Accéder au contenu principal

Le Dernier loup, László Krasznahorkai (Cambourakis) ★★★★★

          La sortie d'un nouveau livre de László Krasznahorkai est toujours un événement. Mais que pouvait bien donc écrire l'écrivain, génie des lettres, après l'indépassable Guerre et guerre ? Car, précisons-le, on tient l'auteur hongrois pour l'un des plus grand de son temps.
       La réponse est donc là, dans un petit format : une nouvelle de 60 pages, au titre plein de résonances, Le Dernier loup, réponse angoissée au vide d'une époque, à sa façon de broyer le monde. Un monde parfois réenchanté par le spectacle tranquille d'une plaine désertique, verte par endroits. Le Dernier loup, comme un titre-énigme, prend l'allure d'un flot de conscience déroutant, perçu dans un lent va-et-vient de pensées, paroles et silences entre Berlin —  ses rues crasseuses, sa triste solitude, ses bars pour immigrés turcs —, et l'Estrémadure lumineuse, en Espagne. 60 pages mais une seule et unique phrase ponctuée de questions-digressions, autant de divagations auxquelles le lecteur attentif ne prêtera pas toujours crédit (possible clé de lecture page 41, et dans les dernières phrases).


         Comme tous les bons livres, Le Dernier loup évite de répondre pour mieux laisser en suspens. Une littérature de l'ajournement, jamais sûre de ses vérités, de sa vérité. Qui diffère le moment où tout bascule. Car le narrateur, ancien professeur de philosophie prisonnier de la pensée (une clé!), a vite fait de nous embarquer dans ses fantasmes résignés, ou de nous faire goûter à la défaite de la pensée. Le rire des premiers mots ou le folklore se mue très vite en tirade désabusée, sur la vanité et le mépris du monde. Un bar berlinois, le Sparschwein, la triste Hauptstrasse, le vide autour saturé de mépris et de vanité donc, une bière à la main, la Sternburger. Débute alors un dialogue entre ce vieil érudit résigné et un tenant de bar fatigué, hongrois. Dialogue avec un double ? Alors que son existence confine à l'invisibilité sociale, il reçoit un beau jour l'invitation d'une mystérieuse Fondation à aller en Espagne pour écrire sur une région en plein essor, l'Estrémadure. Ironie latente du narrateur. Autodérision de László Krasznahorkai.  Pourquoi lui, autrefois érudit, alors qu'il "n'a plus rien avoir avec cet homme d'autrefois, cet homme qui, ne sachant pas encore que la pensée était finie, écrivait des livres, des livres illisibles gorgés de phrases lourdement déficientes mues par une logique déprimante et une terminologie suffocante, (...). D'autant que ses livres n'intéressaient personne. L'écrivain ne dit jamais autre chose que son impuissance à exprimer, son impuissance à dire la beauté du monde par les mots. Narrateur dépressif, résigné, vide, froid. Fou peut-être ? Ou ivre simplement ? Voix de l'écrivain ? Voix de la traductrice ? Le livre a cette façon surprenante de multiplier, dans la même phrase, les points de vue, les regards, les ruptures de ton, les trames narratives. Qui parle, qui entend, qui ment, qui raconte ? D'où parle-t-on ? D'un avion, d'un bar, d'une voiture, d'une plaine désertique ? Dire les possibles, goût pour la supercherie.
    Les paysages alors comme l'écho d'un état intérieur et la prise de conscience d'un vide intime, transitoire peut-être. L'Estrémadure, ça ne ressemble à rien : "IL N'Y A RIEN LA-BAS, c'est un immense territoire désertique, aride, austère, plat (...), une sécheresse épouvantable, un sol craquelé (...). L'image d'une âme, de son âme. Alors pourquoi écrire ? Esprit dépressif qui tente de nous attirer dans son gouffre ? Pas sûr, car ce voyage immérité a comme toutes les surprises le charme de l'inattendu. Malgré la dépression, la déprime et la mauvaise conscience, le narrateur ne résiste pas au charme particulier de la nature,  de cette région historique, des fincas et de la dehesa, une immense plaine légèrement ondoyante parsemée de quelques touffes d'herbe et de chênes disséminés...
(...) comment aurait-il pu leur expliquer que depuis qu'il avait renoncé à la pensée il avait ouvert les yeux, et compris que tout ce que nous percevions de l'existence n'était qu'un gigantesque mémorial célébrant la vanité des choses, se reproduisant à l'infini, jusqu'à la nuit des temps, que ce n'était pas le hasard qui, avec sa force irréductible, triomphale, invincible orchestrait la naissance et la déchéance des choses, non, mais plutôt une intention obscure et démoniaque (...)

