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Braves gens du Purgatoire, Pierre Pelot (Editions Héloïse d'Ormesson) ★★☆☆☆


     Aux Editions Héloïse d’Ormesson, on était restés sur le très bon « Tableau de chasse » d’Arnaud Guillon. C’est donc avec plaisir qu’on retrouvait Pierre Pelot, écrivain en marge des cercles littéraires, pour son baroud d’honneur avec « Braves gens du Purgatoire », son dernier effort donc. Un livre qu'on voulait aimer mais qui, hélas, ne nous a convaincus qu’à moitié. Explications.







        Braves gens du Purgatoire évoque, dans un petit village vosgien, un assassinat. Maxime aurait tué sa femme avant de se suicider. Mais certains n’y croient pas, à commencer par leur petite-fille Lorena. Un fait morbide, départ d’une vertigineuse quête des origines…


           Le style Pelot, qui a pu séduire ailleurs, est ici ce qui nous laisse sur la touche. Des phrases longues, insistantes ou trop précises,  riches d’adverbes et étrangement décousues qui, mises bout à bout, donnent un résultat enflé. A d’autres moments, l’écriture se fait moins rêche, plus fluide, plus captive d’un lecteur prêt à s’engouffrer dans les tréfonds d’une vallée riche de mystères séculaires. Résultat, on peine à s’immerger dans cette histoire familiale où les faux-semblants trahissent mal le sombre passé et ses déclinaisons crépusculaires. Une déception de ce côté-là. Côté construction, on navigue entre les époques et l’on saute de branche en branche, bercés par les digressions et les ellipses. Une histoire filée, comme un arbre et ses rameaux, avec son tronc, ses branches plus ou moins épaisses jusqu’aux feuilles et leurs pores. Tout semble distant, lointain, à la marge, mais tout est lié. On se perd souvent — c’est agréable en littérature — sans pouvoir toujours rattacher les fils.



« Et quand elle sortit du bois par une mauvaise passée — qui avait dû être une corrue jadis — tout encombrée de baliveaux morts tombés en travers, au-dessus de la taille à flanc de versant du vallon de la Chapelle Diaude, elle l’aperçut. »




           Si le livre nous touche, c’est moins par son style que par le récit en creux d’une géographie intime, une vallée vosgienne brumeuse et lumineuse, épousant le destin économique d’un pays. La vallée qui tout à la fois libère et enferme, délivre et confine. Une histoire serpentine, comme ces vallées, liens tortueux entre les générations. A l’image d’un climat rude, de ces hautes chaumes à la pelouse rase, balayées par le foehn et offrant, ici ou là, des auberges massives, austères mais chaleureuses, peuplées d'enracinés, à l’abri des masses sombres de hêtres ou de sapins. C’est le bois qu’on travaille, le textile que l’on confectionne, une montagne modeste et pourtant envoûtante, comme ces personnages profondément incarnés. La vallée comme lieu des transformations fécondantes où se rejoignent l’âme humaine et la grâce de Dieu. Car, au fond, comme le rappelle le titre, il s’agit d’un Purgatoire, lieu de l’expiation avant le grand saut final. Une histoire familiale au prisme de la rédemption, dans des paysages lointains mais rendus si proches. Un livre profondément humain. A l'image de son auteur.

                                                                                                                       
Braves gens du Purgatoire,  Pierre Pelot, Ed. Héloïse d'Ormesson, janvier 2019, 512 p., 22 €



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