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Les Lumières du Ciel réenchantent la Terre

Après de longues vacances, l'Espadon revient sur quelques romans de la rentrée littéraire. 
On commence par le cinquième roman de l'écrivain français Olivier Maulin, auteur au style fougueux, vif et précis, dont la prose enchanteresse égale l'humour ravageur. Banal road-book proposant une excursion de pacotille en apparence, le livre nous emmène en réalité faire un petit Tour de France complètement dingue sur le mode ivresse et liberté communautaires, d'un parking de Saint Denis dans le "neuf-trois" à Maisons-Lafitte dans la banlieue chic parisienne, en passant par Jérusalem et la côte d'Azur. On y croise des "dude" paumés, chômeurs et pas ambitieux pour un sou : l'un est DJ dans une patinoire, l'autre vendeur de sapins halal ou revendeur de camelotte à 5000 euros à ses heures perdues, histoire de finir le mois. Ces couche-tard vont croiser un chirurgien thuné et lève-tôt mais bien naïf, et une femme au foyer sans enfant, qui a "le feu au cul" et des envies de rien...

Fidèle à son univers empreint de féérie, de magie et parfois de fantastique, Maulin saisit parfaitement l'esprit d'une époque. Sauf qu'il lui insuffle un souffle d'émerveillement à la fois drôle et loufoque. Eh oui, l'univers de Maulin est dingue et hilarant. On pense notamment à cette petite bande d'agriculteurs vivant en marge de la modernité et de la société, libres et résistants, fabriquant leur propre bière, leurs propres fûts, leurs propres fermes, entourés de légendes et de mythes...Un vent d'idéal communiste flotte sur Jérusalem, le rêve d'une communion fraternelle aussi, et le désir d'un retour à la nature purificatrice loin de l'esclavage matérialiste et technicien, loin aussi de la laideur et de l'obscurantisme. Un programme de communion, quoi. Un excellent roman de rentrée, frais et léger, finalement dense et jubilatoire, surtout propre à réenchanter le monde et à rallumer les lumières du ciel. (4/5)

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Mes coureurs imaginaires, Olivier Haralambon (Premier Parallèle)

Giro mon ami ! Et bientôt le barnum annuel en jaune ! L'occasion d'enfourcher notre bicloo et de foncer tête baissée, mains au creux du cintre pour vous chroniquer les bonnes sorties sur la Petite Reine. Ok, on vous voit froncer les sourcils, faire la moue et croiser les bras : du vélo sur L'Espadon, franchement, un sport de benêts et de bourrins dopés ? C'est pour les Marcel, du pastis, du béret et de la baguette...





  Vous auriez tort car Olivier Haralambon est aujourd'hui l'une des belles plumes du cyclisme moderne, aux côtés de Philippe Brunel, journaliste à L’Équipe. Lire Mes coureurs imaginaires, c'est saisir autrement les subtilités du pédalage et de la danseuse. Éclairer notre regard sur ces corps en mouvement, offerts en sacrifice à une foule electrisée. Car Olivier Haralambon griffe les pages comme on caresse les pédales. Avance plutôt en vélocité qu'avec la braquasse, même si les bûcherons ont leur charme. Si vous avez lu son précédent livre,…

Etat de nature, Jean-Baptiste de Froment (Aux Forges de Vulcain) ★★☆☆☆

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Une ville de papier, Olivier Hodasava (Editions Inculte) ★★★★★

Si tout est vrai, alors cette histoire est fascinante. Si tout n'est que fiction, c'est encore plus fort. Entre les deux, la seule grande question qui vaille, celle du réel ("Si être réel c'est exister dans l'esprit des gens, alors oui, pour moi, elle est bien réelle"). Car la beauté de la littérature tient dans son incertitude, un art des possibles déployé à l'infini. Un vertige. Comment parler d'un livre dont le sujet n'existe pas ? Qui n'a jamais existé sinon dans la tête des gens, sur une feuille de papier comme Copyright Trap ? C'est le principe abyssal de ce livre pensé comme un film ou un album photo, par strates et plans-séquences.



  Le sujet en deux mots. Avril 1931,  Desmond Crothers, cartographe passionné, travaille à la General Drafting, entreprise florissante de production de cartes routières qu'a créé un certain Otto G. Lindbergh. Le patron confie à l'employé une tâche importante, comme une belle marque de confianc…

Le Chien de Madame Halberstadt, Stéphane Carlier (Le Tripode) ★★★★☆

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C'est un beau jour pour ne pas mourir, Thomas Vinau (Le Castor Astral) ★★★☆☆

Un bout de pain, la cacophonie du vide, des claques et des nuits en train de rire. De l'autre côté, mon pays ou une pomme, l'arme légère se recueillir parmi les monstres hirsutes. Promis, je ne chercherai rien. Juste la lecture et la poésie. Pas de traduction nécessaire, juste s'alléger, d'une manière ou d'une autre. Comme chaque matin au moment d'avaler son café, comme un addict incapable de décrocher de Facebook, lire son petit poème signé Thomas Vinau. C'est le programme en 365 actes de ce recueil. Et C'est un beau jour pour ne pas mourir.