        Une manière d'inventer et de voir nos vies pour, d'une manière ou d'une autre, les réenchanter. Peut-être mais rien n'est sûr si vous lisez jusqu'au bout. Farce, enquête, folklore, méditation, complainte, voyage, Le Dernier loup est aussi une réflexion sur la matière romanesque et le rôle de l'écrivain. Un jeu sur la fiction et le réel. La tonalité est grave mais la distance ironique. László Krasznahorkai dresse peut-être un portrait de lui-même en écrivain, entreprise qui repose toujours sur un malentendu : qui est le "Je" (p. 17 : (...) de toute évidence il y avait un malentendu puisque, soit ils le confondaient avec un autre, soit celui avec qui ils le confondaient était bien lui, seulement ce "lui" n'existait plus (...)). Paradoxe, incertitude fondamentale, l'écrivain s'amuse à brouiller tout repère, invitant son lecteur à le prendre au mot.
         Une longue phrase suspendue pour communiquer le doute, une inquiétante étrangeté. On pourrait croire à une histoire ridicule mais rapidement le doute se mue en intrigue. Une envoutante apnée de 60 pages. Les apparences et l'ironie de l'auteur/narrateur vous feraient croire à de "malheureuses phrases alambiquées et son mode de pensée labyrinthique". Vous saouleraient à force de circularités digressives et temporelles. Mais derrière le bazar sémantique apparent, il faut se laisser prendre par la logique du discours qui retarde pour mieux faire naître le miracle : une émotion venue d'outre-tombe, des silences et de l'incommunicabilité. Une longue phrase pour laisser aller les choses, leur laisser trouver la vitesse de croisière. Au centre du nœud, l'aporie du langage et de la pensée : "puisque la pensée était finie, soit il devait revenir à des thèmes d'avant la fin de la pensée, ce qui était inexprimable, soit se référer à des thèmes d'après la fin de la pensée, ce qui le condamnait inéluctablement au silence, la langue n'était plus en mesure de donner forme à des contenus insaisissables, elle était hors service, (...)".
(...) voyez-vous, tout cela, cette Estrémadure se trouve en dehors du monde, Estrémadure se dit en espagnol Extramadura, et extra signifie à l'extérieur, en dehors, vous comprenez ? et c'est pourquoi tout y est si merveilleux, aussi bien la nature que les gens, mais personne n'a conscience du danger que représente la proximité du monde (...) vous savez ils n'ont pas la moindre idée de ce qui les guette s'ils laissent faire les choses (...) car tout, aussi bien la nature que la population de l'Estrémadure sera frappé de malédiction, et ils ne se doutent de rien, ils ne savent pas ce qu'ils font, ni ce qui les attend, mais lui, dit-il en se désignant, il le savait, et il n'en avait pas dormi de la nuit (...)
     Une réflexion aussi sur le langage et les mots donc. Combien de fois l'interprète est-elle impuissante à traduire ? A transmettre l'émotion, l'unicité de l'expérience ? D'où cette interrogation, peut-on encore raconter à partir du vide de la pensée ? Un récit donc, celui du dernier loup vivant en Espagne, ou ses multiples déclinaisons possibles. Et des silences. De nombreux silences, échos de l'impossible mais inattendu réenchantement.
  Un récit de la marge, à la marge, comme un bruissement en dehors de l'agitation du monde, méditation métaphysique de fin de vie. Formidable passage, page 36, sur cette Estrémadure bienveillante, peuplée de "gens biens". Une île terrestre préservée de la proximité du monde où le loup, cet animal fier et solitaire encore vivant quelques temps, devient le baromètre d'une heureuse inadaptation.
     Un livre sur la malédiction qui nous guette ou les augures de maître Krasznahorkai. Une rumeur inquiétante comme "le danger que représente la proximité du monde", un monde en fin de parcours sur le point de se fracasser sur la modernité rampante. Mais un monde encore capable de beauté, de merveilleux et ce n'est pas la méditation douteuse d'un stammgast allemand ou ses souvenirs vacillants qui seront de nature à taire la possibilité de ces images : une plaine herbeuse à couper le souffle, une finca verdoyante, une louve chassée...

