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Feu, Maria Pourchet (Fayard)

 En voilà un bouquin qui m'a bien gonflé et pour une fois, je sais exactement pourquoi. Oui, c'est vrai, vous ne trouverez aucun, mais alors aucun bon sentiment dans ce texte prétentieux sur le désir, ses affres, la passion amoureuse, les sentiments impossibles, les petits mensonges et les coups tordus... Histoire ô combien ordinaire, deux solitudes qui s'ennuient dans leur couple-famille-mariage (Laure, 40 balais) et leur vie minable de cadre sup' de la Défense (Clément, 50 balais), qui vit avec un chien. J'aime toutes les histoires, pourvu qu'elles soient bien racontées, pourvu qu'elles soient racontées avec style. Mais, rapidement, je me suis ennuyé à la lecture de ce roman sans grand intérêt et d'un nihilisme rare. J'y suis allé car je suis curieux. J'avais entendu moult louanges sur les textes de l'autrice. C'était l'occasion... manquée.


Ce roman m'a vite dérangé, pour une raison simple. Il est d'un cynisme confondant, qui se veut drôle (c'est écrit sur la quatrième de couverture : "un roman puissant et drôle sur l'amour"). Un cynisme qui se prend un peu trop au sérieux, si vous voulez mon avis. Ça ricane dans son coin sur les déboires de nos deux pauvres écorchés, incapables d'aimer. Les cyniques, c'est bien connu, sont les plus grands romantiques, des idéalistes. C'est d'ailleurs à cela que l'on reconnaît les plus grands. Sous leurs faux airs détachés, ils ont encore un peu la foi, jusqu'au bout. Un cynique est cynique parce qu'il est avant tout idéaliste. Aucun idéal ici. Le tragique même pas comique des vies. Des ricanements ici ou là. Voilà, je n'ai cru à rien dans ce roman. Ni à l'histoire, simple jeu de cache-cache adultérin vu/lu des milliards de fois, ni aux personnages, absolument détestables et pas drôles pour un sou. Antipathiques, auxquels il m'a été impossible de m'attacher une seconde. Je n'ai même pas eu la force de m'en moquer, car j'avais presque de la peine pour eux. Puis le style, parlons du style. "Nerveux" ? OK. "Langue acérée" ? Bof. "Vif" ? L'autrice a-t-elle seulement un style ? Vous savez qu'on aime bien parler écritures et univers d'auteurs sur l'Espadon. Eh bien, rapidement, on s'aperçoit que l'auteure "fait style". Je m'explique. Je sais qu'il est difficile d'écrire. Clairement, ça sent le boulot, c'est une évidence. Et je le salue, sans ironie. À chaque page, chaque chapitre, j'imagine l'autrice en train de penser au rythme, à la syntaxe (déformée et c'est bien), à ses effets de langage, à ses punchline, au bon son au bon mot, etc... Le problème, c'est que ça se voit. Ça manque de naturel, c'est heurté et pas très plaisant à lire. Lourd et haché. Un chouïa ronronnant. Assez vite gonflant. Les passages sur le boulot à La Défense sont ratés, répétitifs, inintéressants. La vie de Clément est inintéressante. Il parle à un chien. Celle de Laure, de ses enfants et de son mari, aussi. On ne comprend rien à certains passages. Tout est triste et mortifère (c'est le mot, jusqu'à la fin). J'ai essayé. Mais le rire n'est jamais venu.
Elle a dit je t'aime et c'était à moi qu'elle pensait. Je suis parvenu à pleurer, mais vraiment, sans rire, et j'ai failli appeler ma mère pour lui dire. 
J'adore le cynisme en roman, mais il me faut autre chose avec. De la foi, de l'humour (visiblement, on n'a pas le même), des sentiments (un peu), un truc qui fasse un peu vibrer, rire ou pleurer. Si l'adultère ressemble à ce qui est décrit dans le bouquin, je vous le dis, les couples mariés ont de beaux jours devant eux. Ce Feu est parfaitement glauque et pas drôle. Sans âme, sans amour, sans ressort, même pas une petite flamme. Je ne comprends toujours pas comment Laure et Clément ont pu se rencontrer. On n'a pas le droit d'infliger un tel traitement au désir, le seul truc qui nous maintienne en vie. Pas de bons sentiments et pas de sentiments. Et finalement, je me suis dit, Maria Pourchet croit-elle elle-même à son histoire ? Sur le même thème, j'ai largement préféré le dernier Désérable, Mon maître et mon vainqueur. Feu, un livre parfait pour brûler ses dernières illusions. Côté littérature, hélas, on oubliera bien vite.
                                                                                                                                                                 
Feu éteint, Maria Pourchet, Fayard, août 2021, 353 p., 20€

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