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Articles

Affichage des articles du avril, 2011

Stanley Elkin, Un sale type

Un sale type, vraiment?
A l'issue de la lecture d'Un Sale Type, il faut bien le dire, quasi hypnotique, deux références majeurs de la littérature contemporaine viennent à l'esprit : Kafka et Beckett, maitres de la narration métaphysique empreinte d'absurdité. Imprégné de leur prose, Stanley Elkin y ajoute sa singularité en tentant de maximiser l'ambiguïté de son anti-héros : Feldman, patron enrichi de grand magasin, est manipulateur, égoïste et même parfois violent. Page 300 : "je crois dans la diversion, le stratagème, la manœuvre et la conspiration. Je crois dans l'espionnage, le coup d'Etat, l'assassinat, la révolte de palais et dans les révolutions à moindres frais". Voilà la nature même de la psyché feldmanienne. Et en même temps, ce serait trop réducteur. Car on perçoit néanmoins chez Feldman une humanité enfouie dans les limbes d'un passé volé. L'histoire est simple : Feldman vient d'être arrêté en raison d'un bug inform…

Imperial bedrooms: suite de luxe

Retour sur le devant de la scène d'un monument de la littérature américaine, Bret Easton Ellis. Souvenez-vous d'American Psycho, plongée cauchemardesque dans le quotidien d'un serial-killer, au cœur du New-York des yuppies: un grand coup littéraire, jubilatoire pour bon nombre de lecteurs. 20 ans plus tard, BEE délaisse  NY et la côte Est des "golden boy" pour rejoindre la côte Ouest des bimbos siliconées, avides de gloire malgré leur médiocrité et leur absence de talent. A noter que Suite impériale est en fait le roman qui suit Moins que zéro. L'histoire est simple: Clay, scénariste de talent habitant NY et plébiscité par Hollywood, revient à Los Angeles pour organiser le casting de son prochain film. Il y croise d'anciennes connaissances, notamment Blair, son ex-petite amie. Mais organiser un casting, c'est surtout le moyen pour Clay de s'offrir des filles à peu de frais en leur faisant miroiter la gloire. Il tombe donc sur Ray Turner, une actri…

Ashita no Joe, plus fort que Rocky et Drago réunis!

Dans les quartiers mal famés de Tokyo à la fin des années 60, l'histoire de Joe Yabuki, un jeune voyou en manque de repères, luttant pour sa survie. Un manga culte pour toute une génération de Japonais.
L'histoire : Fin des années 60, dans les bas-fonds sordides de Tokyo. La population de Doya vit dans le dénuement et la crasse. Joe Yabuki, un jeune voyou agressif, débarque dans ce quartier peuplé d’enfants, de vieux, d’ouvriers et de travailleurs pauvres. Joe, irascible, se querelle et se bat avec un alcoolique connu sous le nom de Danpei Tange. Animé par la haine et une force démesurée, Joe l’emporte aisément. Fasciné par la puissance contenue dans les mains de ce jeune homme, Danpei lui propose alors de lui enseigner l’art de la boxe et d’en faire un champion international, non seulement pour arrondir ses fins de mois, mais aussi par simple amour de la boxe, cet art permettant de domestiquer la force brute. Car, pour Danpei, la puissance dépourvue de maîtrise n’est que du ve…

Rupestres et Mulot!

Rupestres et Mulot

(publié sur planetebd.com)

Partir à la découverte des dessins primitifs qui ornent les parois des grottes françaises, c’est la proposition alléchante et pleine de promesses de Rupestres. Une plongée fascinante au cœur des salles obscures, histoire de s’élever un peu.

