Accéder au contenu principal

TOP 10 BD 2011

Pour commencer l'année 2012, le top 10 des BD 2011


3 secondes, Marc-Antoine Mathieu : Une scène de crime, un portable, un vase, un motard et des matchs de foot pendant la coupe du monde. Saurez-vous reconstituer l'histoire, démasquer le tueur et comprendre le pourquoi du comment ? Un bijou d'art séquentiel, novateur et captivant. Une histoire en "zoom ludique interactif" où chaque objet, chaque personnage se reflète lui-même dans un autre objet ou personnage, proposant ainsi un véritable labyrinthe de miroirs multipliant points de vue, regards et angles morts à l'infini. Dit comme ça, ça paraît un peu loufoque et pourtant la BD, repoussant les limites de la narration et du cadrage, se révèle jubilatoire : rien n'est jamais énoncé, tout est suggéré, montré sous différents angles


- Mister Wonderful, Daniel Clowes: Avec Chris Ware, le plus grand storyteller actuel. Marshall, quadragénaire un brin désabusé, attend son rendez-vous dans un diner. Mais la demoiselle se fait attendre. Entre désenchantement et espoir de renaissance, une romance de milieu de vie bouleversante, signée Daniel Clowes. Du grand art.

- Quai d'Orsay T2 Blain, Lanzac. Engagé par le Quai d'Orsay pour s'occuper des "langages" de son ministre, Arthur Vlaminck découvre la frénésie des milieux diplomatiques. Blain au sommet dans un univers de technocrates. Ou l'énergie mise en image. Jubilatoire et étonnant.


- Nous n'irons pas voir Auschwitz, Jérémie Dres : une BD entre reportages, carnet de voyage et témoignage sur la renaissance de la communauté juive de Pologne, 60 après la Shoah. Juste, instructif et poignant.
- Hitler, Mizuki : La biographie d'Hitler, d'une vie de bohème en Autriche jusqu' à l'exercice névrosé du pouvoir pendant la Seconde Guerre mondiale : l'itinéraire d'un dictateur fou, capable d'électriser les foules par son éloquence. Un remarquable travail de mémoire, qui désacralise le mythe.


- Gorazde, Joe Sacco : De 1991 à 1995, la guerre fait rage en ex-Yougoslavie. Gorazde, ville de Bosnie déclarée zone de sécurité par l'ONU en 1993, est pourtant assiégée par les forces serbes. La « purification ethnique » a commencé. Un livre référence de la BD-reportage.


- Pour en finir avec le cinéma, Blutch : Blutch crie à la face du monde son amour du cinéma d'antan et de ses acteurs. A la croisée de l'essai, de la biographie et de l'hommage, une déclaration d'amour sincère et critique... Encore une fois, du très bon Blutch. Un grand nom de la BD actuelle.


 
- Marivaudevilles de jour, Martin Veyron : Dans une veine burlesque et légère, les rencontres impromptues, cocasses ou romantiques des amoureux de la capitale. Truculent, subtil et bourré d'humour, le marivaudeville de Veyron se danse sans attendre. Formidable de justesse et de drôlerie car Veyron a su nous enchanter avec son jeu de l'amour et du hasard teinté de spleen citadin.

- Mambo, Claire Braud : L’histoire d’une femme poursuivie par les services fiscaux, dans un coin reculé d’Amérique du sud. Entre surréalisme exotique, douce absurdité et réflexion sur la solitude existentielle, un conte réaliste étonnant. Une belle surprise.




- Le dernier cosmonaute, Aurélien Maury : La rencontre de deux solitudes, l’une terrestre l’autre lunaire, incarnée par Alice et Larry. Lui rêve d’être cosmonaute, elle d’être aimée. Mais comment faire quand on est inadapté au réel ? Une très belle fable sur le passage à l’âge adulte. Entre Dan Clowes et Chris Ware, une magnifique première œuvre.

Posts les plus consultés de ce blog

Olympia, Paul-Henry Bizon (Gallimard)

 Il existe de curieux livres qui, des noms à l'histoire en passant par les lieux, semblent avoir été écrits pour vous. Pire, vous avez même parfois le sentiment étrange d'avoir inspiré l'auteur d'une façon ou d'une autre. Etonnant. Et même fascinante histoire qui embrasse la mythologie d'une athlète hors normes pour, non pas vous livrer des réponses, mais épaissir encore davantage l'aura et la légende de Marie-José Pérec, "la gazelle des Antilles", " héroïne puissante, élégante et sexy ", triple championne olympique des années 90, reine du 400 m et titrée aussi sur 200 m. Rappelez-vous, Marie-Jo achève sa carrière sur un effacement, une disparition :" Je n'y étais pas. " Un geste digne d'un génie (j'y reviens plus bas). Je l'ai compris en lisant ce roman. Nous sommes en septembre 2000, aux J.O. de Sydney et l'athlète renonce au dernier moment à courir la finale dont elle était la grande favorite face à Cathy

