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Artères souterraines, Warren Ellis

Warren Ellis, célèbre scénariste de bande dessinée, a pris la décision de tâter de nouveaux terrains de jeu. Après la perle que fut Transmetroplitan, brûlot acide et jubilatoire d'une Amérique corrompue, Ellis s'attaque au  roman avec l'ambition de faire aussi bien. Presque une gageure! Au menu des festivités, un pitch simple d'abord : il s'agit pour le pâteux et lénifiant détective Mike de retrouver un document susceptible de modifier le destin des Etats-Unis, en l'occurrence la deuxième Constitution qui a été égarée. Le commanditaire : la Maison-Blanche, mission payée 500 000 euros net. Réveillé de sa torpeur mais poursuivi par la poisse, c'est le moment ou jamais de changer de vie à peu de frais. Mike accepte, et entame alors un road-trip à travers les States, rencontrant des marginaux en compagnie d'une marginale, sa future copine. N'hésitant pas à s'acoquiner avec le sordide et le comique, Ellis enchaine les scènes loufoques à tendance glauque, sans jamais baisser de rythme : ellipses, expressions lâchées comme des lames, drôlerie à gogo, rien ne manque. Ici un magnat du pétrole pris de convulsions bestiales, là une orgie mêlant Godzilla et expérimentations sexuelles en mode bukkake, plus loin des réunions en petit comité associant esclavage, ados et perversions. Le décor est planté, le message est clair : l'Amérique des bas-fonds est un vaste marécage plein de crasse et de vautours, peuplée d'originaux paumés, de geeks névrosés et de quinqua cyniques. Le problème, c'est que l'on rit peut-être trop à la lecture de ce bouquin, car ce n'était pas là la seule ambition a priori. A enfiler les scènes trash, les blagues cocasses teintées d'absurdité sur un scénario de pacotille, on finit par ne plus prendre Ellis au sérieux, le bouquin lorgnant alors vers le roman-tiroirs superficiel et manichéen. Reste qu'on ne s'ennuie jamais tant le rythme et l'écriture sont soutenus, servis par un découpage en paragraphes courts idoine.
Pour terminer, l'Espadon rejoint la chronique de Julie Coutu parue dans le dernier Chronic'art, à propos du côté subversif du livre : " Subversif, Ellis ? Ou pas vraiment ? Évidemment, il sert sur un plateau une Amérique où tout est sexe, perversion, où les pratiques les plus étranges semblent monnaie courante. Mais justement. L'empilement du bizarre frise l'absurde, la subversion, si subversion il y a, se perd dans le comique. Et puis la love story qui se construit au fil des pages reste parfaitement romantique, si on l'extrait de son cadre déjanté. Du coup, de subversion, il n'y a plus guère. Quelques interrogations, peut-être, un regard décalé. Rien d'inoubliable, mais on a vu pire. Et puis, ce fantasme d'une Amérique qui retrouverait « sa beauté d'antan »  reste un programme qui n'interdit presque rien". 
Oui, c'est vrai, pas vraiment indispensable, Artères Souterraines reste néanmoins tout à fait correct dans le registre et vaut par sa critique d'une Amérique gangrenée par l'argent et le sexe. Travail certes maladroit par moments, mais  jamais inutile. Et Ellis remplit finalement le contrat de nous tenir en haleine sans jamais flancher. Pas si mal pour une première fois! (3/5)

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Je n'en attendais rien mais j'étais curieux de lire ce qu'on pouvait tirer de cette expérience gonzo, passer deux ans comme prostituée dans un bordel et vivre une forme d'émancipation (ce que dit Emma Becker)…

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Puissance de la grotte, force de la caverne, jaillissement de la prose quelque part en dehors du monde, sur une île piégée, dans un bagne aux allures d'Eden en enfer ou d'enfer au Paradis. Lestor, Ousmane, Malek et le narrateur n'ont pas encore dix-sept ans, livrés aux travaux forcés et brimades du gardien du phare, Somer. Entrons alors dans le Grand Sommeil, en plein été, pour observer des échappées bien réelles en écho aux fantasmes d'une tribu enfermée. Car tout ça n'est peut-être qu'un rêve, un cauchemar ou bien la stricte réalité. Allez savoir...

       Avec Somerland, je découvre l'écriture de Raymond Penblanc : vive et énergique, fulgurante et prolixe, jamais dupe de ses enfermements. D'une musicalité fluide, aux sonorités crues et heurtées parfois, pleine de saccades. Elle louvoie, cherche, en quête d'elle-même pour mieux fouiller la possibilité du drame et de l'amour, l'idée d'une violence animale ancrée en chacun de nous, …