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Affichage des articles associés au libellé amour

Nos corps étrangers, Carine Joaquim (La Manufacture de Livres)

 On frôle souvent le pire dans ce roman pour finir par s'y jeter les yeux fermés, un peu hagards et sidérés face à la négation de ces corps à peine libres et souvent contraints, toujours un peu étranges ou même étrangers à nos désirs réels. Rien ne nous sera épargné dans ce "roman pavillonnaire". Un couple fragile quitte Paris pour rejoindre la banlieue et se donner une nouvelle chance. Stéphane, Élisabeth et leur fille unique Maëva vont vivre une nouvelle vie à l'air libre, avec jardin, espace vert et pavillon. Mais très vite, Stéphane ne supporte plus les trajets interminables en R.E.R et Maëva déteste ses parents qui l'ont coupée de ses amis d'enfance. Dans son nouveau collège, elle fait la connaissance de Ritchie, un grand gars aux épaules larges dont l'âge, treize ans, suscite le doute. Et dans cette classe, un autre élève atteint d'une maladie suscite les sarcasmes de ses camarades... Vague impression que l'histoire ne démarre jamais dans Nos...

La Trajectoire des confettis, Marie-Ève Thuot (Éditions du sous-sol)

 En voilà un bouquin intéressant (rien de méprisant dans ce terme, chère Marie-Ève), non pas qu'il soit parfait — ce n'est d'ailleurs pas ce que je demande à un texte —, mais par sa façon de donner à penser sur des thèmes franchement risqués. Parler des sentiments, du sexe et de procréation, dans un même élan, relevait à mon sens de l'exercice de haut-vol. Comme résoudre une équation impossible. J'ai donc peut-être autant de réserves à émettre que de compliments à faire pour cette brique de 620 pages venue du Québec. Alors d'abord, on dit merci à l'éditeur qui prend le courage de publier ce premier roman avec une telle pagination, en saluant les choix de mise en page, de la taille de la police aux interlignes. Même si j'entends et comprends bien les contraintes d'un éditeur, j'ai lu bien des livres récemment qui sacrifiaient le confort de lecture. Ici, avec 620 pages qui font la part-belle aux dialogues, la mise en forme laisse respirer le texte....

Le Coeur synthétique, Chloé Delaume (Seuil Fiction & Cie)

 J'ignore qui est l'attachée de presse de Chloé Delaume pour ce Coeur synthétique mais elle a dû bien se marrer en le lisant. Adélaïde l'héroïne, 46 ans, attachée de presse d'une maison d'édition qui vise pas moins que le Goncourt et fraîchement divorcée d'Elias, s'ennuie à Paris. Déprime. Désespère. Se morfond. Sa vie est déjà finie dans une ville où les loyers sont prohibitifs. Comme morte à l'intérieur, un coeur en mille morceaux. "La régression la guette" car elle "devient un produit obsolète". Mais elle l'a choisie. En couple, elle s'ennuie, c'est comme ça. Elle n'a rien à reprocher à ses ex. La faute à la vie, à ce désespérant et aliénant besoin d'amour, de sexe, de nouveauté. La séduction est un marché qui obéit à la loi de l'offre et de la demande. Plus de femmes que d'hommes à Paris dans sa tranche d'âge. Et ils meurent plus jeunes. Et Adélaïde refuse la famille, ne veut pas d'enfants. Alo...

Paula ou personne, Patrick Lapeyre (P.O.L)

Des Patrick Lapeyre, il ne doit pas y en avoir deux. À plus forte raison quand on lit Paula ou personne , une histoire d'amour arbitrée par une entreprise qu'on aime détester, la Poste, et le philosophe le plus honni de l'histoire en raison de ses accointances nazies, le roi de l'Étant, Heidegger. Un penseur qui se fera même japoniser à la fin du bouquin.  Le coeur du récit est donc cet adultère improbable —et c'est la magie de la littérature de le rendre possible —entre Jean Cosmo, employé au tri postal, travailleur nocturne, dandy célibataire et faussement cynique porté sur la philo, et Paula Wilmann, prof d'allemand un brin bourgeoise, mariée, à l'éducation chrétienne et dotée de plein de valeurs. Et sans doute sapiosexuelle. Ils se rencontrent à un mariage, se revoient et consomment leur adultère à Paris, entre les Buttes-Chaumont et les Invalides. L'adultère ou l'histoire d'amour donc. Sujet le plus banal et ordinaire du monde, raconté 10 00...