Une Fêlure, Emmanuel Régniez (Le Tripode)

 Les deux précédents livres d'Emmanuel Régniez nous avaient fascinés dans des registres très différents. Ambiance gothique anxiogène pour l'un ( Notre château ) et puissance du désir pour l'autre avec des yeux grands fermés ( Madame Jules ). À leur façon, ils devaient sans doute exister pour faire naître ce troisième roman bien plus personnel semble-t-il, fait de textes courts et fragmenté en quatre parties : la vie rêvée, féérique, toujours empreinte d'ironie, la vie réelle avec tous ses mystères destructeurs et non-dits, puis la vie fantasmée du conte qui permet, par une mise à distance, le travail de deuil et l'acceptation de ce qui demeure incompréhensible pour tout enfant. Je ne vous en dirai pas plus sur cette histoire de famille dont l'effrayante banalité est proportionnelle à son horreur silencieuse. Mais l'horreur, dans Une Fêlure , revêt le costume des paroles d'adultes captées par un enfant dans un couloir et la douceur des gestes d'un lou

Vendredi poésie #5

 Cinquième volet de nos "vendredi poésie" avec une partie de pêche sur les bords de l'enfance (Christophe Esnault), la poésie amoureuse et architecturée de Typhaine Garnier, et le recueil "Promenade et guerre" du regretté Cédric Demangeot. Je ne connais rien à la pêche mais ça ne m'a pas empêché d'aimer la poésie de Christophe Esnault. D'abord pour son flow de mots et ses flots de jeux de mots en son, ou tout simplement ces morceaux d'enfance bercés par la joie du souvenir qui est avant tout une façon de ressentir une émotion au bord de l'eau, auprès des carpes et des gros "lolos". J'ai été hameçonné par cette poésie frontale, simple et accessible, qui embrasse le courant d'un cours d'eau, rapide ou tranquille, pour se rappeler qui on a été. Rien d'ennuyeux au milieu des silures et des poissons, juste l'itinéraire d'un gars passionné qui, au jeu des miroirs déformés et déformants, tente de refaire surface av

Vendredi poésie #6 : Alexis Bardini, Hannah Sullivan, Michaël Trahan

Une épiphanie , Alexis Bardini, Gallimard, avril 2021, 93 p., 12€ À lire ces poèmes en dehors du contexte du recueil, j'ai d'abord cru à un soupçon de naïveté, dans un rythme doux et langoureux, à l'évocation de ces cailloux, fleurs, arbres, rosées, pétales et autres orages. D'habitude, j'ai le sang chaud et ce n'est pas trop mon trip la nature. Puis j'ai lu et relu ces vers libres qui parlent de corps amoureux et de sensations échappées sur les bords d'un fleuve, sur une plage de regrets, dans le ciel qui s'ouvre, pour tordre le bras à mes impressions pressées. Et j'y ai découvert une intimité effleurée, caressée par les mots et la répétition des sons chuchotés, d'une extrême rigueur, d'une parfaite douceur, toujours en retenue, sur un fil entre une émotion à exprimer et sa pudeur à bien le faire. Ou son impuissance même. On le sent, chaque vers est sculpté dans le cristal, suspendu à la fragilité du monde, à son rythme lent, à son carac

Indésirable, Erwan Larher (Quidam)

 Sacrée tranche de vie à Saint-Airy, où l'on rit et s'interroge dans le même élan avant le carambolage final. L'histoire de Sam Zwastika, euh non Zabriski pardon, qui débarque du jour au lendemain dans un patelin de la France profonde pour racheter les murs, polir les pierres, restaurer ce qui doit l'être. Qui affronte la horde de vieux réacs du conseil municipal, les habitudes d'une belle endormie. Qui est-il, où va-t-elle ? Est-iel bien humain ? C'est que Sam est neutre, ni homme ni femme, être insaisissable au passé flou, iel suscite les quolibets, les moqueries, reçoit les injures, fait l'objet de rejets. Il s'en tape le coquillard, Sam en a vu d'autres, il n'a pas de sentiments, se méfie des humains, va habiter la maison d'un disparu et, apparemment, iel est en mission. Mais on n'en saura guère plus sur ses intentions, son rapport au mystique qui s'incarne dans des apparitions, des briques qui parlent... Et puis, pas de soucis, i