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Axolotl Roadkill

Welcome to the death club

Retour sur un livre paru en 2009, et qui à l'époque a défrayé la chronique. En cause, les accusations de plagiat d'abord. Dans Axolotl Roadkill, Hélène Hegemann érige en principe esthétique l'intertextualité. Raison pour laquelle l'auteure a puisé sa matière dans un corpus d'œuvres littéraires, musicales ou cinématographiques (quelques pages à la fin du bouquin précisent les références). Au menu donc, des phrases reprises telles quelles, de blogueurs anonymes à Jim Jarmusch en passant  par Jean-Luc Godard ou Malcolm Lowry. H. Hegemann l'assume et même le revendique. Alors plagiat ou pas plagiat? Pas vraiment et on vous dira pourquoi. Deuxième raison du succès du bouquin, l'âge de l'écrivaine: 16 ans au moment d'achever l'écriture. Troisième raison: une logorrhée sans limite, sans concession et un propos tour à tour morbide ou halluciné, d'une puissance rare. Car Axolotl Roadkill parle d'une lycéenne qui sèche les cours, se shoote, dort à pas d'heure après avoir consommé drogues et alcool dans les boites branchées de la nuit berlinoise. Une existence vouée à l'autodestruction. Elle nous convie à une véritable plongée dans l'enfer des paradis artificiels, offrant à son antihéroïne une vie ancrée dans l'absence de perspective, l'ennui et le non-sens. Et il faut bien le dire, ce qui fascine dans l'ouvrage, c'est cette écriture sèche, vive, spontanée et d'une maturité vertigineuse. On est happés par l'énergie et la profondeur du style, n'hésitant pas à s'accoupler avec le glauque et le sordide propre à l'environnement des marginaux. A 16 ans,  Hélène Hegelmann à l'expérience d'une femme revenue de tout. Impressionnant de lucidité, et de désespoir aussi. A la dérive, défoncée et au bord du gouffre, presque en sursis, la jeune romancière est traversée de pulsions morbides qu'elle ne parvient jamais à exorciser, même pas par l'écriture. Ça ressemble à une plongée dans l'horreur à la Burroughs, avec son lot de drogues et de violence, doublée d'une vision psychédélique façon David Lynch. Reste à avoir le cœur bien accroché, car la nausée n'est jamais loin. Bref, si l'on adhère pas complètement au bouquin (des redondances, des passages stéréotypés), il vaut néanmoins largement le détour par l'expérience déjantée qu'il propose. Sorte de roman de l'EMI (expérience de mort imminente), cette immersion nauséeuse dans les limbes d'une conscience déréglée est à lire. Indéniablement. (3/5)

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