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Un barrage contre l'Atlantique, Frédéric Beigbeder (Grasset)

 Ça m'apprendra. J'ai coutume de lire de façon la plus large possible pour me faire une idée bien précise de ce que j'aime ou pas en littérature. Je pourrai dire, avant de laisser ma place, que j'ai lu Dostoïevski et Beigbeder. Je crois qu'il est toujours possible, même chez les plus mauvais, de picorer de bonnes phrases, de bons passages, d'acides blagues. Je tairai un certain nombre de noms, mais pas celui de Beigbeder, qui aime qu'on parle de lui, de son humour et de ses livres, je crois. J'ai dû en lire trois, toujours avec la même intention. Il y a des choses à prendre. J'ai d'ailleurs été étonné, récemment, de trouver dans le Cabinet Lambda (Cactus Inébranlable éditions, magnifique recueil de citations) certaines phrases tirées des livres du plus célèbre dandy de France. On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir essayé. Toujours le même constat. Ce qu'écrit Beigbeder ressemble très peu à de la littérature. À 18 ans, j'avais l'excuse de la jeunesse. 99 francs ou L'Amour dure trois ans pouvaient impressionner un esprit encore frais, innocent. L'ex-publiciste le sait, en joue et croit faire illusion. J'ai acheté ce livre dans une gare, désoeuvré, avant d'embarquer. "Allez, pourquoi pas !" me suis-je dit, plein d'espoir naïf. Quelques phrases claquaient, ça avait l'air drôle. Deux heures plus tard, toujours la même sensation : le vide intersidéral, ou presque. L'auteur nous parle de sa vie, du temps qui passe, de ses amours, de fêtes incroyables dont on se fout pas mal. Les souvenirs, la mélancolie, Beigbeder vieillit et s'interroge. Sur une plage, seul. L'anecdote dans un hôtel où le monsieur court tout nu, une bouteille à la main, face à deux femmes, semble être un grand moment du livre. Bon. Il questionne aussi la littérature, le mot, la page, le blanc des pages, le silence. Beaucoup de tartes à la phrase. Des anecdotes sans intérêt, des stars de pacotille. Des scènes ridicules.

Un titre qui fait un peu pitié, au début. Mais "l'action" se passe à Arcachon et au Pays basque, l'occasion pour l'auteur d'évoquer la géographie, et un ami plutôt intéressant (voyez le rapport avec l'Atlantique). Et puis c'est tout. Beigbeder aime beaucoup parler de lui, de sa timidité et de ses insuffisances. C'est d'ailleurs là qu'il devient un peu touchant quand, très lucide sur sa technique d'écriture, il passe à l'aveu de faiblesse. Il le dit, il l'écrit, convoque des citations et brise lui-même les règles de narration qu'il vient d'énoncer. Beigbeder est un petit malin qui fait illusion. Il aurait tort de s'en priver, ça marche apparemment. Il mime l'aphorisme pour nous sortir un semblant de roman. Ou est-ce l'inverse. On va être honnête jusqu'au bout, il y a de bonnes phrases isolées. Notamment sur l'écriture. Parfois. Rarement.

Chaque matin est une victoire provisoire. Chaque nuit nous affrontons notre destin.

Je dirais que Beigbeder a parfois le sens de la formule tout en étant conscient de ses limites, ce qui peut le rendre touchant. Mais souvent agaçant et poseur, il faut bien le dire, car on peine à discerner une quelconque sincérité dans tout ce fatras egocentré, souvent anecdotique. Beigbeder ne sait pas parler de lui sans prétention (pp.72 à 75). Cet auteur a un talent de publicitaire, c'est indéniable. Qui tourne à la rouerie littéraire. C'est la différence entre le babillage et la littérature. Un livre de gare abandonnée (il existe une excellente littérature de gare !), avec toujours le même effet : il n'en reste rien. Deux trois blagues et quelques sentences déjà oubliées. Je me suis bien fait avoir. Je vais aller le revendre sur Momox et me replonger dans Gracq et Krasznahorkai...

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