Rupestres n’est pas une bande dessinée « grottesque », ni même un simple « grotte book », c’est bien plus que cela. Un casting de choix d’abord (des grands noms) et un projet peu commun : raconter l’origine du monde par le dessin et les mots, tout en méditant sur le support qui permet de lui donner corps. Davantage une promenade dans les entrailles de la Terre qu’une banale exposition, le livre plonge dans un sous-sol plein de mystères et de trésors cachés, scrute les dessins primitifs du paléolithique, et en fait ressortir un questionnement fécond sur le sens et l’origine du monde. Si la première impression est celle d’un chaos graphique, la seconde, l’émerveillement, finit de nous convaincre : car d’un …

Axolotl Roadkill

Welcome to the death club
Retour sur un livre paru en 2009, et qui à l'époque a défrayé la chronique. En cause, les accusations de plagiat d'abord. Dans Axolotl Roadkill, Hélène Hegemann érige en principe esthétique l'intertextualité. Raison pour laquelle l'auteure a puisé sa matière dans un corpus d'œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques (quelques pages à la fin du bouquin précisent les références). Au menu donc, des phrases reprises telles quelles, de blogueurs anonymes à Jim Jarmusch en passant  par Jean-Luc Godard ou Malcolm Lowry. H. Hegemann l'assume et même le revendique. Alors plagiat ou pas plagiat? Pas vraiment et on vous dira pourquoi. Deuxième raison du succès du bouquin, l'âge de l'écrivaine: 16 ans au moment d'achever l'écriture. Troisième raison: une logorrhée sans limite, sans concession et un propos tour à tour morbide ou halluciné, d'une puissance rare. Car Axolotl Roadkill parle d'une lycéenne qui sèche le…

Culture is dead...not yet!

Romancier, essayiste, professeur à l'université, Pierre Jourde aime la culture et ce qu'elle permet : la liberté et le goût pour les choses inconnues. Son cri d'alarme sonne comme une tentative de sauver ce qui peut l'être : la culture et ce qu'il en reste, c'est-à-dire pas grand chose . Joyeusement offensif, ce livre est un recueil de chroniques d'abord publiées sur le web, rangées ensuite par thème dans le livre pour plus de lisibilité: les médias, l'éducation, l'université, la politique culturelle?!? et bien sûr les livres et les écrivains. Tout le monde en prend pour son grade, de l'école à la télévision en passant par les critiques eux-mêmes (suivisme, copinage, népotisme...). Le portrait est sombre, documenté, vif et lucide: la culture se dégrade et la tendance n'est pas au changement. Sont tout de même valorisés les journalistes intègres (ils sont certes rares pour Jourde), des écrivains confidentiels et de petites maisons d'éditi…

Parker ou Dexter, même combat

Parker ou Dexter, même combat
Malgré un passage par la table d’opération et un visage désormais transformé, Parker est traqué par le syndicat de New-York, l’Organisation. Passablement énervé, il va contre-attaquer froidement. Un sombre et virtuose polar, redoutable d’efficacité.
Rares sont les adaptations à se hisser au niveau de l’œuvre originale. Pourtant, le Parker de Richard Stark version BD, fait bien mieux. Il sublime le roman en lui donnant souffle et profondeur, tout en lui conférant une énergie brute incroyable. Le graphisme de Darwyn Cooke façon cartoon pop des années 50-60, un brin suranné, y est pour beaucoup. Alternant plans pleines-pages et zooms sur les visages, récits dans le récit et ellipses éloquentes, la BD retranscrit avec une parfaite justesse l’ambiance sombre, feutrée et glauque, propre aux grands cercles mafieux. Des casses parfaitement huilés et organisés, des personnages à la limite de la caricature, avec de vraies gueules d’écorchés vifs, et un dessin binair…

Mickaël Jackson made in Jura

Mickaël Jackson made in Jura

Non, vous avez voulu y croire, mais MJ est bel et bien mort, et il ne ressuscitera pas non plus sous la plume de Pierric Bailly, jeune auteur français jurassien, remarqué en 2008 pour son premier livre Polichinelle. L'auteur nous convie ici à la banalité de la vie de province, entre Montpellier la dynamique et le Jura endormi, chroniquant la vie  étudiante de jeunes ados aimant la drogue, le sexe et la tchatche et, il faut bien le dire, vaguement paumés aussi à cet âge ingrat de lfin de l'adolescence. Luc a donc quitté le Jura pour Montpellier afin d'entreprendre des études cinéma. Son rêve: devenir producteur. Son complexe: sa chouche à la Jakson Five. Il rencontrera pourtant Maud et en tombera follement amoureux. Avec en toile de fond cet éternel paradoxe : l'envie irrépressible de quitter l'enfance mais aussi l'angoisse d'entrer dans l'âge adulte, ce monde supposé des gens responsables. Malgré un style très classique dans …