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Match aller, ou l'enfer de la République; Julien Capron

Match aller est avant tout un roman français d'une grande ambition formelle, détournant tous les codes habituels du polar et du roman, pour livrer au final une épopée magistrale en forme de match de rugby âpre, qui exige du lecteur abnégation et patience. Difficile de ne pas sortir complètement sonné de ce roman, comme si le lecteur s'était pris un plaquage cathédrale pleine face par Chabal. 
Dans une République imaginaire, 14 équipes de rugby se livrent une lutte sans merci : au sommet deux superpuissances, les semeurs de Garamène toujours vainqueurs mais jamais séduisants dans le jeu, le Lyon du rugby en fait, et la mythique Volmeneur, éternel poulidor du championnat. Problème : un corps carbonisé est retrouvé dans les vestiaires de l'équipe de Volmeneur. L'enquêteur Fénimore Garamande, fraîchement débarqué de sa province, est chargé de mener l'enquête. Intello cultivé souvent haut perché, fan de films, de théâtre et de littérature, Garamande est aussi paumé en amour que dans son travail, sa femme vient de le tromper et sa nouvelle collègue Casilde n'est pas la plus moche de la République.

Avec sa topographie variée, sa toponymie légendaire, ses villes tentaculaires ou minuscules, ses ports chargés d'histoires et de mythes homériques, la République regorge de mystères et de légendes ancestrales, fixant un décorum fécond  peuplé de héros en devenir ou finis, et de dieux en quête de rédemption ou de réincarnation. Dès lors, quand le sport et la chronique sociale se mêlent à l'enquête policière, cela donne Match aller,  roman héroïque inclassable,  pièce de théâtre à la fois drôle, violente et forcément tragique, inspirée par les grandes figures tutélaires de l'antiquité grecque, au premier rang desquelles le présocratique Héraclite, suivi des dieux et déesses olympiques. D'ailleurs, le mystérieux tueur de la République laisse toujours une signature : des maximes écrites en grec ancien, charge à Garamande d'y décrypter là un message.
Les registres de langue sont variés, l'humour omniprésent et les questionnements individuels ou collectifs sous-tendent en permanence la narration. Le championnat rythme l'enquête, entrecoupé par les tirades stériles et déboires conjugaux de l'enquêteur Fénimore. On aime aussi les discours de l'entraîneur de Volmeneur, véritable meneur d'homme. Julien Capron signe là une belle réussite, en inventant une écriture dense, riche, ciselée, et aussi éprouvante. Car c'est le défaut du livre, Capron aurait pu gagner en concision pour donner encore plus de force et limpidité au récit. C'est parfois long, éreintant, à l'image de l'enquête et des matchs livrés par l'équipe de Volmeneur. Mais une fois le livre terminé, on se dit que le jeu en valait bien la chandelle. Et la chute finale nous frustre à un point tel, qu'on se jettera gaiement dans la mêlée de Match Retour (le roman est sorti récemment) sans attendre la version poche cette fois-ci. Volmeneur se hissera-t-elle plus haut que la 2ème place et Féni redeviendra-t-il le brillant enquêteur qu'il est en puissance? Quand le courage et le don de soi sont érigés en valeur dominante, on se dit qu'il est encore possible de réenchanter un monde qui, malgré sa médiocrité, est encore digne de splendeur...A suivre...(note: 4/5)

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