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30 ans dans une heure, Sarah Roubato (publie.net)

    Livre choral sur nos inconsciences routinières, nos réflexes mortifères de citadins pressés, 30 ans dans une heure sonde les espoirs d'une génération incapable de prendre le temps de vivre, piégée par l'info instantanée, et d'individus "empêtrés dans le foutoir d'un rêve avorté". Pour certains, ça se passe sur un balcon une clope au bec, dans le jardin public du quartier où "aller nulle part est acceptable". Pour d'autres dans une montagne reculée à élever des moutons. Quand on revient en ville, l'atmosphère est figée par la possibilité de l'attentat. Aucune peur, aucun sens, juste se dire que tout ça peut arriver. Sans raison. Seulement "une conscience nouvelle".




    La monotonie de la vie trouve un adjuvant cinétique dans la prose de Sarah Roubato. Écriture tendue qui dit l'urgence à vivre, il faudrait oublier nos réflexes d'aliénés et nos conditionnements inconscients pour réussir, une fois dans sa vie, le rendez-vous avec soi pour s'écouter penser à nouveau. Retrouver sa façon à soi d'être libre, loin des injonctions, des  "il faudrait" et des "tu ne dois pas". La tentation du suicide dit parfois notre misérable envie d'exister mais la musique a parfois des charmes qui confinent au miracle car elle vous sauve, comme la voix de Gundula Janowitz. La vie pour mesurer son impuissance. Réapprendre à penser, à respirer.

Chacun est né avec la force de prier, mais il doit trouver la langue dans laquelle sa prière pourra se faire.
       Performer ou danser, il faut choisir sa voie, comme apprendre à disparaître pour exister et donner quand on n'a plus rien à donner. Invitation à ne suivre aucun horizon, à ne rien attendre et à ne rien dire de sensé, 30 ans dans une heure tente d'exhumer les désirs longtemps étouffés et, d'une manière ou d'une autre, par l'écriture, cherche à ne pas succomber aux facilités du renoncement. Trouver son rythme et rester disponible au monde. Très beau livre dont la musicalité enchante, qui a la faculté de nous suspendre au-dessus du vide pour regarder vers le ciel. On y devinera la possibilité d'une autre vie, plus conforme à nos questionnements traversés des mêmes peurs et faiblesses. Comme "un espace vierge où chacun pense retrouver ce qu'il a perdu et qu'il ne peut pas nommer"...
                                                                                                                                
30 ans dans une heure, Sarah Roubato, septembre 2018, 137 pp., 5,99€ (version numérique) et 14€

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