En attendant Eden, Elliot Ackerman (Gallmeister) ★★★☆☆

     Les dernières publications Gallmeister ne font pas dans la dentelle : un suicidaire pour David Vann ( Un poisson sur la lune ),  un jeune vétéran de la guerre de Corée à qui l'on prend ses enfants ( Nuits Appalaches ) et Eden donc, qui vient de sauter sur une mine et se retrouve en état de mort cérébrale. Mary, sa femme, et leur petite fille, Andy, qu'il n'a pas eu le temps de connaître, lui rendent visite depuis trois ans à l'hôpital après son retour d'Irak. Oui, oui, c'est plombant comme ambiance et le roman ne vous ménage jamais. Mais avec les auteurs américains, on en a souvent pour son argent. Dans le corps d'Eden elle perçut de nombreuses choses différentes. Un sol gelé. L'écorce d'un arbre. Du sable cuit. Une poignée de gravier. Du verre, parfois brisé, parfois intact. Les textures d'Eden formaient une mosaïque variée, piégée dans l'épaisseur de sa peau. Les premiers chapitres sont d'une grande efficacité....

Madame Jules, Emmanuel Régniez (Le Tripode) ★★★★★

L'Amour en sa foi et ses ruptures, ratures et déchirements. Madame Jules aime éperdument, follement, amoureusement M. Jules. Se l'imagine. Et Madame Jules aime baiser avec M. Jules. Pardon pour la trivialité mais c'est un peu l'esprit du bouquin, un grand livre sur des fantasmes d'amour. Un splendide texte sur l'ubiquité du désir qui, pour exister, se nourrit du secret. Ou plutôt " de la fiction du secret ". Amour vient du latin amor, "amour", "affection", "vif désir". La tendresse et l'attirance physique, proximité tendue entre la politesse du sentiment et l'obscénité du désir, les années de fidélité et l'irruption du vertige. Le cadre bourgeois et l'envie de tout exploser. Conflit entre l'amour pur et l'injonction des sens. Quand l'amour est civilisé, les sentiments nobles, le désir est sauvage et l'élan vital. Et si " le désir n'est qu'un complot " ? L'A...

Oyana, Eric Plamondon (Quidam) ★★★☆☆

   Oyana est donc notre premier livre de l'auteur québécois Eric Plamondon. Son précédent, Taqawan, a rencontré un petit succès public et critique, relayé par des libraires tombés sous le charme de son écriture. C'est dans ce contexte qu'on attaquait cette histoire a priori pas faite pour nous. Une double trame en réalité, faite d'une histoire d'amour en rupture entre Oyana Etchebaster et Xavier, sur fond de terrorisme basque . L'intime et le politique. Ou est-ce l'inverse. Qu'importe, un livre lu d'une traite (enthousiaste) en une toute petite soirée. Plusieurs récits se chevauchent ici : une histoire politique du pays basque en lien avec l'abandon de la lutte armée de l'ETA. Le 3 mai 2018, l'organisation annonçait sa dissolution. A laquelle se greffe la romance en rupture d'Oyana et Xavier, cette dernière rattrapée par les erreurs et traumatismes d'une lutte armée involontairement choisie. Mais attention, l'auteur ...

