Accéder au contenu principal

L'Espadon a un an !

     Fin d'année, youpi ! C'est Noël bien sûr, mais aussi l'anniversaire de L'Espadon ! Un an aujourd'hui. Tous les messages reçus ici ou là, toutes les attentions, toutes les belles rencontres nées du blog (et à venir) sont notre carburant pour avancer. Pour tout ça, on vous dit merci. Car sans lecteurs, soyons honnêtes, L'Espadon aurait peu de sens. Sans passionnés, sans écrivains chevronnés, sans éditeurs inspirés, sans imprimeurs délicats, sans amis bienveillants, tout ça n'existerait pas. Alors pour 2020, on espère suivre le même chemin, en toute sincérité, avec le même enthousiasme. Pour toujours plus de livres à lire. On ne s'en lasse pas, on ne s'en lassera jamais. Alors organisez 38 rentrées littéraires par an si ça vous chante, soyez des geek du livre, ça nous va !
      Les bilans, vous le savez, c'est de saison. Vous aurez donc droit à celui de L'Espadon. Il est frais, charnu, a du goût. Pas de classement, pas d'étoiles, juste ce que l'on retiendra du 2019 littéraire. Des livres émouvants, barrés, intelligents, drôles, puissants. Des écritures du rêve et du fantasme pour dire le réel en l'inventant. Quelques mots seulement, et plus d'infos en cliquant sur les liens des articles. C'est parti !


Dans la forêt du hameau de Hardt, de Grégory Le Floch, monologue halluciné qui oscille entre l'envie de dire et l'impossibilité de le faire, est d'une puissance rare. C'était un premier roman fabuleux, porté par une écriture totale. Ce livre nous hante car on n'a pas encore épuisé son mystère. Mon petit doigt me dit qu'on devrait entendre reparler bientôt de cet auteur... A suivre.


Autre claque, Une ville de papier, signé Olivier Hodasava, enquête fictive-réaliste sur les traces d'un amoureux des cartes. Géographie, romance, jeu sur la matière romanesque et livre pensé comme un film, il nous a émus comme rarement.

L'inépuisable Francis Rissin de Martin Mongin. Premier roman d'une grande ambition, en forme d'enquête sur le destin national. Un livre gaulois dans l'âme. Drôle et malin.

Terminus Berlin du regretté Edgard Hilsenrath. Splendide livre d'adieu sur les fantômes qui hantent. Un retour à Berlin pour retrouver sa patrie linguistique à défaut d'une patrie.

Le Dernier loup de maître László Krasznahorkai, une phrase de 60 pages en apnée pour  dire l'effondrement, le mépris, la vanité mais aussi la possibilité d'une illumination. Grandiose.




Sur la route du Danube d'Emmanuel Ruben. Voyage à vélo de 4000 km pour sonder les espoirs déchus d'une Europe en crise. Intelligent, écrit, érudit. Un enchantement.

Madame Jules d'Emmanuel Régniez, l'amour et son trouble, la jalousie et le sexe. Eyes Wide Shut en roman.

La Dévoration des fées de Catherine Lalonde, une poésie du fracas et des viscères. Impressionnant.

Bien d'autres livres nous ont marqués cette année. Par leur écriture ensorcelante d'abord, apte à capter les fantômes, les faire vivre et parfois les chasser : Des Voix de Manuel Candré, Les Échappées de Lucie Taïeb, La Fabrique du Rouge d'Ariane Jousse.


Par leur humour, noir ou désenchanté : Le Chien de Madame Halberstadt de Stéphane Carlier. Le tordant Jacqui de Peter Loughran.

Par leur forme, leur façon de jouer avec la matière romanesque : Arcueil, Dans la nuit du 4 au 15.


Et tous les autres livres qui, d'une manière ou d'une autre, ont su toucher une corde sensible : des punks, des mélancoliques, des en mal d'identité, des sportifs et des musicos : La Crête des damnés, Bleuets, Un cadenas sur le coeur, L'Appel, Blues pour trois tombes et un fantôme...

Des auteurs et des éditeurs découverts : Antonin Crenn chez publie.net avec L'Épaisseur du trait, un éditeur retrouvé avec Lunatique (mes deuzéleu, Classe de mer).




Enfin tous les autres qu'on n'a pas encore eu le temps de lire et d'admirer (Solénoïde, Bubblegum, L'Enquête, La langue paternelle, Menaces, Le Monde horizontal...). On vous en parle vite en 2020 et on laissera un peu de côté la rentrée littéraire... Bonnes lectures !

Commentaires

Publier un commentaire

Une question ? Une remarque ? Une critique ? C'est ici...

