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Articles

Lundi propre, Guillaume Decourt (La Table Ronde)

 Merveilleuse découverte poétique avec les dizains de Guillaume Decourt. Dizains, poèmes de dix vers, munis de décasyllabes rimés. Oui les portables sont insupportables / Mais pas les chansons de court canasson / Tell me Guillaume tennis ou idiome. Allez, j'arrête, mais comment évoquer ce recueil de soixante-dix poèmes sans trahir l'intention ? On se fout pas mal de l'intention finalement, ce qui compte c'est la réception. Aucune analyse ici poétique, juste des impressions en fuite, un feeling lifté sur des mots assemblés. De quoi parle Lundi propre ? De la Calabre et des States, des Calabraises et de Disney, du calendrier et de la peur de ne pas tout comprendre. Nager en mots libres, comme une danse pour muscler son coeur et surveiller la murène innocente. Guillaume Decourt fabrique des caraco de mots, des vers d'Acapulco, prépare des cocktails au rhum-coco en compagnie de son fidèle guanaco. Ailleurs on s'offusque de la domination masculine dans des décors roc...

Gérôme et Jérôme, Matthieu Jung (Le Cherche-Midi)

 Mathieu Young nous revient avec grand bonheur chez un nouvel éditeur. J'ignorais qu'un roman devait sortir et c'est en le voyant dans ma librairie que j'ai foncé les yeux fermés (oui, je vois les yeux fermés). Avec cet auteur, inutile de lire la quatrième de couverture. Il pourrait écrire sur le bottin, l'inspecteur Gadget ou les pneus Pirelli que j'achèterais le bouquin. Je crois en plus que le bougre aime la poésie. N'en jetez plus ! Depuis l'excellent Principe de précaution , on n'a cessé d'apprécier la plume tendre et cruelle de Matthieu Jung, et regretté aussi la relative indifférence dans laquelle il évolue. Son dernier roman, Triangle à quatre ( chroniqué ici ) était tout aussi jubilatoire. Matthieu Jung aime peindre des personnages un peu ratés, un peu bancals, des losers magnifiques pris dans les affres de l'amour ou empêtrés dans les filets du réel. C'est toujours grinçant, finement vu et écrit avec une délicate ironie. Dans G...

Les Deux dormeurs, Samy Langeraert (Verdier)

 Encore un hasard (et un joli plaisir) de lecture. Enfin, pas tout à fait. Le nom de l'auteur me disait quelque chose, sans savoir quoi exactement. Puis Verdier, toujours un éditeur de confiance en matière d'écritures. La première page lue en librairie m'avait convaincu et me voilà parti pour deux heures de lecture avec ce court roman (90 pages) ou cette longue nouvelle aux allures de journal intime mêlant pensées, observations et questionnements, le dernier paragraphe indiquant finalement une direction, une piste, une manière de regarder ce roman. Un roman qui offre un jeu de regards et de perceptions, plus ou moins brumeux, plus ou moins désabusés. Le miroir se contentant ici de refléter sans jamais prêter le flanc à l'injonction ou au commentaire, et c'est heureux. Un narrateur qui recoupe trois voix, celle du rédacteur, du plumitif et du poète. Et deux dormeurs donc. Il s'agit peut-être aussi du lecteur. Pas tout à fait concerné tout en étant très attentif, ...

Shit !, Jacky Schwartzmann (Gallimard)

 Éthique du béton, pratique du terrain. Oubliez les diplômes, l'école de la vie c'est le tiéquar, peuplé de bons gars, de familles pauvres et de grosses raclures. Des chouffeurs près du four, des scooters qui vadrouillent et c'est tout un paysage de la loose, de la maille, du banditisme, qui apparaît. C'est bien simple, j'ai l'impression de connaître par cœur le quartier de Planoise sans y avoir jamais posé le moindre pied. Merci donc aux cartes IGN au 1/25 000e, exhausteurs de rêves estudiantins, et à Jacky Schwartzmann, héraut du béton bisontin, des montres et des fortifications. Et puis ce ciment tout gris peuplé de petites gens, comment faire pour mettre un peu d'espoir dans tout ce bordel ? Ciel ! Le biz qui marche, ce sont les trafics ! Fidèle à sa gouaille rigolarde capable d'envoyer du lourd du Luxembourg à Planoise en passant par la Suisse et le Maroc, le runner Jacky S. poursuit son exploration du terrain, à Planoise donc. Point de Politique de...

L'arrière-saison des lucioles, Henri Raczymow (L'Antilope)

Si l'on ne sait jamais tout à fait de quoi parle L'arrière-saison des lucioles , il faut attendre les dernières pages pour en avoir un aperçu. En apparence assez banales, les histoires personnelles d'Henri Raczymow ont en réalité ce petit goût d'aventure qui sied aux livres bien écrits. Reprenant (p. 186) une phrase de La Nausée , l'auteur dit en peu de mots la possibilité d'une intention : "Voici ce que j'ai pensé : pour que l'événement le plus banal devienne une aventure, il faut et il suffit qu'on se mette à la raconter." Voilà, écrire un bon livre n'est pas bien compliqué. Il faut savoir raconter, et savoir raconter, c'est savoir écrire, bien écrire. Quézako "bien écrire" ? Y mettre des anecdotes, de l'intelligence, du recul — l'autre nom de l'autodérision —, un regard sur le monde, des regrets, des douleurs, et de belles images. Par les mots, la littérature, rattraper le retard qu'on prend sur la vraie...

Au téléphone, Alain Freudiger (Héros-Limite)

 Au moment où je m'apprêtais à écrire la chronique du dernier livre d'Alain Freudiger, Au téléphone , j'ouvre par hasard les Poèmes dispersés de Jack Kerouac aux éditions Seghers, et je tombe sur cette phrase programmatique pour mon billet : "Ne vous servez pas du téléphone. Les gens ne sont jamais prêts à répondre. Servez-vous de la poésie". Oui, répondre au téléphone est toujours surprenant. Qui m'appelle, qui veut m'appeler, que veut-on me vendre, de quoi suis-je coupable ? Il paraît d'ailleurs que le téléphone fixe a gagné en mobilité ces derniers temps. Il a perdu ses fils, mais nous a-t-il fait gagner en partage, en liens, en amour, en solitude ? Le téléphone, qui unit désunit, sépare réunit. Quand le quotidien déconnecte, la poésie du mobile nous fixe à l'étonnement, ravive un temps disparu et reconnecte à l'essence d'une parole, d'un amour qui, toujours là, a besoin des silences parlés. La sidération d'une nouvelle. Une gra...

Un simple enquêteur, Dror Mishani (série noire, Gallimard)

 Après quelques ratés de lecture (notamment le Bois-aux-Renards d'A. Chainas, écrit avec des gros sabots), un grand plaisir de se plonger dans le nouveau polar de l'auteur israélien Dror Mishani, après le très bon Une deux trois. Avraham Avraham, dit Avi, à peine marié à Marianka, une détective slovène, et usé par les petites affaires policières —des trafics, des homicides sordides qui n'intéressent personne —aspire à intégrer un service central tourné vers l'international, luttant contre le crime organisé ou la corruption. C'est décidé, le commissaire de Holon demande sa mutation. Au même moment, deux affaires anodines en apparence s'offrent à lui : un touriste suisse égaré, qui a abandonné ses valises dans un hôtel. Qui, en tout cas, a disparu mystérieusement. Et une femme, la quarantaine, qui abandonné son nouveau-né dans un sac en plastique à proximité d'un hôpital. De Tel-Aviv à Paris en passant par Gibraltar, Avi va découvrir  une affaire qui le dépas...