   Seuls bémols peut-être, la petite métaphore naturaliste du dernier loup (Lequel ? L'écrivain ? Le narrateur ? Le loup ?), et cette pirouette finale bien pratique pour conclure un livre sans le fermer. La littérature, on le sait, n'est que réécriture... Des détails car les livres de cette ambition sont rares.
    On terminera ce livre crépusculaire, désenchanté, moins vide qu'angoissé par la possibilité de ces visions, l'énigme d'un titre, l'imminence de la fin et celle d'un réenchantement. Car la langue de László Krasznahorkai, fascinante et habitée, n'a pas perdu son sens du défi. Une errance langagière capable de mêler trames narratives et personnages dont la présence n'est jamais sûre. Pas de calme, pas de repos donc avec ce savoureux puzzle intellectuel, mais un renoncement à la pensée pour mieux ouvrir les yeux et embrasser la fascination d'un monde dont il serait encore possible de rallumer les feux. Sauvés, le dernier loup veille...
                                                                                                                                       
Le Dernier loup, László Krasznahorkai, Cambourakis, août 2019, 72 p., 15 €.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Olympia, Paul-Henry Bizon (Gallimard)

 Il existe de curieux livres qui, des noms à l'histoire en passant par les lieux, semblent avoir été écrits pour vous. Pire, vous avez même parfois le sentiment étrange d'avoir inspiré l'auteur d'une façon ou d'une autre. Etonnant. Et même fascinante histoire qui embrasse la mythologie d'une athlète hors normes pour, non pas vous livrer des réponses, mais épaissir encore davantage l'aura et la légende de Marie-José Pérec, "la gazelle des Antilles", " héroïne puissante, élégante et sexy ", triple championne olympique des années 90, reine du 400 m et titrée aussi sur 200 m. Rappelez-vous, Marie-Jo achève sa carrière sur un effacement, une disparition :" Je n'y étais pas. " Un geste digne d'un génie (j'y reviens plus bas). Je l'ai compris en lisant ce roman. Nous sommes en septembre 2000, aux J.O. de Sydney et l'athlète renonce au dernier moment à courir la finale dont elle était la grande favorite face à Cathy

Une Fêlure, Emmanuel Régniez (Le Tripode)

 Les deux précédents livres d'Emmanuel Régniez nous avaient fascinés dans des registres très différents. Ambiance gothique anxiogène pour l'un ( Notre château ) et puissance du désir pour l'autre avec des yeux grands fermés ( Madame Jules ). À leur façon, ils devaient sans doute exister pour faire naître ce troisième roman bien plus personnel semble-t-il, fait de textes courts et fragmenté en quatre parties : la vie rêvée, féérique, toujours empreinte d'ironie, la vie réelle avec tous ses mystères destructeurs et non-dits, puis la vie fantasmée du conte qui permet, par une mise à distance, le travail de deuil et l'acceptation de ce qui demeure incompréhensible pour tout enfant. Je ne vous en dirai pas plus sur cette histoire de famille dont l'effrayante banalité est proportionnelle à son horreur silencieuse. Mais l'horreur, dans Une Fêlure , revêt le costume des paroles d'adultes captées par un enfant dans un couloir et la douceur des gestes d'un lou

