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Trois jours chez ma tante, Yves Ravey (éditions de Minuit double) ★★★☆☆

  Avant d'attaquer la rentrée littéraire, une petite friandise de polar avec Trois jours chez ma tante  (paru en 2017, en poche ici) d'Yves Ravey, que j'ai découvert cette année avec Pas dupe, exercice de style truculent. Je voulais retrouver cet univers cocasse, ces personnages retors et pathétiques, cette écriture concise, blanche, faussement minimaliste.


  Autant être franc, on a eu l'impression de lire à peu de chose près le même livre, avec un pitch un peu différent. Rien de grave, c'est justement ce qu'on recherchait, comme discuter avec un vieux pote, un verre à la main. Les mêmes histoires que l'on se répète avec le sourire, sans jamais s'ennuyer. Ici, Marcello Martini habite en Afrique après avoir fui la France et y tient un dispensaire pour orphelins. Mais voilà, sa vieille tante fortunée qui vit en France dans une maison médicalisée de luxe, le convoque et lui fait savoir qu'elle met fin à son virement mensuel, en plus de le déshériter. La vieille tante n'a semble-t-il plus toute sa tête. Marcello compte donc bien inverser le cours de son funeste destin...
 Chaque carré contenait une lettre. Au fond de l'enveloppe se trouvait un minuscule tube de colle blanche desséchée, des gants de chirurgiens accompagnés d'une paire de petits ciseaux. Lydia a constitué des mots, au hasard. Je lui ai dit, pour détourner son attention : On va au KFC ? Elle a planté son regard sur moi : ça Marcello, c'est le matériel du parfait délateur, ça sert à écrire une lettre anonyme sans laisser d'empreintes.

       Encore un polar cosmopolite entre l'Afrique, la France et les références US/fast food (Wendy's, McDo, Kebab), des noms tout droit sortis d'un film bancal (Paméla, Marcello, Vicky, Honorable, Lydia) pour un mélange géographique des plus étonnants. Une ambiance un peu irréelle, des magouilles en tous genres et un jeu de dupes (ou de faux-semblants, au choix). On hésite entre les événements cocasses et la gravité de leurs conséquences dans ce petit roman noir à l'équilibre parfait. Disons-le, ce roman est à la fois très drôle et glaçant comme la calotte glaciaire pas encore réchauffée. Il faut voir cette interminable et grandiose scène finale, de la signature du chèque, risible à souhait et absolument angoissante. La tante va-t-elle signer, va-t-elle se réveiller, va-t-elle bouger ? Yves Ravey fait tenir ce roman noir sur presque rien : des petites réactions mesquines ou puériles, un coup d’œil,  un mouvement, un départ précipité. Les détails qui disent tout des menteurs, de leurs attitudes, de leur hypocrisie. Et la morale dans tout ça ? Rien à dire pour Ravey, juste offrir le spectacle de la comédie humaine qui en dit bien long sur les ego et intérêts de chacun... Un roman qui tient par son étonnant suspense, né de l'attente suscitée, de son immobilité, de son aptitude à dire sans montrer, à révéler sans effet de manche. Juste par les comportements et les dialogues. Ravey procrastine en jubilant dans l'attente du dénouement. On sent qu'il prend un malin plaisir à dialoguer presque dans le vent. On sent aussi la modestie et le talent qu'il faut pour parvenir à un tel résultat. C'est fort, avec l'effet de surprise en moins si l'on a déjà lu l'auteur avant. On lira sans doute les autres romans de l'auteur au fur et à mesure. Reste à savoir si on lui reprochera d'écrire le même livre. Ou si on le félicitera d'être aussi virtuose. Allez, parce qu'il faut trancher. Une très plaisante lecture d'été, un peu moins mémorable que Pas dupe.
                                                                                                                     
Trois jours chez ma tante, Yves Ravey, Minuit double, mars 2019 (réédition poche), 156 p., 8€

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