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Honorer la fureur, Rodolphe Barry (Finitude) ★★☆☆☆

    C'était un beau titre, "Honorer la fureur", raccord avec cette biographie romancée de James Agee, le scénariste du chef-d'oeuvre "La Nuit du chasseur". Journaleux rêvant de littérature, de grande littérature, de combat et d'engagement politique. James Agee, tel qu'il est dépeint, est aussi et surtout un écorché vif à la beauté ombrageuse, un révolté incompris avec les idées bien à gauche, jamais à sa place dans une Amérique capitaliste. Nulle part. Libre, radical. Il boit et vit comme un pauvre. "Mais toute sa vie n'est qu'un mystère à éclaircir"...



   Pendant 100 pages, on découvre un homme passionné, indigné par le sort des déshérités. Un artiste, un écrivain plein de conviction et d'empathie, ultra sensible et prêt à succomber à tous les sentiments. "Un homme en colère que ses propres faiblesses écoeurent". Pendant 100 pages, on admire l'écriture de Rodolphe Barry, passionné lui aussi par son sujet. Mais voilà, le bouquin fait 274 pages. Avec l'impression qu'il se répète. Pour Agee, une vie passée à dominer sa part sombre, le goût pour les causes perdues et l'honnêteté envers et contre tout. Sans concessions. Sans compromis, en amour comme au travail. Avec 100 pages de moins, la fureur aurait été plus vive, plus brève, comme une vie qui se consume à grands feux. Impossible de ne pas être touché par ce type prêt à sacrifier son confort pour des causes plus grandes que lui. Le livre donne envie de se lever contre les injustices et l'arbitraire, nous met en rage. On accompagne Agee devenu James, on le comprend, on vit son désoeuvrement et son indignation même si, finalement, le personnage reste lointain. Secret. Inaccessible. 
Au Time, tout le monde le connaît au moins de réputation, il est cet écrivain aussi ingérable que talentueux, ses articles de trente mille mots pour Fortune et ses passes d'arme avec ses supérieurs sont notoires, tout comme son penchant pour l'alcool et son caractère irréductible. James sait qu'on ne lui laissera pas grande liberté.

         Car on l'a dit, les chapitres se répètent dans leur message. Tutoyer la mort, se foutre des honneurs, se consumer jusqu'au bout. L'auteur multiplie également les références littéraires, cinématographiques, artistiques, si bien qu'on ne sait plus si c'est Agee qui pense, parle et agit ou le critique passionné de films et d'analyses. D'autant que les analyses sont toujours bien senties mais pas tout à fait à leur place. On sort alors du bouquin, vaguement touché, et on ne fait plus corps avec Agee. D'autant plus regrettable que Rodolphe Barry a une superbe écriture. Mais une écriture presque trop riche, trop dense, trop précise, qui brasse quantité d'informations dans la même phrase. Certains passages se fixent sur notre rétine — dans le sud esclavagiste — d'autres passent complètement à la trappe (scènes urbaines). Et cette dernière impression que l'auteur se regarde un peu écrire malgré la fluidité de la prose. Une déception finalement au regard de la première partie, de haut vol. Comme un pétard mouillé...
                                                                                                                        
Honorer la fureur, Rodolphe Barry, Finitude, mars 2019, 288 pages, 21€

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