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Articles

Indésirable, Erwan Larher (Quidam)

 Sacrée tranche de vie à Saint-Airy, où l'on rit et s'interroge dans le même élan avant le carambolage final. L'histoire de Sam Zwastika, euh non Zabriski pardon, qui débarque du jour au lendemain dans un patelin de la France profonde pour racheter les murs, polir les pierres, restaurer ce qui doit l'être. Qui affronte la horde de vieux réacs du conseil municipal, les habitudes d'une belle endormie. Qui est-il, où va-t-elle ? Est-iel bien humain ? C'est que Sam est neutre, ni homme ni femme, être insaisissable au passé flou, iel suscite les quolibets, les moqueries, reçoit les injures, fait l'objet de rejets. Il s'en tape le coquillard, Sam en a vu d'autres, il n'a pas de sentiments, se méfie des humains, va habiter la maison d'un disparu et, apparemment, iel est en mission. Mais on n'en saura guère plus sur ses intentions, son rapport au mystique qui s'incarne dans des apparitions, des briques qui parlent... Et puis, pas de soucis, i
Articles récents

Doucement (!), Katia Bouchoueva (publie.net)

 La poésie sur L'Espadon n'est plus réservée au vendredi et déborde désormais sur les autres jours de la semaine. Doucement (!),  recueil signé Katia Bouchoueva, nous promène dans une géographie vécue multipliant les rencontres, les sites, les voix et les perspectives, avec un goût pour le déracinement en douceur, à l'affût des indices d'un quotidien français digne d'observations ou de descriptions. Des curiosités bucoliques, historiques pour offensive poétique délicate. On y croise Marion, l'Ardèche, Grenoble, un vieil homme, madame Morin maudite par l'amour d'un con, des gens, des paysages, des animaux, des voyages, des châtaignes et des étudiants de Montpellier... La douceur des mots s'infiltre dans des scènes quotidiennes où l'auteur s'interroge et s'étonne des attractions (le Mont Blanc et la Tour Eiffel qui tiennent debout), des attirances entre les corps, les idées, les lieux, la poésie pour les croiser et les filtrer au son des mo

Vendredi poésie #4 : Alexander Dickow, Maczka Hervier

 Acte IV de nos "Vendredi poésie" avec les fragments critiques d'Alexander Dickow, et le récit-essai-poème de Maczka Hervier, fable polymorphe sur l'amitié et les retrouvailles, l'après-Sisyphe. Déblais , Alexander Dickow, Louise Bottu, janvier 2021, 104 p., 14€ Fragments sur la poésie, la théorie critique, les poètes trop cotés et les poètes aimés, les habitudes et les postures de la poésie contemporaine, ses pouvoirs et ses faiblesses, ce Déblais oscille entre perspectives subjectives et tentatives d'objectivation par l'aphorisme. Un système d'où pourrait naître non pas la vérité mais une vérité. Et il faut bien le dire, j'ai un avantage, ma faible culture poétique qui m'offre un regard frais, attentif et curieux, sans doute partiel. L'auteur apprécie peu les textes de Francis Ponge ("l'antisentimentalisme"), Yves Bonnefoy ("chantre de la plénitude") et Philippe Jaccottet mais invite à la lecture de Gustave Roud, C

L'Incivilité des fantômes, Rivers Solomon

  L’Incivilité des fantômes  de Rivers Solomon – Collection Imaginaire/Science-fiction. Éditions J’Ai Lu – 26 août 2020 (roman traduit de l’anglais [US] par Francis  Guévremont . 480 pp.  LdP . 8,90 euros.)   À travers l’espace vogue le  Matilda , mille ans après que la Terre devenue invivable a été désertée par l’humanité. Celle-ci, ou du moins ce qu’il en demeurait, s’est embarquée sur ce gigantesque astronef, en quête d’un nouveau monde promis par la religion messianique pratiquée sur le  Matilda . Le paradis ainsi promis ne sera cependant pas pour tous et toutes, ainsi que le préfigure la société inique abritée par le léviathan intersidéral. Épousant la division du  Matilda  entre autant de ponts que l’alphabet compte de lettres, l’existence de ses passagers s’organise selon une stricte hiérarchie. Selon que l’on soit  « Haut-Pontien »  ou  « Bas-Pontien » , on exerce ou bien on subit une domination polymorphe. Aux occupants blancs de peau des ponts supérieurs reviennent les cabine

Vendredi poésie #3 : Thierry Radière, Christophe Esnault, Lise Ladreyt et Guy Reydellet

 Acte III de nos "Vendredi poésie" avec Thierry Radière, poète des matins calmes et des routines merveilleuses, à pas perdus dans les mélancolies de tison. Christophe Esnault, à mi-chemin entre poésie et récit, tisse par l'écriture la folie de nos folies pour éviter à tout prix de les médicaliser. Contre la camisole chimique, la force du flow des mots, pensées libres, franches tout en autodérision sur le rapport d'un homme à une pathologie, au pouvoir psychiatrique. Enfin Lise Ladreyt et Guy Reydellet dans deux poèmes faits main, d'une très belle délicatesse. Entre midi et minuit , La Table Ronde, Thierry Radière, 2021, 333 p., 17 € Qu'il est beau ce recueil divisé en trois parties. Des poèmes dédiés à des poètes tout d'abord, où Thierry Radière personnalise ses mots. À Sabine Huynh, des images de notre éternelle solitude, à Valérie Rouzeau les villes noires coincées dans l'urgence, à Jérôme Leroy le souvenir ému des filles séduisantes, réfléchi dans

Quitter Psagot, Yonatan Berg (L'Antilope)

Passionnant livre sur l'identité et la mémoire, Quitter Psagot plonge dans l'univers d'une colonie juive de Cisjordanie peuplée de Juifs pratiquants, à travers les yeux d'un homme qui se souvient de ses jeunes années, tiraillé entre des pratiques religieuses étouffantes et le désir de s'ouvrir à d'autres espaces. Psagot, cet îlot de liberté et de radicalité en territoire arabe, près du village d'Al-Bireh. Si le livre intéresse, au-delà des analyses, c'est d'abord par sa superbe écriture et l'excellente traduction de Laurence Sendrowicz, parfaites pour dessiner les contours flous des présences arabes et juives, mélange de fascination et de haine réciproques, de fermeture et d'envie d'exil, de peur de mourir et de volonté de domination. Dans toute implantation, il y a une face qui suscite la honte ou la peur et une autre qui libère la respiration et fascine le regard. Cette opposition est révélatrice de la contradiction de l'entreprise

Jérusalem, Alan Moore (Actes Sud)

  Jérusalem  de Alan Moore – collection Babel/éditions Actes Sud – septembre 2019 (roman traduit de l’anglais [UK] par  Claro . 1904 pp.  LdP . 14,80 euros.) « Béhémoth  » romanesque (selon Alan Moore lui-même),  Jérusalem  résiste à toute tentative de le résumer, non pas du fait de son nombre de pages mais de sa folle et prodigieuse ampleur formelle… C’est au cœur de la verte Albion et non pas aux portes des déserts du Moyen-Orient que se situe la Jérusalem donnant son titre au roman. Puisque les Boroughs (quartier populaire de la cité anglaise de Northampton, où le scénariste de  Providence  naquit en 1953) en constituent non seulement le lieu principal mais bien plus encore l’objet essentiel. Pourquoi pareille fusion entre la Ville trois fois sainte et ces marges prolétaires d’une cité provinciale d’outre-Manche ? Car à l’instar de la véritable Jérusalem qui, au-delà de sa topographie concrète, recèle une géographie mentale puissamment agissante, les briques et le bitume des Borough