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Articles

Affichage des articles du septembre, 2019

Le temps est à l'orage, Jérôme Lafargue (Quidam) ★★☆☆☆

Quand un livre me passionne, comme Francis Rissin, je pourrais en parler des heures. Là, il faut bien l'avouer, je risque d'être un peu sec. Sans attente particulière, je me suis plongé dans ce roman de Jérôme Lafargue. Une découverte, je n'avais jamais rien lu de cet auteur. Jolie couverture, éditeur de confiance, je me lance. Première impression après 60 pages : je suis d'un oeil vaguement intéressé l'histoire de ce père veuf qui a tout perdu, sauf sa fille : ex-sniper, son (seul) pote s'est fait buter, sa femme est morte et il n'a aucune famille. Juste sa petite Laoline donc, lui le père à peine adulte. Le voilà alors embauché comme gardien aux lacs d'Aurinvia, un Eden à l'aura mystérieuse.
     Le récit va-t-il alors s'emballer ? Eh bien non. Non pas que je sois particulièrement friand de rebondissement, surprise etc... Au contraire même.



     Alors comment expliquer mon désintérêt ? De bout en bout, je n'ai pas compris quel était …

Francis Rissin, Martin Mongin (Tusitala) ★★★★★

Que dire de cette vaste blague ? C'est d'abord un premier roman signé Martin Mongin, 600 pages bien tassées. Évacuons toute de suite cette info sans intérêt, "premier roman". Cela fait belle lurette qu'on lit des "premiers romans". Ils sont parfois (souvent, pour peu que l'on sélectionne) bien meilleurs que ceux d'auteurs installés depuis Mathusalem. Des exemples, on peut vous en donner à la pelle en 2019. Le mystérieux Francis Rissin est un livre d'une ambition folle qui, par moment, à les défauts de sa démesure. Il y a des longueurs, quelques bavardages stériles et des digressions vaines. Une touchante volonté d'en découdre au risque d'en faire trop. Symptômes d'une prose qui prend son sujet à bras-le-corps pour ne plus jamais le lâcher. Mais chemin faisant, on y perçoit moins de l'usure que du panache. Moins de paroles vaines qu'une inspiration fascinante à mesure que le piège se referme. Une folie au sens où l&#…

Le Printemps du guerrier, Beppe Fenoglio (Cambourakis) ★★★★★

Le Printemps du guerrierde Beppe Fenoglio – Collection Letteratura. Editions Cambourakis – février 2014 (roman traduit de l’italien par Monique Baccelli. 224 pp. 10 euros.)

Aussi courte que pleine : telle fut la vie de Beppe Fenoglio. Né en 1922, l’année de la Marche sur Rome, cet écrivain italien – piémontais, plus précisément – passa à peine la quarantaine, emporté par un cancer en 1963. Durant ces quelques décennies d’existence, Fenoglio fut à la fois témoin et acteur de certains des épisodes cruciaux du Novecento italien : le fascisme, à l’ombre duquel il passa sa jeunesse ; la Seconde Guerre mondiale à laquelle il prit part d’abord comme soldat de l’armée royale, puis comme partisan au sein de la Résistance anti fasciste après le renversement de Mussolini. Autant d’expériences qui nourrirent l’œuvre littéraire entreprise par Fenoglio une fois la paix revenue. Publié en 1952, le recueil de nouvelles Les Vingt-trois Jours de la ville d'Albe (éditions Gérard Lebovici) lui vaudra …

Paysage augmenté, Mathilde Roux et Virginie Gautier (publie.net) ★★★★☆

Objet à part, ce "Paysage augmenté" interroge notre rapport à l'espace et à la découverte. Ni un roman, ni une BD, encore moins un livre d'illustration, ce livre offre, l'espace d'une centaine pages et de quarante jours d'errance attentive, l'occasion de flâner dans un territoire à inventer à partir de cartes et de textes. Comme une exploration curieuse et inquiétante en milieu inconnu, peu à peu investi par les mots. Par les sensations aussi, visuelles et olfactives. Un livre placé sous le signe des pionniers et de leur soif de découverte. Des pionniers prêts à affronter le mystère, à dessiner une terra incognitae source de danger et d'enchantement.Pour repères, faire confiance à l'observation. Puis inventorier, organiser, classer à mesure de la progression : utilisation de symboles vaguement alphabétiques, indices sibyllins et toponymie au mystère suggestif (la Zone Urbaine, Territoires, Continent, Territoire d'Ancienne, District Oues…

Le Terroriste joyeux, Rui Zink (Agullo) ★★★☆☆

Faire du tourisme ou du terrorisme ? D'ailleurs "fait-on" seulement jamais du terrorisme ? Voilà la question posée par le terroriste joyeux, tout juste arrêté après la découverte d'une bombe dans ses valises. Mais voilà, "honnêtement", il n'avait aucune intention de commettre un attentat, raconte-t-il.  Il rendait juste service à un cousin qui avait besoin d'une mule...  Le début alors d'un interrogatoire sans queue ni tête, ou le croit-on, entre un original provocateur et un policier zélé. Le problème de ce terroriste, c'est qu'il est bien trop sincère et joyeux pour être honnête. Ou peut-être l'est-il vraiment ? 



