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Articles

Underdog Samuraï, Romain Ternaux (Aux Forges de Vulcain)

 De Romain Ternaux, j'étais resté sur le très bon Success Story, co- écrit avec l'ami Johann Zarca. Dans cet Underdog Samurai chez les impeccables éditions Aux Forges de Vulcain , encore un goût prononcé pour le saké, les mondes troubles et les canalisations. Tenez-vous bien, les fantômes voyagent dans des tuyaux, se téléportant de la banlieue parisienne au Texas, en passant par Tokyo. Pour héros, un bon loser qui se fait entuber sur le dark web : quelques milliers d'euros pour un sabre japonais, un fake en réalité. Ni une ni deux, notre karatéka bancal, gagné par le courroux, a bien l'intention d'aller se faire justice lui-même au pays des méchants yakuzas, des tendres sumos et de la belle Yukiko... Méprisable Hervé Ply, tu le sauras désormais : la littérature est plus forte que le kung-fu ! J'ai bien ri face à tant d'action échevelée, de personnages baroques et de péripéties guignolesques. Le début du roman est tonitruant, avec le méprisable Hervé Ply, et...

Un barrage contre l'Atlantique, Frédéric Beigbeder (Grasset)

 Ça m'apprendra. J'ai coutume de lire de façon la plus large possible pour me faire une idée bien précise de ce que j'aime ou pas en littérature. Je pourrai dire, avant de laisser ma place, que j'ai lu Dostoïevski et Beigbeder. Je crois qu'il est toujours possible, même chez les plus mauvais, de picorer de bonnes phrases, de bons passages, d'acides blagues. Je tairai un certain nombre de noms, mais pas celui de Beigbeder, qui aime qu'on parle de lui, de son humour et de ses livres, je crois. J'ai dû en lire trois, toujours avec la même intention. Il y a des choses à prendre. J'ai d'ailleurs été étonné, récemment, de trouver dans le Cabinet Lambda (Cactus Inébranlable éditions, magnifique recueil de citations) certaines phrases tirées des livres du plus célèbre dandy de France. On ne pourra pas me reprocher de ne pas avoir essayé. Toujours le même constat. Ce qu'écrit Beigbeder ressemble très peu à de la littérature. À 18 ans, j'avais l...

Circonstances éxténuantes, Mix ô ma prose (Cactus Inébranlable)

 Quand t'es fatigué de lire et d'écrire, quand tu n'as plus le temps, il reste heureusement Les p'tits cactus (# 81) du Cactus Inébranlable. Aphorismes, jeux de mots, p'tits détournements, coups de canif, poésie inquiète et fête des mots, nonante nuances de circonstances seront le parfait coup fouet pour rebooster une journée d'hiver passée à comater. Mix ô ma prose a tout compris de la modernité : nous ne sommes pas fatigués, nous sommes érodés, et quitte à se faire mettre, autant le faire en scène. D'ailleurs, l'être humain fait bien trop de concessions. Alors, c'est bien connu, "Les concessions / C'est pour les concessionnaires". Alors voilà, je vous le dit de but en blanc, cher Cactus et peuple du Cactus, "J'aime beaucoup ce que vous défaites" car la performance, d'accord, mais la fête d'abord. Et les défaites ne sont-elles pas les plus belles, hein ? Parce qu'il est beaucoup question de pertes et de salles...

Watergang, Mario Alonso (Le Tripode)

 Où aller quand on habite au milieu de nulle part, au centre de tout, à Middelbourg ? Quand votre famille est décomposée, séparée, éclatée ? Paul a douze ans et deviendra écrivain. Il est beau, il a du charisme, il est inquiétant. Il vit avec sa soeur, Kim ou Birgit, qui est ado et enceinte d'un certain Jeroen, qui n'assume apparemment pas. Il vit aussi avec Super, sa mère, qui tente de joindre les deux bouts au milieu des polders, dans ce lieu abandonné, remodelé par les vagues et les marées. Le père de Paul est parti de l'autre côté de la mer, sur une île, il y a longtemps, avec une certaine Julia. Qui est aussi le prénom de sa mère. Sans oublier Magnus, le magnolia au pied duquel Paul enterre les lettres envoyées par son père. Paul veut devenir écrivain, à treize ans. Alors il consigne et parle de ce qui l'entoure, ce qu'il voit et perçoit. Mais pas tout à fait... Pays de polders traversé par les canaux, Middelbourg est un village isolé, à moitié relié au monde, ...

Ici commence la nuit, Alain Guiraudie (P.O.L.)

 On ne lit pas tous les jours des livres de ce calibre. Voici une puissante rencontre littéraire qui est d'abord celle avec une langue. Je ne connaissais pas le réalisateur Alain Guiraudie, ni ses films, alors je le découvre par ses romans. Son premier, en 2014, qui met en scène dans le sud de la France un quadra en congés, Gilles, qui rend visite à Pépé, 98 ans, et à sa fille Mariette, 70 ans (ils vivent ensemble), et leur petite fille Cindy, 15 ans (en vacances). Il fait chaud, très chaud, et Gilles chope le slip de Pépé sur l'étendoir, se branle dedans ni vu ni connu. Puis les flics débarquent dans ce lieu profond, un peu hors du temps, où tout se sait... Tout commence dans une légèreté grivoise, une chaleur estivale, un quiproquo familial bizarre. On se dit qu'on va bien rigoler, à la bonne franquette, et puis non, pas du tout en réalité. Très vite l'horreur, le cauchemar, un invraisemblable enchainements de faits, aussi scabreux qu'inattendus. On ne voit rien v...

Le mode avion, Laurent Nunez (Actes Sud)

 Un avion de guerre, ça bombarde et c'est dangereux. Mais si t'es en mode avion, tu les entends pas, les bombes et les avions. Voilà ce qui arrive à nos deux agrégés de grammaire, professeurs émérites à la Sorbonne, Étienne Choulier et Stefán Meinhof. Zéro reconnaissance, des copies par milliers, peu d'implication et, il faut bien le dire, un peu bizarre le Choulier, plus jeune agrégé de France : "Je vois le langage". À 25 et 30 ans, les  deux profs  doivent bien l'admettre, ils ont beaucoup de points communs : doués et discrets, ils ont la passion de la transmission, le goût de l'apprentissage mais il leur manque un truc, quelque chose de nouveau : "ils auraient aimé apposer leurs noms sur un nouveau continent mental, déterrer un trésor philologique, construire un beau système philosophique". Fini les répétitions, ils veulent découvrir, inventer, produire du savoir. Quel comble d'être savant ! Il ne leur restait plus que l'ironie moqueus...

Rétro 2021

 Petit retour sur une riche année de lectures. Pas de classement, je ne suis pas là pour distribuer les bons points, juste un rapide aperçu sur quelques romans marquants (on fera un spécial poésie demain), drôles, émouvants, féministes, intelligents, qui disent la puissance de la fiction. Beaucoup nous ont plu, beaucoup me sont aussi tombés des mains, on ne pourra pas tous les citer. Honneur à ceux qui restent. Avant le jour  de Madeline Roth, très beau livre sur l'amour, le désir, l'attente et les sentiments contrariés, avec une écriture sobre et profonde. L'anti Feu de Maria Pourchet, qu'on avait détesté, il faut bien le dire. L'Avantage de Thomas André, récit d'un adolescent nulle part à sa place, au miroir d'un tournoi de tennis et d'un désir en construction. Un grand roman de 2021, Le Démon de la Colline aux Loups de Dimitri Rouchon-Borie, le récit bouleversant d'un gars en prison, comme si l'enfer lui était tombé dessus. Ecriture magistr...