Vendredi poésie #5

 Cinquième volet de nos "vendredi poésie" avec une partie de pêche sur les bords de l'enfance (Christophe Esnault), la poésie amoureuse et architecturée de Typhaine Garnier, et le recueil "Promenade et guerre" du regretté Cédric Demangeot. Je ne connais rien à la pêche mais ça ne m'a pas empêché d'aimer la poésie de Christophe Esnault. D'abord pour son flow de mots et ses flots de jeux de mots en son, ou tout simplement ces morceaux d'enfance bercés par la joie du souvenir qui est avant tout une façon de ressentir une émotion au bord de l'eau, auprès des carpes et des gros "lolos". J'ai été hameçonné par cette poésie frontale, simple et accessible, qui embrasse le courant d'un cours d'eau, rapide ou tranquille, pour se rappeler qui on a été. Rien d'ennuyeux au milieu des silures et des poissons, juste l'itinéraire d'un gars passionné qui, au jeu des miroirs déformés et déformants, tente de refaire surface av

Vendredi poésie #6 : Alexis Bardini, Hannah Sullivan, Michaël Trahan

Une épiphanie , Alexis Bardini, Gallimard, avril 2021, 93 p., 12€ À lire ces poèmes en dehors du contexte du recueil, j'ai d'abord cru à un soupçon de naïveté, dans un rythme doux et langoureux, à l'évocation de ces cailloux, fleurs, arbres, rosées, pétales et autres orages. D'habitude, j'ai le sang chaud et ce n'est pas trop mon trip la nature. Puis j'ai lu et relu ces vers libres qui parlent de corps amoureux et de sensations échappées sur les bords d'un fleuve, sur une plage de regrets, dans le ciel qui s'ouvre, pour tordre le bras à mes impressions pressées. Et j'y ai découvert une intimité effleurée, caressée par les mots et la répétition des sons chuchotés, d'une extrême rigueur, d'une parfaite douceur, toujours en retenue, sur un fil entre une émotion à exprimer et sa pudeur à bien le faire. Ou son impuissance même. On le sent, chaque vers est sculpté dans le cristal, suspendu à la fragilité du monde, à son rythme lent, à son carac

Indésirable, Erwan Larher (Quidam)

 Sacrée tranche de vie à Saint-Airy, où l'on rit et s'interroge dans le même élan avant le carambolage final. L'histoire de Sam Zwastika, euh non Zabriski pardon, qui débarque du jour au lendemain dans un patelin de la France profonde pour racheter les murs, polir les pierres, restaurer ce qui doit l'être. Qui affronte la horde de vieux réacs du conseil municipal, les habitudes d'une belle endormie. Qui est-il, où va-t-elle ? Est-iel bien humain ? C'est que Sam est neutre, ni homme ni femme, être insaisissable au passé flou, iel suscite les quolibets, les moqueries, reçoit les injures, fait l'objet de rejets. Il s'en tape le coquillard, Sam en a vu d'autres, il n'a pas de sentiments, se méfie des humains, va habiter la maison d'un disparu et, apparemment, iel est en mission. Mais on n'en saura guère plus sur ses intentions, son rapport au mystique qui s'incarne dans des apparitions, des briques qui parlent... Et puis, pas de soucis, i

Le Roman de Jim, Pierric Bailly (P.O.L)

 Toujours un  grand plaisir de retrouver les livres de Pierric Bailly, auteur que L'Espadon suit depuis Polichinelle en 2008. On était resté sur le tonitruant Les Enfants des autres , histoire de couple, de famille et de père aussi, déjà. Le Roman de Jim chasse sur les mêmes terres jurassiennes, près de Saint-Claude et des lacets de Septmoncel avant une petite échappée du côté des Lyonnais et Lyonnaises. L'histoire d'un père par procuration de 25 ans, Aymeric, qui rencontre une femme de 40 ans enceinte mais célibataire, Florence. Passé par la case prison et un peu loser sur les bords, trop gentil et faible, Aymeric va s'attacher au petit Jim et donné un nouvel élan à une existence un peu morne faite d'intérim, de CDD, de petits boulots et de balades au crêt de Chalam... Allez, Pierric Bailly n'est peut-être pas le plus grand styliste (encore que, ça se discute, écriture sur un fil entre apparence de grande banalité et précision d'orfèvre, la prose suit la

Projet El Pocero, Anthony Poiraudeau (Inculte)

