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Les Idoles Malades, ou le retour du refoulé

Sourdrille is back ! Aviez-vous seulement déjà entendu son nom ? Croyez-le ou non, le pape de l'underground, Robert Crumb himself, loue le génie de cet auteur inconnu érotomaniaque, qui auto-édite des BD coquines ou pornographiques à ses heures perdues. Les Idoles Malades, en plus de révéler un univers dérangeant et subversif, enfile contes scabreux et fantasmes sexuels dérangés avec une étonnante facilité. Malade dans sa chair mais parfaitement sain d'esprit, Soudrille se met en scène comme un petit couillon maigrichon dans des situations décalées, dans des habits trop grands pour lui, au coeur de situations absurdes,  le livre compilant alors un florilège de saynètes jubilatoires : dans Ronald Fuck, Sourdrille bande mou à cause de l'hiver mais retrouve la vigueur dans du bois de bûcheron ; une femme le scalpera avant de pisser dans son crâne pour irriguer un océan de fierté nationale ; et à poil dans la campagne, il sera poursuivi par une horde de femmes vengeresses, tandis qu'au pays du félibrige, deux garces vont violer un insolent virtuose du ballon rond. Vous en voulez encore ? Alors jetez-vous sur Batmou et Robinet qui ont une fâcheuse tendance à tromper leur public en poussant le jeu de masques à son comble...

Du réel et du quotidien le plus banal - une petite culotte ou un regard scrutateur - Sourdrille tire des scènes incongrues délicieusement absurdes, gentiment grotesques et jouissives dès lors qu'on accepte de partager les divagations psychanalytiques de ce joyeux drille sorti d'on ne sait où. Sous des apparences fantasques, le livre peut s'autoriser tous les écarts tant il les met au service d'un propos subtil, passant de l'humour à l'effroi avec la liberté de celui qui n'a rien à prouver. Libéré de toute contrainte ou interdit, Sourdrille se pavane dans la mise à nu de ses fantasmes les plus baroques pour délivrer in fine une BD d'une crudité cathartique, où il ne sera rien épargné de sa conscience torturée. Humour total ! Car il ne reste plus que ça pour s'évader de la morne réalité dépeinte, malade et névrosée, ou le surréalisme onirique sonne comme la seule porte de sortie acceptable. Un coup de maître hilarant, une audace folle, une BD marquante de ce début d'année qui fait du bien dans la production trop sage du 9e art. Dérangé mais obsédant ! (****)


Les Idoles Malades, Sourdrille, éd. Les Requins Marteaux, 18 euros.

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