Posts les plus consultés de ce blog

Olympia, Paul-Henry Bizon (Gallimard)

 Il existe de curieux livres qui, des noms à l'histoire en passant par les lieux, semblent avoir été écrits pour vous. Pire, vous avez même parfois le sentiment étrange d'avoir inspiré l'auteur d'une façon ou d'une autre. Etonnant. Et même fascinante histoire qui embrasse la mythologie d'une athlète hors normes pour, non pas vous livrer des réponses, mais épaissir encore davantage l'aura et la légende de Marie-José Pérec, "la gazelle des Antilles", " héroïne puissante, élégante et sexy ", triple championne olympique des années 90, reine du 400 m et titrée aussi sur 200 m. Rappelez-vous, Marie-Jo achève sa carrière sur un effacement, une disparition :" Je n'y étais pas. " Un geste digne d'un génie (j'y reviens plus bas). Je l'ai compris en lisant ce roman. Nous sommes en septembre 2000, aux J.O. de Sydney et l'athlète renonce au dernier moment à courir la finale dont elle était la grande favorite face à Cathy

Une Fêlure, Emmanuel Régniez (Le Tripode)

 Les deux précédents livres d'Emmanuel Régniez nous avaient fascinés dans des registres très différents. Ambiance gothique anxiogène pour l'un ( Notre château ) et puissance du désir pour l'autre avec des yeux grands fermés ( Madame Jules ). À leur façon, ils devaient sans doute exister pour faire naître ce troisième roman bien plus personnel semble-t-il, fait de textes courts et fragmenté en quatre parties : la vie rêvée, féérique, toujours empreinte d'ironie, la vie réelle avec tous ses mystères destructeurs et non-dits, puis la vie fantasmée du conte qui permet, par une mise à distance, le travail de deuil et l'acceptation de ce qui demeure incompréhensible pour tout enfant. Je ne vous en dirai pas plus sur cette histoire de famille dont l'effrayante banalité est proportionnelle à son horreur silencieuse. Mais l'horreur, dans Une Fêlure , revêt le costume des paroles d'adultes captées par un enfant dans un couloir et la douceur des gestes d'un lou

Vendredi poésie #5

 Cinquième volet de nos "vendredi poésie" avec une partie de pêche sur les bords de l'enfance (Christophe Esnault), la poésie amoureuse et architecturée de Typhaine Garnier, et le recueil "Promenade et guerre" du regretté Cédric Demangeot. Je ne connais rien à la pêche mais ça ne m'a pas empêché d'aimer la poésie de Christophe Esnault. D'abord pour son flow de mots et ses flots de jeux de mots en son, ou tout simplement ces morceaux d'enfance bercés par la joie du souvenir qui est avant tout une façon de ressentir une émotion au bord de l'eau, auprès des carpes et des gros "lolos". J'ai été hameçonné par cette poésie frontale, simple et accessible, qui embrasse le courant d'un cours d'eau, rapide ou tranquille, pour se rappeler qui on a été. Rien d'ennuyeux au milieu des silures et des poissons, juste l'itinéraire d'un gars passionné qui, au jeu des miroirs déformés et déformants, tente de refaire surface av

Vendredi poésie #6 : Alexis Bardini, Hannah Sullivan, Michaël Trahan

Une épiphanie , Alexis Bardini, Gallimard, avril 2021, 93 p., 12€ À lire ces poèmes en dehors du contexte du recueil, j'ai d'abord cru à un soupçon de naïveté, dans un rythme doux et langoureux, à l'évocation de ces cailloux, fleurs, arbres, rosées, pétales et autres orages. D'habitude, j'ai le sang chaud et ce n'est pas trop mon trip la nature. Puis j'ai lu et relu ces vers libres qui parlent de corps amoureux et de sensations échappées sur les bords d'un fleuve, sur une plage de regrets, dans le ciel qui s'ouvre, pour tordre le bras à mes impressions pressées. Et j'y ai découvert une intimité effleurée, caressée par les mots et la répétition des sons chuchotés, d'une extrême rigueur, d'une parfaite douceur, toujours en retenue, sur un fil entre une émotion à exprimer et sa pudeur à bien le faire. Ou son impuissance même. On le sent, chaque vers est sculpté dans le cristal, suspendu à la fragilité du monde, à son rythme lent, à son carac

Indésirable, Erwan Larher (Quidam)

 Sacrée tranche de vie à Saint-Airy, où l'on rit et s'interroge dans le même élan avant le carambolage final. L'histoire de Sam Zwastika, euh non Zabriski pardon, qui débarque du jour au lendemain dans un patelin de la France profonde pour racheter les murs, polir les pierres, restaurer ce qui doit l'être. Qui affronte la horde de vieux réacs du conseil municipal, les habitudes d'une belle endormie. Qui est-il, où va-t-elle ? Est-iel bien humain ? C'est que Sam est neutre, ni homme ni femme, être insaisissable au passé flou, iel suscite les quolibets, les moqueries, reçoit les injures, fait l'objet de rejets. Il s'en tape le coquillard, Sam en a vu d'autres, il n'a pas de sentiments, se méfie des humains, va habiter la maison d'un disparu et, apparemment, iel est en mission. Mais on n'en saura guère plus sur ses intentions, son rapport au mystique qui s'incarne dans des apparitions, des briques qui parlent... Et puis, pas de soucis, i

Le Roman de Jim, Pierric Bailly (P.O.L)