 Mirage urbain tel un spectre du capitalisme, fantôme de pierres et de briques pour perspectives infinies au milieu du désert, à proximité d'une décharge de pneus. El Quiñon est bien un songe, littéralement une ville-fantôme peuplée de vide et d'utopies, déclinée en grappes d'édifices neufs et de blocs de Lego alignés, parcelles inachevées et amas d'immeubles. Anthony Poiraudeau, après avoir rappelé en quelques pages bien troussées l'origine de la crise immobilière au début des années 2000 en Espagne au regard de la crise économique plus large, se promène dans les rues d'une étrange endormie, objet de curiosité, étendue minérale du capitalisme sauvage. Pour dire les choses simplement, la ville située à 35 km au sud de Madrid aurait dû accueillir 40 000 habitants. Mais voilà, la bulle a éclaté, la spéculation s'est heurté au principe de réalité et seulement 3000 résidents, à l'époque de la rédaction du livre, finissent par loger dans ce vaisseau digne d&#

Un voisin trop discret, Iain Levison (trad. par Fanchita Gonzalez Battle, Liana Levi)

 L'Amérique fabrique ses héros de guerre en Irak, en Afghanistan et même au Vietnam à une époque. Bon, quand on gratte un peu le vernis, ces héros sont en fait des poivreaux, de piteux époux, des gays qui ne s'assument pas ou des repris de justice. L'Amérique de Iain Levison, c'est celle du petit épicier de quartier jovial mais hanté par ses faits de guerre, celle des médecins pas très compétents mais sympathiques, celle des immigrés qui tant bien que mal tentent de se faire une place au pays de l'Oncle Sam, de ses dollars et de son patriotisme spectaculaire. On croise ainsi un sniper de plus en plus bordeline au gré des missions, sa compagne Corina qui pense que c'est un gros con ou un sale type, Kyle Boggs l'ambitieux, à tel point qu'il se marie avec son amie de lycée pour préserver les apparences, ou encore le mystérieux Jim, un voisin trop discret, chauffeur Uber à ses heures perdues, insociable mais amoureux des liasses de billets verts. Et vous vou

Doucement (!), Katia Bouchoueva (publie.net)

 La poésie sur L'Espadon n'est plus réservée au vendredi et déborde désormais sur les autres jours de la semaine. Doucement (!),  recueil signé Katia Bouchoueva, nous promène dans une géographie vécue multipliant les rencontres, les sites, les voix et les perspectives, avec un goût pour le déracinement en douceur, à l'affût des indices d'un quotidien français digne d'observations ou de descriptions. Des curiosités bucoliques, historiques pour offensive poétique délicate. On y croise Marion, l'Ardèche, Grenoble, un vieil homme, madame Morin maudite par l'amour d'un con, des gens, des paysages, des animaux, des voyages, des châtaignes et des étudiants de Montpellier... La douceur des mots s'infiltre dans des scènes quotidiennes où l'auteur s'interroge et s'étonne des attractions (le Mont Blanc et la Tour Eiffel qui tiennent debout), des attirances entre les corps, les idées, les lieux, la poésie pour les croiser et les filtrer au son des mo

La Séparation, Sophia de Séguin (Le Tripode)

     L'amour en ses haines et passions déchirées, ses futilités, ses élans désormais impossibles, ses absences comme des gouffres, dit et écrit par une femme à l'âme écartelée. Dans La Séparation , Sophia de Séguin raconte l'après vie à deux, ou l'illusion du sentiment et ce qu'il dit finalement de nous-mêmes, de nos manques et de nos peurs fascinées. Reproches, insuffisances, tromperies, les maux du couple sont légion mais n'épuisent pas, jamais, ses mystères. La Séparation pour dire la rupture avec soi et l'absence de l'être aimé, haï, désiré, rejeté.     Impossible de décrocher, comme un vrai camé, de ces saillies maximes sur le mal-être d'être quitté. Comme un drogué jamais sevré, le manque obsède, la fille ressasse en réactivant ses souvenirs à l'aune d'une souffrance sans limite. Sentiment de sidération, sensation fatale du manque mais refus de l'apathie par l'écriture, une écriture qui opère par saccades comme pour