   Bienvenue dans ce texte court où l'absurdité confine à la lucidité. Plutôt que faire un long réquisitoire contre l'Etat, le terroriste joyeux use du bon sens pour mieux révéler l'ironie de la langue et les incongruités du réel. Avec aplomb et autorité. Et un goût assumé pour la provocation élégante. Tel …

Les Echappées, Lucie Taïeb (L'Ogre) ★★★★☆

Toujours une joie d'écrire une note sur une parution de l'Ogre. Pour deux raisons. La première, cette familière impression d'être chez soi, lové dans une inquiétante étrangeté. La deuxième, dans ce cocon partagé que sont les éditions de l'Ogre, découvrir une voix singulière. Je n'avais jamais rien lu de Lucie Taïeb (je me sens un peu honteux) mais tant qu'on est vivant, il n'est jamais trop tard. Car lire, c'est être et se sentir plus vivant. Par la fiction, échapper au réel pour mieux s'y plonger. Multiplier les fugues en équilibre au bord du gouffre. Comme des cycles : partir du réel pour embrasser ce qui nous menace, et mieux le dépasser. Mais le réel, sous la forme du mirage, finit toujours par nous rattraper. Impossible de résumer le troublant Les Echappées. Trois choses : on vit le drame en bord de voie ferrée. Il s'est passé un truc, Oskar a vu un meurtre, mais comment croire à l'impossible. Une petite voix dans un transisto…

Vaincre à Rome, Sylvain Coher (Actes Sud) ★★☆☆☆

Crampes après cinq kilomètres, hypoglycémie au bout de dix et au bord de l'abandon pendant les vingt-cinq suivants. Allez, il m'a fallu une concentration toute olympique pour terminer tant bien que mal ce marathon stylistique au pas de charge. Quarante-deux bornes moins héroïques qu'éreintantes. Peut-être m'étais-je couché trop tard, veille de course. Pas le bon moment, le mauvais timing ?  Dans Vaincre à Rome,  comme Abebe Bikila le coureur éthiopien, j'ai dû m'accrocher, ne rien lâcher. Mais parfois, point de récompense, même pour le lecteur valeureux bien chaussé. Deux fois dommage car sur la ligne de départ, au starter, le livre avait tout pour me plaire : l'exploit sportif avec une dimension historique et symbolique forte, la littérature pour tout sublimer, c'est peu dire que tous les voyants étaient au vert. Mais les jambes étaient lourdes, incapables d'avancer....



         Pourquoi n'ai-je pas aimé ? D'abord une question d'é…

Protocole gouvernante, Guillaume Lavenant (Rivages) ★★★☆☆

Grandeur et misère de nos vies pavillonnaires, luxe et décadence des familles propres sur elles. Le vernis craquelle chez les bourgeois lorsque débarque la gouvernante : le parquet gondole, la porte grince, le compte en banque est en sursis, Elena cauchemarde, le daron perd ses moyens. Des existences réglées comme du papier à musique déraillent, avancent de traviole quand le club de motards prend les rênes d'une vaste machination, option révolution. Pelouse taillée, haie taillée. Maison cossue, foyer aisé. Gouvernante impeccable, digne de confiance : teint soigné, vêtements soignés, pas régulier, mots pesés. Vous inspirerez confiance, ils vous aimeront, se confieront.  Vous leur serez indispensable. Vous serez patiente jusqu'au grand soir.




    Pas mal, pas mal du tout ce premier roman de Guillaume Lavenant chez Rivages. Ca démarre presque trop fort car il faut parvenir ensuite à tenir le rythme, le dispositif, maintenir la tension et le mystère, en dire un peu sans tout d…

La rentrée littéraire (septembre 2019)

Les réjouissances littéraires sont nombreuses en cette rentrée. A chaque fois, c'est pareil. On mise sur des éditeurs, des auteurs, des couvertures et on tombe sur quelques pépites. Des navets aussi. Un certain nombre. Rien que de très normal. Mais comme le temps fuit et nous manque, L'Espadon mettra surtout en avant des voix singulières (Amelia Gray), des projets fous (Do éditions), des auteurs au nom imprononçable et des livres impossibles à commenter (Francis Rissin) . En voici quelques-uns, lus ou pas, mais qui suscitent au moins le désir. Un très fort désir de lecture.

Francis Rissin, Martin Mongin (Tusitala) : une expérience, une farce, un mystère... Tout le monde connaît Francis Rissin mais il est introuvable et personne ne l'a vu. Presque un horizon conceptuel. A la fois drôle et flippant, l'un des livres à ne pas manquer.


Une fois (et peut-être une autre) et x (fois), Do et Od éditions : projet fou, deux livres en tous points identiques, ou presque. Jeu d&…

Honorer la fureur, Rodolphe Barry (Finitude) ★★☆☆☆

C'était un beau titre, "Honorer la fureur", raccord avec cette biographie romancée de James Agee, le scénariste du chef-d'oeuvre "La Nuit du chasseur". Journaleux rêvant de littérature, de grande littérature, de combat et d'engagement politique. James Agee, tel qu'il est dépeint, est aussi et surtout un écorché vif à la beauté ombrageuse, un révolté incompris avec les idées bien à gauche, jamais à sa place dans une Amérique capitaliste. Nulle part. Libre, radical. Il boit et vit comme un pauvre. "Mais toute sa vie n'est qu'un mystère à éclaircir"...


   Pendant 100 pages, on découvre un homme passionné, indigné par le sort des déshérités. Un artiste, un écrivain plein de conviction et d'empathie, ultra sensible et prêt à succomber à tous les sentiments. "Un homme en colère que ses propres faiblesses écoeurent". Pendant 100 pages, on admire l'écriture de Rodolphe Barry, passionné lui aussi par son sujet. Mais v…