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Articles

Tartan, Olivier Chapuis (BSN press, collection Uppercut)

 Une obsession remplace une obsession. Un bourrelet, tout commence quand Simon s'observe dans la glace. Et ce qu'il voit est pire que la mort, un bourrelet nom de dieu ! Hyperactif de la sédentarité, Simon mène une vie tranquille. Un boulot d'architecte, une famille bien sous tout rapport, deux enfants magnifiques, tout allait bien jusqu'à ce jour où il découvre l'impensable. Simon a quarante balais, toutes ses dents, mais la vie et ses articulations couinent à chaque pas. Le type est rouillé, il ne l'a pas vu venir. Un seul regard dans le miroir a suffi pour enfin réaliser. Il avait pris un coup de vieux, il allait devoir se retrousser les manches. C'était sympa les hôtels de luxe, les business class et les plages privées. Mais ça n'était guère suffisant pour rendre un homme heureux. Au moment où on lui confie un projet d'envergure, Simon est rapidement gagné par la fièvre de la course à pied. En milieu de vie, Simon redécouvre son corps. Il y prend
Articles récents

Là où nous ne sommes pas, Guéorgui Gospodinov (trad. Marie Vrinat, Les Carnets du Dessert de Lune)

 Grand plaisir de découvrir un peu de poésie européenne dans la nouvelle collection des éditions des Carnets du Dessert de Lune. Une remarque formelle pour débuter. Quand bien même nous ne parlons guère le bulgare, il est toujours plaisant de disposer de la version originale et de la traduction, au moins pour comparer les typographies, la composition. Et puis c'est une autre forme de poésie que de laisser l'oeil se promener, buter, sur une graphie étrangère, des mots inconnus qui deviennent poésie étrange. Bien vu également le cahier central pour en apprendre davantage sur l'auteur, son oeuvre, la traductrice, là encore dans les deux versions ! Puis on plonge dans les poèmes de la vie ordinaire de Guéorgui Gospodinov comme on se balade en terre étrangère, en terrain connu, en terre inconnue, là où nous ne sommes pas, là où nous sommes par les mots et les sons. Non pas un recueil de voyage, non pas un manuel des villes de l'Est mais un livre sur l'absence, la dispari

Edgar Melethy, Le Grand surplomb, retour au Mont Analogue (La Fosse aux ours)

 Mais qui êtes-vous, Edgar Melethy ? Un écrivain féru d'alpinisme ? Le plumitif de l'expédition, de toutes les ascensions, spirituelles et physiques ? Seriez-vous poète de l'air et metteur en scène ? C'est bien dommage, j'aurais aimé lire vos autres romans d'élévation, et même vos poèmes en spirale, il paraît que vous en écrivez. "Un roman d'aventures alpines non-euclidiennes" comme un retour au mont Analogue avec Log de X, un chanoine, Edgar Melethy, dans un tonneau mal logé en quête du discolopax, cet oiseau infoutu de voler droit. Il faudra à l'équipée sauvage braver des torrents, des sentes, les lèvres du grand surplomb, renoncer aux alphabets existants, se frotter de science et d'anagrammes, débusquer les énigmes retorses du langage. Ah ces lettres en gras semées ici ou là telles un long fil torsadé. Loue la montagne chantait René Daumal, ce traité d'ascension à flanc de versant où la poésie se pique d'absurdités terrestres, pr

À pied d'oeuvre, Franck Courtès (Gallimard)

 Respect à Franck Courtès pour ces deux très beaux livres qu'il m'a donné à lire en cette année 2023. J'ai découvert sa plume avec son précédent recueil de nouvelles, Les liens sacrés du mariage , sur un sujet ô combien casse-gueule. Le couple, l'amour, blablabla... Un vrai tour de force qui m'avait grandement ému où l'auteur captait avec une finesse rare des instants fragiles et des territoires perdus. Les sentiments, les assortiments trompeurs, les retrouvailles, les brèches et les entailles, le moment où tout bascule, où les rouages se grippent. C'était diablement beau et émouvant. J'ai repris une lampée de Courtès avec ce À pied d'oeuvre. L'auteur n'a pas son pareil pour prendre des photos avec les mots, trouver le bon angle ou régler la juste lumière. Un projet différent ici : partir de la misérable condition de l'écrivain (quelle première page, qui dit tout !) que s'impose l'auteur après avoir lâché la photographie, métier

Souviens-toi de ne pas mourir sans avoir aimé, Marc Alexandre Oho Bambe (Calmann Lévy)

 On connaît le poète-slameur Captain Marc grâce à ses magnifiques recueils de poésie publiés ailleurs et chroniqués ici ( La vie poème ;   De terre, de mer, d'amour, de feu ), ses élans, ses tempos, sentiments sur le beat, la vie dans ses tourments, ses chants déments, et son art de la joie. Ici le jazz à l'âme et Jaromir qui reçoit un colis, un jour, un visage, la photo d'un homme qui ressemble à un père qu'il n'a pas connu. Inconnu à l'adresse des vivants, musicien des solitudes habité par la glace, la grâce, capable en quelques accords de briser le silence et les années d'errance. Un junkie plein d'amour pour sa fille Indira, ses textes, ses lettres, ses concerts, son addiction à sa quête, le jazz ou l'abandon suprême. Magnifique titre célébrant la démesure de vivre, les coups de poignard de l'absence, les injections d'amour shooté aux mots de la fin. Et la tendresse, la   musique, la vie pour nous lier à jamais. Magnifique titre pour ce

Chalumeau ma peau, Eugénie Hersant-Prévert (Les Carnets du Dessert de Lune)

 La collection Lune de Poche des éditions Les Carnets du Dessert de Lune, un petit format de 70 pages maximum pour un petit prix, une poésie contemporaine dont l'écriture vient percuter des représentations plus classiques de la poésie. Une manière de "désacraliser" la poésie. Voilà un programme qui nous parlait. Circassienne-équilibriste, la poétesse Eugénie Hersant-Prévert nous embarque dans un monde en mouvement, sur la crête des sensations. Nous invite dans ses élans de neige, ses poussières de mots et de flocons, les grondements des vagues, plutôt ceux de la mer que ceux d'une mère, les fatigues et les faims, les désirs d'une femme au bord de la nuit, un appétit sous les draps. Il y en a pour les frites toute molles mal cuites au four et les jeunes poètes, les femmes poètes et la vie devant. La vie à deux la vie seule, le corps et ses débordements, le corps et les assauts du temps, les pages tatouées, le sous-texte grisé comme un écho graphique du poème. On a

Le plus court chemin, Antoine Wauters (Verdier)

 On se sent si bien dans les mots d'Antoine Wauters, on s'enroule dans ses phrases entourées de blanc et de silence, on s'y love avec le sentiment rare d'être chez-soi, à la maison, dans un cocon rassurant. Ce cocon, c'est celui du partage des choses simples, l'écriture et l'enfance, un retour par les mots vers nos aînés, les lieux qui nous ont façonnés. Des villages en Belgique, l'école et son ennui profond, des lettres et des mots, encore des mots qui unissent et séparent. On se laisse envelopper par ses pensées d'écrivain, de fantôme, de gamin qui ne s'atteint pas, qui vit peut-être en voisin de sa vie. D'où l'évocation de la schizophrénie du romancier et ce besoin pour l'auteur de revenir sur sa propre enfance, expérience intime dont il nous présente la part d'universel sans aucune prétention sinon celle de toucher du doigt le fond d'une âme simple. Je pourrais écrire pendant des heures sur les beaux livres d'Antoine W