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La Séparation, Sophia de Séguin (Le Tripode)

     L'amour en ses haines et passions déchirées, ses futilités, ses élans désormais impossibles, ses absences comme des gouffres, dit et écrit par une femme à l'âme écartelée. Dans La Séparation, Sophia de Séguin raconte l'après vie à deux, ou l'illusion du sentiment et ce qu'il dit finalement de nous-mêmes, de nos manques et de nos peurs fascinées. Reproches, insuffisances, tromperies, les maux du couple sont légion mais n'épuisent pas, jamais, ses mystères. La Séparation pour dire la rupture avec soi et l'absence de l'être aimé, haï, désiré, rejeté.



    Impossible de décrocher, comme un vrai camé, de ces saillies maximes sur le mal-être d'être quitté. Comme un drogué jamais sevré, le manque obsède, la fille ressasse en réactivant ses souvenirs à l'aune d'une souffrance sans limite. Sentiment de sidération, sensation fatale du manque mais refus de l'apathie par l'écriture, une écriture qui opère par saccades comme pour différer le dévoilement de vérités vertigineuses. Le désir, la jouissance, aussi violents soient-ils parfois, comme les lèvres endolories de l'auteure qui s'acharne dans l'image d'Adrien absent, s'accommodent mal de la routine car "on se lasse de tout". Envie physique de posséder, d'être dépossédé, l'amour ou son illusion charrie les ambivalences de toute existence. Moins les moments perdus que les esprits. Dire combien on aime, c'est forcément en passer par la haine et la colère envers un sentiment jamais à la hauteur de ce qu'on attend de lui. Les autres sont toujours décevants, le couple est un monstre d'égoïsme, une solitude désespérée.
La vérité d'être soi-même, dans une relation amoureuse, n'a aucune importance. Ce qui importe, c'est la vérité du rapport, même de deux mensonges, du moment qu'ils se touchent. La vérité à soi-même n'existe que dans la solitude.
     Rendre la présence pour tenter d'oublier, par une écriture qui donne corps aux névroses et à nos illusions mortifères, celle d'une génération à la dérive mais pourtant incapable de se résigner. Outre ces pensées au bord du vide, certaines scènes sidèrent par leur précision déchirante : l'épisode de l'appartement avec un dos en sang et une femme nue au milieu d'une fête, l'appartement aux odeurs de mort.

L'amour me rend très indulgente, me donne des réflexions sottes, dont j'ai honte. Il faut revoir fissa Adrien 

   J'ai aimé la douce folie de ce texte en sursis, au bord de l'excès, mais toujours en contrôle de son impuissance, de son besoin de radicalité, de son ironie sans romantisme. Un texte bien trop lucide qui fait mal au ventre, au coeur, à la tête, partout. Doux titre pour dire l'horreur de l'amour perdu, d'une sincérité crue, La Séparation est une variation rarement lue sur l'amour et la beauté de ses ratés, ses ennuis désespérés, ses souffrances abyssales. On ne fait pas de la littérature avec de bons sentiments mais avec les viscères.
                                                                                                                                       

La Séparation, Sophia de Séguin, Le Tripode, janvier 2020, 198 pp., 16 €

Commentaires

  1. Oh comme ça a l'air bien. Je suis conquise par ton billet ! Merci pour ton coup de coeur. ;)

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  2. ces coups de coeur de la blogo permettent de faire de belles découvertes!

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