Un livre sur le vélo à la sauce maroilles aux éditions Lunatique, mes Pédalées. Puis une nouvelle sur trois grenouilles, dans la très belle revue L'Autoroute de Sable, qui a vu le jour cette année (2021). À bientôt !






                                                                                                                                                                      

 "J'ai vu des visages sans les comprendre, sans vraiment les voir." Ou comment détourner Maurice Genevoix sans le savoir. J'ai participé en mars 2021 à l'exercice à trous proposé par l'excellente revue de poésie Catastrophes. J'ai eu l'honneur et la joie de voir ma modeste (mais enthousiaste) proposition choisie par Christophe Manon, avec celles de Maud Thiria et Anne Karen. Merci à lui et aux acteurs de la revue Catastrophes.

https://revuecatastrophes.wordpress.com/2021/05/25/signes-des-temps-2/

                                                                                                                                                                  

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 Il existe des rencontres qui bouleversent des vies. Il existe des bouquins qui vous tombent des mains au bout de deux pages. Il existe des pages qui vous rendent captif de leur magie au bout de deux vers. Elise sur les chemins, dernier livre de Bérengère Cournut ( De pierre et d'os ), fait partie de cette catégorie. On connaît bien le géographe anarchiste, Élisée Reclus, et la quatrième de couverture nous précise : "un roman librement inspiré de la vie familiale du géographe et écrivain anarchiste Élisée Reclus (1830-1905)". Des prénoms qui sonnent comme, des promenades au rythme d'une carte, les paysages pour chansons et les enchantements des premières fois, le désir comme mantra. L'auteure nous embarque dans son petit monde peuplé de tritons, de tontons, de bidons et de coteaux, où l'on franchit des montagnes, où l'on croise des femmes-serpents, héros de contes et de légendes ancestrales. Tout ça fleure bon la géographie, une poésie du chemin et du lien

Un vide, en Soi ; Marc Verlynde (Abrüpt)

 "Au fond, toute parole s'élance du fantasme de penser à partir de rien (...)." Vertiges et auscultations du vide pour prendre de la hauteur. En soi, dans le roman, car "tout désir de dire s'élance d'un vide". Passionnant essai de Marc Verlynde publié chez Abrüpt, sur ce que l'on projette dans le roman de nous, de nos attentes, ce qu'on écrit parce qu'on ne parvient pas à le dire autrement. Paysages de l'inachèvement, de l'impuissance, du manque, phrases qui dérivent, pensées qui détonnent et détournent. Refléter, spéculer, laisser ouvertes les portes du vide, sans jamais essayer d'épuiser ce dernier. J'aime ces textes qui nous poussent à penser plus loin, à penser autrement, à penser plus haut, à partir d'images ou d'auteurs, en nous suggérant des pistes ou des clés de lecture sans jamais nous les imposer. Libre ensuite de nous y retrouver ou pas. Cet essai propose donc un horizon vertigineux à partir de quelques réfé

Le Silence des carpes, Jérôme Bonnetto (Inculte)

Jérôme Bonnetto, je l'ai découvert l'an passé avec La Certitude des pierres  grâce, il faut bien le dire, aux éditions Inculte. Une magnifique rencontre littéraire et je sais désormais que je ne suis pas seul. Même les lecteurs les plus exigeants autour de moi ont aimé, c'est dire ! D'abord une écriture purement littéraire, joueuse et ironique, qui aime les images simples mais évocatrices. Aucun excès dans les mots, on sent le naturel de la prose qui est sans doute l'autre nom du talent. Jérôme Bonnetto pourrait écrire sur le bottin, les pneus, la façon de découper un gâteau ou la République Tchèque que je le lirais. Ah, bah tiens, il nous parle justement de tout cela dans Le Silence des carpes ! Fabuleux ! Alors allons-y car mes connaissances sur le sujet se sont fracassées sur le mur de Berlin, ou plutôt le rideau de fer des illusions communistes. Quand je fais le point, je connais Jaromir Jagr, le coup de Prague, Dominik Hasek, Panenka, le Printemps de Prague, 19