Accéder au contenu principal

Articles

J'entends des regards que vous croyez muets, Arnaud Cathrine (Verticales) ★★☆☆☆

Superbe titre pour le dernier livre d'Arnaud Cathrine. Un programme plein de promesses, de celles que l'on a tous faites. Empruntant les transports en commun, qui ne s'est pas un jour ou l'autre posé cette question sur son voisin de siège : qui est-il/elle ? Quel est son âge ? Comment s'appellent-ils ? Que font-ils dans la vie ? Quelle est leur vie ? Une myriade d'histoires extraordinaires guettent à la terrasse d'un café, dans un train en partance vers Deauville, dans le regard d'un ami ou dans une rame de métro...

 65 microfictions (de une à trois pages) balisent ce livre en forme de carnet, où l'auteur "vole" la vie ou une partie de la vie des autres, comme chacun le fait — on l'imagine — dès qu'il a une minute à penser. L'auteur observe des détails, mime des paroles, invente des vies, fixe, scrute et sourit à ceux qu'il croise. Des hommes, des femmes, des enfants, imagine leur relations, suppose une manière d'être…
Articles récents

Nuits Appalaches, Chris Offutt (Gallmeister) ★★★★☆

En avoir ou pas. La vie se résume parfois à ça. Avoir de la chance ou pas. Tucker, sorte de figure white trash condamnée à la vilénie morale, à l'infamie, est né du mauvais côté. Celui des losers, des victimes du destin, dommage collatéral de la guerre de Corée. Non pas qu'il soit mort. Mais pire, d'avoir vu et donné la mort. Même pas majeur le gamin. A vous forger comme un roc pour la vie. On est en 1954. Né au mauvais endroit, au mauvais moment, comme Rhonda, sa femme, rencontrée après une tentative de viol par un oncle. Déjà la volonté de sauver le monde pour Tucker, d'inverser les rapports de force et le cours des choses. Faire des enfants absolument sains de corps et d'esprit. Éviter la dégénérescence programmée d'un milieu social. Pauvre et responsable de ne pas réussir ?



D'une puissance âcre, mélange de sueur, de désespoir et d'amour absolu, Nuits Appalaches déchire le cœur et prend aux tripes. Vous dire comment, pourquoi, à la hauteur du livre,…

Oyana, Eric Plamondon (Quidam) ★★★☆☆

   Oyana est donc notre premier livre de l'auteur québécois Eric Plamondon. Son précédent, Taqawan, a rencontré un petit succès public et critique, relayé par des libraires tombés sous le charme de son écriture. C'est dans ce contexte qu'on attaquait cette histoire a priori pas faite pour nous. Une double trame en réalité, faite d'une histoire d'amour en rupture entre Oyana Etchebaster et Xavier, sur fond de terrorisme basque. L'intime et le politique. Ou est-ce l'inverse. Qu'importe, un livre lu d'une traite (enthousiaste) en une toute petite soirée.

Plusieurs récits se chevauchent ici : une histoire politique du pays basque en lien avec l'abandon de la lutte armée de l'ETA. Le 3 mai 2018, l'organisation annonçait sa dissolution. A laquelle se greffe la romance en rupture d'Oyana et Xavier, cette dernière rattrapée par les erreurs et traumatismes d'une lutte armée involontairement choisie. Mais attention, l'auteur évite tout…

Au nom du père, Balla (éditions Do) ★★★★☆

Voilà un livre qui nous a fait beaucoup rire. Avant les dernières pages tout du moins, glaçantes ou d'une "inquiétante étrangeté". Au choix. Et pour cause, on aurait beaucoup de mal à trouver un héros aussi peu vendeur. Tenez : le narrateur est un père à l'air renfrogné, vieil homme aigri qui fait le constat d'une vie amère : du haut de son phare, il ressasse les échecs sans en comprendre les causes. Que reste-t-il d'une vie triste et solitaire ? Une maison familiale, construite par lui-même et son mystérieux frère. Ses deux fils, désormais adultes, ne l'ont jamais aimé. Trop volage, égoïste et méprisable. Son ex-femme, soupçonnée d'être folle, il la méprisait aussi. Ses parents, il n'a jamais pu s'entendre avec eux. Un mariage en ruines, une femme humiliée par des infidélités, des fils ignorés et cette maison, miroir de toutes les folies...


Ce que l'on retient d'abord, c'est le comique, d'une cruauté cynique qui confine à…

L'Ours qui cache la forêt, Rachel Shalita (L'Antilope) ★★★★☆

Mélancolie de l'exil, blessure du déracinement, douleur de la perte... L'Ours qui cache la forêt de Rachel Shalita chante sa petite musique de l'éloignement qui vous trouble par son absence d'explication stable,  seule façon de donner le sentiment des abîmes de l'âme humaine. Une musique de fond qui capte l'absence d'une utopie sur des airs de conte moderne.


Intrigant, ce livre de Rachel Shalita croise les trajectoires et les destins pour mieux cerner cette identité d'entre-deux — comme un non-lieu en attente — celle d'Israéliens exilés aux États-Unis et ballottés entre leurs désirs et leurs renoncements, déchirés entre leur culpabilité et leur amour. Par volonté ou contrainte, chacun recherche pourtant son chez soi. Être pleinement chez soi pour être pleinement soi-même. Ce lieu, c'est Israël, ses oliviers, sa sécheresse bienveillante, ses monts, sa guerre et son armée, comme une ombre pesante. Les États-Unis aussi, terre d'accueil et de …

Le Cimetière des plaisirs, Jérôme Leroy (rééd. La Table Ronde) ★★★☆☆

Dans "Le Cimetière des plaisirs", Jérôme Leroy écrit peu mais bien. On le savait déjà à la lecture du récent et excellent "La Petite Gauloise", roman noir et chronique sociale d'un effondrement programmé. Des formes courtes—aphorismes, maximes, notes, fragments— pour installer une distance avec cette jeunesse désenchantée, ce "clair-obscur intime". Dans la préface, l'auteur rouennais espère que le lecteur trouvera dans son livre "un témoignage d'époque sur une certaine qualité de tristesse et de silence". Car "Le Cimetière des plaisirs" évoque le regard sans fard d'un jeune prof de collège de ZEP dans la banlieue lilloise, celui de Brancion. Qui prophétisait déjà l'effondrement (écrit en 1992, livre paru en 1994) : "Sans Perros, La Rochefoucauld, de Roux et les autres, le collège Brancion eut été ce cauchemar à l'avant-garde de tous les effondrements à venir".

 La littérature comme garde-fou donc, r…

Speedboat, Fabien Clouette et Quentin Leclerc (éditions de l'Ogre)

- "On veut que François Busnel lise sur son prompteur les 22 premières pages du Necronomicon."

- On veut voir Bret Easton Ellis faire une lecture d'American Psycho à voix haute et sans pause, sur le toit de l'Empire State Building un 23 août 1992 en pleine canicule. Jusqu'au 23 août 1993.
- On veut l'éternité et la récompense de l'Ordre du Mérite pour Fiodor Dostoïevski, l'Idiot.
- On veut des blogs, des journalistes et des blogueurs qui cessent de (mal) commenter les livres qu'ils reçoivent gracieusement.

- "On veut une oralité imprononçable."
- On veut que tous les lycéens et collégiens de France sachent prononcer le nom et prénom de l'auteur de "Guerre et guerre" et "Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau".

- "On veut des jantes alu".

- On veut pouvoir acheter "Dans la forêt du hameau de Hardt", "La Ferme des Mast…