Faux départ, Marion Messina (Le Dilettante, 2017) ★★★★★

  Oubliez les bons sentiments et entrez dans le réel. C'est la proposition de Faux départ , signé Marion Messina. Une vraie claque littéraire en 2017, de nature à faire déprimer les dépressifs. C'est l'histoire d'Aurélie Lejeune, une fille qui croit dur comme fer qu'elle va trouver sa voie, grimper l'échelle sociale, elle la petite provinciale vivant dans sa banlieue grenobloise. L'école et la vie en général lui ont fait miroiter des trucs dépassés : la culture pour tous avec un grand C, une romance exotique avec Alejandro, un boulot confortable. Elle enchaînera plutôt les jobs précaires — hôtesse volante à La Défense, femme de ménage —, se lèvera à 5h du mat' et monnayera une cage à lapin en plein Paris contre un peu d'attention. Le réel dans toute sa brutalité, sa violence sourde, sa musique indolore. L'écriture est clinique, glaçante car posée, absolument détachée de tout pathos, avec en fond cette petite ironie à froid. Pas d'effet,...

Triangle à quatre, Matthieu Jung (Editions Anne Carrière) ★★★★☆

            Joie de retrouver Matthieu Jung au meilleur de sa forme avec Triangle à quatre . Car, avouons-le, depuis P rincipe de précaution en 2009, on faisait partie des grincheux, déçus de ne pas retrouver dans les livres suivants ce phrasé au scalpel. Même Le Triomphe de Thomas Zins , son grand œuvre de presque 800 pages, plus ambitieux peut-être mais moins percutant, avec bon nombre de fulgurances par trop diluées, nous avait frustrés. Mais qu'importe, c'est avec enthousiasme qu'on le retrouvait pour cette comédie grinçante, sur le sujet le plus ordinaire du monde : l'adultère. Oui, mais un adultère new age ici en forme de destin métaphysique. Tenez-vous bien : Ludovic et Élise, qui filent le parfait amour, genre deux nécessités réunies par le destin, doivent se marier bientôt. Mais patatras, AVC, le cœur de Ludovic lâche. Début de la dépression pour Élise Peu-lè (Pellet !). Entretemps, le cœur perdu a été greffé car, à l'aut...

Vigile, Hyam Zaytoun (Le Tripode) ★★★☆☆

     «  Vigile  » de Hyam Zaytoun est le récit court d’une nuit en enfer, suspendue au bon vouloir du destin. Une nuit donc, où l’homme qu’elle aime subit un arrêt cardiaque et sombre dans le coma. La mort qui frappe en plein cœur, sans appel. La chance de s’en sortir est réduite à la portion congrue, les médecins n’y croient même plus…     «  Vigile  » capture le désastre à venir et sa genèse ­— une femme avec deux enfants et sans père — sorte d’entre-deux entre la mort et la vie. Le deuil en son absence, en son invisibilité, en sa possibilité, une expérience par procuration. Ce qui frappe, c’est la douloureuse conscience d’une condition partagée. Car dans notre désir d’éternité, le livre nous rappelle sans détour la possibilité de la mort, la possibilité d'une fin avant l'heure, sans préavis. Déjà mort, encore vivant. Le témoignage, déchirant, décrit ce qui traverse la crise, la possibilité de la perte, image impe...

Partiellement nuageux, Antoine Choplin (La Fosse aux Ours) ★★★☆☆

Il écrit des poèmes, elle danse. Il observe les étoiles, elle joue aux échecs avec son père. Il a perdu Paulina, elle ne parle plus à son père. L’histoire d’Ernesto et Ema, qui se sont croisés par hasard à l’occasion d’une visite au musée de la Mémoire à Santiago du Chili. Pas le même rang social. Mais ces deux écorchés, gauches et timides, se tournent autour ;   leurs paroles ressemblent à des murmures. Ils n’osent pas, par peur de l'échec, par peur de l'autre et du passé...              Partiellement nuageux , le roman d’Antoine Choplin, a une vertu : son humble discrétion. Son humanité aussi, où l’on perçoit l’élégance du retrait. La langue se tait et suggère, sans effluve, sans artifice. Cette écriture allusive, du silence, nourrit les sentiments naissants de deux personnes rattrapées par leurs fantômes, dans un univers semé de petites étrangetés  : Ernesto est affublé d’un Crabe qui miaule, et de Wa...