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Articles

Affichage des articles du décembre, 2018

Un feu éteint : souffler sur les braises du désenchantement ★★☆☆☆

       Philippe, quadra désabusé, est journaliste pigiste à Paris. Après vingt ans de bons et loyaux services, il veut faire le point sur cette vie qui ne ressemble pas vraiment à celle qu’il imaginait. Direction Rouen. Une semaine pour comprendre, comme un retour aux sources. Comprendre pourquoi l’amitié nouée avec Louis, David et Clément s’est délitée. Lentement, avec l’usure du temps. Philippe est étranger à lui-même mais aussi clandestin dans sa ville de jeunesse, Rouen, qui «  fonctionne comme une cuvette dont le siphon serait le fleuve qui la divise  », cernée de toutes parts par quelques raidards qui essoufflent. Chaque jour, sept au total, comme autant de chapitres, lui apporteront une réponse. Il va errer, solitaire, dans cette ville sombre et pluvieuse, avant de retrouver ses anciens amis, quittés, oubliés. Lâchement, sans préavis…     Roman sur la fin des illusions et la possibilité d’une renaissance, Un Feu éteint est aussi un livre sur la mémoire. La quête banal

Le Sillon : qu'un sang impur... Valérie Manteau (Le Tripode) ★★★☆☆

         Le dernier Renaudot (on est ravis pour Le Tripode, récompense d'un travail acharné !) est pour le moins original. Pas d'intrigue, pas de suspense, aucun pathos dans Le Sillon , mais la radiographie d’un pays, la Turquie, née sur les cendres de l’Empire Ottoman voilà presque un siècle et nostalgique d'une puissance perdue. Un roman qui condense en fait plusieurs livres. Une romance, une chronique sociale et politique (d'abord une toile de fond qui devient le sujet principal du livre), un témoignage aussi, sous la forme d’une double quête identitaire. D’abord l’histoire de cette narratrice, française, partie rejoindre son compagnon turc à Istanbul. Une quête intime, individuelle, qui s’efface peu à peu derrière la quête d’une nation-mosaïque, collective celle-là. Celle d’un peuple en mal d’identité, lancé sur les rails balbutiants de la démocratie, entre nationalisme croissant et perte des repères. C’est aussi l’histoire d’un rapport de force entre Turcs

La Petite Gauloise : bombe à retardement ★★★★☆

Le court roman de Jérôme Leroy, La Petite Gauloise , a fait peu de bruit et c'est pourtant un bijou de lucidité, une belle gifle loin de tout sociologisme lénifiant.       Dans une ville portuaire de l’Ouest gérée par le Bloc Patriotique et traversée de rues au nom d’anciennes gloires frontistes (rue Jean-Pierre Stirbois), le capitaine Mokrane Méguelati vient de se faire exploser la tête par une balle de calibre 12, tirée par le brigadier Richard Garcia, policier municipal. Une belle bavure policière. Oui mais voilà, il faisait nuit, la ville est en crise et les «  désordres géopolitiques  » mettent tout le monde sous pression… Ailleurs, les esprits s’échauffent dans la cité voisine. Jérôme Leroy ( Le Bloc , L'Ange gardien ) bâtit un roman social d’une douloureuse clairvoyance, en dressant le portrait d’un pays à la dérive, qui a succombé au charme des extrêmes. Une France peuplée de «  petits retraités angoissés, de moyens pauvres qui vivent dans des pa

François-Henri Désérable, l’écrivain-hockeyeur

A L'Espadon, on a quelques passions. Parmi elles, la littérature bien sûr, mais aussi le sport. Et il se trouve qu'un jeune écrivain français, François-Henri Désérable, s'en fait l'étrange écho, à l'image de son dernier roman paru en 2017, Un Certain Monsieur Piekielny (Gallimard) . On ne pouvait pas faire l'économie d'une interview avec le seul écrivain-hockeyeur de France ! Son parcours est pour le moins original. François-Henri Désérable a écumé les patinoires de l’hexagone (D1 et D2) au cours de sa carrière professionnelle, de Lyon à Montpellier en passant par Paris. Avant le virage à 180°. Le voilà désormais écrivain ! Un jeune écrivain au style affirmé, aussi à l’aise devant le slot qu’une plume à la main. Incroyable non ? Après trois livres déjà publiés dans la prestigieuse collection Blanche de Gallimard, le succès est au rendez-vous, avec notamment un prix de l’Académie Française en 2013. Morceaux choisis. Comment vous est venue

Rentrée littéraire de janvier 2019 : les éditeurs à suivre 2/3

      Deuxième volet de notre dossier consacré à la rentrée littéraire de janvier. Plutôt qu'une présentation des auteurs à suivre ( voir article 1/3 ), L'Espadon vous propose des entrées par maison d'édition. Car les éditeurs avec une identité forte, et nos libraires chéris, restent les meilleurs conseillers de nos nuits blanches. Et puis L'Espadon préfère mettre en avant ceux dont on ne parle pas assez dans la presse officielle. Focus donc sur cinq "petits" éditeurs au grand cœur, dont les sorties nous font déjà envie. C'est parti !         Le Tripode        Notre chouchou, tout juste auréolé du Prix Renaudot pour Le Sillon , de Valérie Manteau (on vous en parle bientôt sur L'Espadon). Mais, à vrai dire, on se fiche pas mal des prix, tout juste une confirmation de ce que l'on savait déjà. Outre le dernier roman d'Edgar Hilsenrath à paraître le 14 février 2019, Terminus Berlin , deux sorties nous font de l’œil : un premier

Un beau-livre pour Noël : Whisky ou le western en Technicolor

Voilà un superbe livre signé Hugues Micol , l’un des auteurs les plus doués du 9e art. On le savait déjà mais le talent ne lasse jamais. Encore moins lorsque Cornélius s’y colle. Car l’éditeur a soigné le dernier livre d’illustrations de l’artiste parisien. Whisky propose ainsi un road-trip imaginaire au Mexique en cinémascope , le long du Rio Bravo, via le Colorado et le Grand Canyon. Outre le panorama d’un Far West mythifié, iconique, l’artiste livre une vision intime et personnelle de paysages ancrés dans l’imaginaire collectif, sorte de prolongement du sanglant  Scalp paru en 2017 .   Dans une version contemplative et picturale grâce à ce mélange de gouache et d’aquarelle , la peinture et le style révélent un Ouest âpre et violent, plein de lumières et de couleurs, nourri de mélancolie (hein Marshall Gumby!), le tout oscillant entre maîtrise de la page et spontanéité du coup de pinceau.  La page de gauche, avec le titre du tableau («