Accéder au contenu principal

Articles

Affichage des articles du décembre, 2019

Croire aux fauves, Nastassja Martin (Verticales)

Au Kamtchatka en 2015, l'anthropologue Nastassja Martin affronte un ours dans un corps à corps. La lutte s'achève dans le sang. Le fauve a planté ses crocs et arraché une partie du visage de la jeune femme. L'ours a fui, blessé par un piolet. Suivent la prise en charge en Russie, le début des opérations et le retour en France. Les questions aussi, la volonté de saisir ce qui s'est joué dans ce bout du monde. Débute alors une lente reconstruction, physique et mentale, qui dessine un nouveau rapport au monde, une nouvelle façon de le penser et de se l'approprier. De cette expérience traumatisante, l'anthropologue tire un livre où il est moins question de s'émouvoir et compatir que de survivre par l'analyse des frontières brouillées, aux confins d'une humanité bestiale.

   L'humain et le fauve vivent-ils dans des mondes si différents ? Que reste-t-il de la violence symbolique et concrète infligée à l'anthropologue ? Il faut d'abord s…

L'Espadon a un an !

Fin d'année, youpi ! C'est Noël bien sûr, mais aussi l'anniversaire de L'Espadon ! Un an aujourd'hui. Tous les messages reçus ici ou là, toutes les attentions, toutes les belles rencontres nées du blog (et à venir) sont notre carburant pour avancer. Pour tout ça, on vous dit merci. Car sans lecteurs, soyons honnêtes, L'Espadon aurait peu de sens. Sans passionnés, sans écrivains chevronnés, sans éditeurs inspirés, sans imprimeurs délicats, sans amis bienveillants, tout ça n'existerait pas. Alors pour 2020, on espère suivre le même chemin, en toute sincérité, avec le même enthousiasme. Pour toujours plus de livres à lire. On ne s'en lasse pas, on ne s'en lassera jamais. Alors organisez 38 rentrées littéraires par an si ça vous chante, soyez des geek du livre, ça nous va !       Les bilans, vous le savez, c'est de saison. Vous aurez donc droit à celui de L'Espadon. Il est frais, charnu, a du goût. Pas de classement, pas d'étoiles, jus…

La Crête des damnés, Joe Meno (Agullo)

Je n'ai jamais compris pourquoi il fallait aimer The Catcher in the Rye de J.D. Salinger. L'Attrape-coeurs m'a toujours laissé de marbre, indifférent à cette adolescence à la première personne. C'était un livre culte, une injonction à aimer. Avec La Crête des damnés signé Joe Meno, j'ai l'impression d'avoir vraiment rencontré Holden Caufield. Question de références musicales sans doute et de proximité toute amicale avec cet ado punk-branleur. Avec lequel on partage, sinon la même loose, au moins les mêmes désillusions, les mêmes rendez-vous manqués ou le même désir avorté. Si la vie peut être un grand bordel parfois, la musique a la vertu de vous réconcilier avec elle, dans un subtil jeu de miroir, d'échos et de résonances autour de la bande-son de votre vie. Du vide existentiel peut naître la rage. La Crête des damnés serait alors une tentative pour saisir cette Amérique des années 90.

         Raconter la marge ou des vies sur le côté pour mieux…

"Underdog" et "Attrape-rêves" chez Salto éditions : "Parce qu'un revers de Federer a autant de saveur qu'un vers d'Apollinaire".

Vous le savez désormais, L'Espadon aime nager, se faufiler et faire du sport. C'est notre philosophie : le corps et l'esprit, l'âme et son enveloppe. On n'invente rien, les Grecs en avaient fait leur mantra. Il existe bien une intelligence du corps à mettre en mots. En -776 semble-t-il, les Jeux naissaient à Olympie au pays de Socrate et d'Aristote. Bien avant les qualités de l'âme, les Grecs valorisaient la beauté des corps incarnés par des athlètes sans peur et sans reproche. Demi-dieu parmi les profanes, héros valorisé et encouragé, le sportif grec voyait sa matérialité pleinement affirmée au même titre que les qualités de l'esprit. "Les qualités physiques auguraient des qualités morales", "la perfection esthétique signalait la finesse intellectuelle" écrit Guillaume Martin dans son livre Socrate à vélo. Toute une tradition a ensuite renversé ces valeurs. Le monde intelligible et spirituel a eu la primauté sur le corps, reje…

Mes deuzéleu, Cyrille Latour (Lunatique)

Livre qui tente de dire les non-dits et, par les mots, de faire parler les silences. Le soupçon du genre pose le cadre : Camille, un prénom dont on ne sait, au juste, s'il fixe une identité (masculin-féminin) ou déploie son ambiguïté. Une ambiguïté qui a cours pendant 50 pages. Honte ou colère ? Impuissance ou lâcheté ? Ecart entre la perception des événements par un enfant de six ans et leur réception par les proches, inconscience qui confine à l'indifférence, le petit garçon découvre un monde sans savoir toujours ce qu'il doit penser de ce qui lui arrive. Quel sens donné à cette rupture qui a les allures de la continuité vingt ans plus tard ? Il faudra cinquante pages au narrateur pour nommer le traumatisme, mettre des mots sur une réalité impossible à saisir, à comprendre. Que s'est-il passé ce jour-là ? A-t-on simplement joué, expérimenté ? Quelqu'un m'a-t-il réellement agressé ?

   On joue un rôle par peur de déranger, on se fait discret dans …

30 ans dans une heure, Sarah Roubato (publie.net)

Livre choral sur nos inconsciences routinières, nos réflexes mortifères de citadins pressés, 30 ans dans une heure sonde les espoirs d'une génération incapable de prendre le temps de vivre, piégée par l'info instantanée, et d'individus "empêtrés dans le foutoir d'un rêve avorté". Pour certains, ça se passe sur un balcon une clope au bec, dans le jardin public du quartier où "aller nulle part est acceptable". Pour d'autres dans une montagne reculée à élever des moutons. Quand on revient en ville, l'atmosphère est figée par la possibilité de l'attentat. Aucune peur, aucun sens, juste se dire que tout ça peut arriver. Sans raison. Seulement "une conscience nouvelle".



    La monotonie de la vie trouve un adjuvant cinétique dans la prose de Sarah Roubato. Écriture tendue qui dit l'urgence à vivre, il faudrait oublier nos réflexes d'aliénés et nos conditionnements inconscients pour réussir, une fois dans sa vie, le rende…