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Terres de sang. L'Europe entre Hitler et Staline, Timothy Snyder (Folio Histoire)

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T. Snyder fait œuvre de pédagogue. Il rappelle que la Première Guerre mondiale a fait éclater les grands empires européens et a donné naissance à de nouveaux États, la Pologne, l’Ukraine, la Biélorussie et les États baltes qui forment une « zone tampon » entre l’Allemagne et la Russie. La construction des États totalitaires en Allemagne et en Russie s’accompagne d’une remise en cause de la légitimité et de l’existence de ces États. Staline et Hitler, arrivés au pouvoir, mettent en œuvre des projets coloniaux. Ils entendent s’approprier, réorganiser ces territoires pensés comme des réserves de terres. T. Snyder distingue pl…

L'ombre de son nom, Jean-Baptiste Labrune (Magnani) ★★★☆☆

Premier roman signé Jean-Baptiste Labrune, L'Ombre de son nom est aussi le premier roman de son éditeur, Magnani. Un excellent éditeur de livres illustrés et BD que l'on connaît bien à L'Espadon pour avoir déjà chroniqué certains albums. Allez voir du côté de Marion Fayolle et Simon Roussin si le cœur vous en dit, la fine fleur du 9e art actuellement (Les Aventuriers,Les Amours supendues). Mais revenons donc à ce roman et son programme inépuisable, ambitieux. Un livre sur les voix qui nous traversent, les démons qui nous hantent. L'image de la mort à Paris à des époques différentes. Pendant la semaine sanglante de la Commune, en 1871, pendant les émeutes de 2005 en banlieue, échos diffus d'une violence qui traverse les générations. A l'image d'André Fauré, mort en 2005. Difficile de résumer ou raconter cette histoire. Tout est jeu d'échos, de correspondances, de va-et-vient. Qui commence par le décès d'un père dans des circonstances troubles. Un …

Dans la forêt du hameau de Hardt, Grégory Le Floch (Editions de l'Ogre) ★★★★★

Après "Arcueil" (Éditions Do), voici la deuxième claque de la rentrée. Pour être franc, on ne s’est pas encore remis du puissant « Dans la forêt du hameau de Hardt ». Et ce n’est qu’un premier roman, signé Grégory Le Floch. Mais pour tout dire, on n’attendait pas moins des jeunes et excellentes éditions de l’Ogre qui, jusqu’à présent, ne nous avaient jamais déçus.






        Alors, ça cause de quoi ce bouquin au titre à rallonge ? De la confession d’un type, Christophe, traumatisé par un événement survenu en Calabre alors qu’il passait ses vacances avec son très vieux pote Anthony. Incapable de parler, de lâcher les mots pour dire l’horreur, il nous décrit, suffocant et convulsé, comment il a échoué dans ce patelin d’Allemagne, le hameau de Hardt, à la lisière d’une étouffante forêt. Il voit des fantômes — les images remontent, hanté par le souvenir d’un mort. Pense parfois à se suicider. Et puis voit un cactus, des épines, Lady Di, une caravane et un chat au pelage râpé… Diffic…

No zone, Bruno Gay (Léo Scheer) ★☆☆☆☆

Les récits post-apocalyptiques sont à la mode. Alors pourquoi pas sur L'Espadon. Mais parfois, il est des récits qui, à tort ou à raison, se refusent à nous. C'est le cas de No Zone, un premier roman signé Bruno Gay, collectionneur d'art primitif.





No Zone est d'abord un classique récit d'anticipation : une explosion radioactive vient d'irradier toutes les terres. Il ne reste plus rien. Ou presque. Une expédition de militaires et de scientifiques pénètre dans la zone interdite, où le  degré d'ionisation avoisine les 5000 sieverts. Ils y découvrent l'immensité calcinée. Et, la peur fixée au scaphandre de protection, ils avancent sous la menace et découvrent un biotope déformé, qui renaît toutefois. Les insectes, libellules et scarabées pullulent. Au loin, " des restes de civilisation amalgamés à la physique (...)" 



"Au centre ondoyant et tout à la fois vertical d'un temple de mystère dont le bandeau des colonnes circule à la vitesse …

Mrs Fletcher ou les tribulations d'une M.I.L.F. Tom Perrotta (Fleuve) ★★★☆☆

Après les deux claques de la rentrée (Arcueil et Dans la forêt du hameau de Hardt), il nous fallait lecture plus légère. Mission remplie avec « Mrs. Fletcher ou les tribulations d’une M.I.L.F. », pudiquement traduit par « mère sexuellement très attirante », signé de l’auteur américain Tom Perrotta, déjà connu de nos services pour « Professeur d’abstinence » et du grand public pour « Les Disparus de Mapleton » (adapté en série, The Leftovers). Un titre aguicheur mais un brin trompeur, dans le bon sens d’ailleurs !





     Il est donc question d’une quadra désœuvrée, Eve Fletcher, divorcée et orpheline de son fils Brendan, parti rejoindre les bancs de l’université voisine. La voilà en proie à la solitude et contrainte de prendre les choses en main. Addiction au porno sur la toile, flirt lesbien, retour à une vie d’étudiante, ambiguïté avec les collègues de travail… La presque-quinqua croise une foule de personnages, des cisgenres, des jeunes geek, des qui boivent et roulent des mécaniq…