 Toujours un  grand plaisir de retrouver les livres de Pierric Bailly, auteur que L'Espadon suit depuis Polichinelle en 2008. On était resté sur le tonitruant Les Enfants des autres , histoire de couple, de famille et de père aussi, déjà. Le Roman de Jim chasse sur les mêmes terres jurassiennes, près de Saint-Claude et des lacets de Septmoncel avant une petite échappée du côté des Lyonnais et Lyonnaises. L'histoire d'un père par procuration de 25 ans, Aymeric, qui rencontre une femme de 40 ans enceinte mais célibataire, Florence. Passé par la case prison et un peu loser sur les bords, trop gentil et faible, Aymeric va s'attacher au petit Jim et donné un nouvel élan à une existence un peu morne faite d'intérim, de CDD, de petits boulots et de balades au crêt de Chalam... Allez, Pierric Bailly n'est peut-être pas le plus grand styliste (encore que, ça se discute, écriture sur un fil entre apparence de grande banalité et précision d'orfèvre, la prose suit la

Projet El Pocero, Anthony Poiraudeau (Inculte)

 Mirage urbain tel un spectre du capitalisme, fantôme de pierres et de briques pour perspectives infinies au milieu du désert, à proximité d'une décharge de pneus. El Quiñon est bien un songe, littéralement une ville-fantôme peuplée de vide et d'utopies, déclinée en grappes d'édifices neufs et de blocs de Lego alignés, parcelles inachevées et amas d'immeubles. Anthony Poiraudeau, après avoir rappelé en quelques pages bien troussées l'origine de la crise immobilière au début des années 2000 en Espagne au regard de la crise économique plus large, se promène dans les rues d'une étrange endormie, objet de curiosité, étendue minérale du capitalisme sauvage. Pour dire les choses simplement, la ville située à 35 km au sud de Madrid aurait dû accueillir 40 000 habitants. Mais voilà, la bulle a éclaté, la spéculation s'est heurté au principe de réalité et seulement 3000 résidents, à l'époque de la rédaction du livre, finissent par loger dans ce vaisseau digne d&#

Un voisin trop discret, Iain Levison (trad. par Fanchita Gonzalez Battle, Liana Levi)

 L'Amérique fabrique ses héros de guerre en Irak, en Afghanistan et même au Vietnam à une époque. Bon, quand on gratte un peu le vernis, ces héros sont en fait des poivreaux, de piteux époux, des gays qui ne s'assument pas ou des repris de justice. L'Amérique de Iain Levison, c'est celle du petit épicier de quartier jovial mais hanté par ses faits de guerre, celle des médecins pas très compétents mais sympathiques, celle des immigrés qui tant bien que mal tentent de se faire une place au pays de l'Oncle Sam, de ses dollars et de son patriotisme spectaculaire. On croise ainsi un sniper de plus en plus bordeline au gré des missions, sa compagne Corina qui pense que c'est un gros con ou un sale type, Kyle Boggs l'ambitieux, à tel point qu'il se marie avec son amie de lycée pour préserver les apparences, ou encore le mystérieux Jim, un voisin trop discret, chauffeur Uber à ses heures perdues, insociable mais amoureux des liasses de billets verts. Et vous vou

Doucement (!), Katia Bouchoueva (publie.net)

 La poésie sur L'Espadon n'est plus réservée au vendredi et déborde désormais sur les autres jours de la semaine. Doucement (!),  recueil signé Katia Bouchoueva, nous promène dans une géographie vécue multipliant les rencontres, les sites, les voix et les perspectives, avec un goût pour le déracinement en douceur, à l'affût des indices d'un quotidien français digne d'observations ou de descriptions. Des curiosités bucoliques, historiques pour offensive poétique délicate. On y croise Marion, l'Ardèche, Grenoble, un vieil homme, madame Morin maudite par l'amour d'un con, des gens, des paysages, des animaux, des voyages, des châtaignes et des étudiants de Montpellier... La douceur des mots s'infiltre dans des scènes quotidiennes où l'auteur s'interroge et s'étonne des attractions (le Mont Blanc et la Tour Eiffel qui tiennent debout), des attirances entre les corps, les idées, les lieux, la poésie pour les croiser et les filtrer au son des mo

La Séparation, Sophia de Séguin (Le Tripode)

     L'amour en ses haines et passions déchirées, ses futilités, ses élans désormais impossibles, ses absences comme des gouffres, dit et écrit par une femme à l'âme écartelée. Dans La Séparation , Sophia de Séguin raconte l'après vie à deux, ou l'illusion du sentiment et ce qu'il dit finalement de nous-mêmes, de nos manques et de nos peurs fascinées. Reproches, insuffisances, tromperies, les maux du couple sont légion mais n'épuisent pas, jamais, ses mystères. La Séparation pour dire la rupture avec soi et l'absence de l'être aimé, haï, désiré, rejeté.     Impossible de décrocher, comme un vrai camé, de ces saillies maximes sur le mal-être d'être quitté. Comme un drogué jamais sevré, le manque obsède, la fille ressasse en réactivant ses souvenirs à l'aune d'une souffrance sans limite. Sentiment de sidération, sensation fatale du manque mais refus de l'apathie par l'écriture, une écriture qui opère par saccades comme pour