Accéder au contenu principal

Francis Rissin, Martin Mongin (Tusitala) ★★★★★

     Que dire de cette vaste blague ? C'est d'abord un premier roman signé Martin Mongin, 600 pages bien tassées. Évacuons toute de suite cette info sans intérêt, "premier roman". Cela fait belle lurette qu'on lit des "premiers romans". Ils sont parfois (souvent, pour peu que l'on sélectionne) bien meilleurs que ceux d'auteurs installés depuis Mathusalem. Des exemples, on peut vous en donner à la pelle en 2019. Le mystérieux Francis Rissin est un livre d'une ambition folle qui, par moment, à les défauts de sa démesure. Il y a des longueurs, quelques bavardages stériles et des digressions vaines. Une touchante volonté d'en découdre au risque d'en faire trop. Symptômes d'une prose qui prend son sujet à bras-le-corps pour ne plus jamais le lâcher. Mais chemin faisant, on y perçoit moins de l'usure que du panache. Moins de paroles vaines qu'une inspiration fascinante à mesure que le piège se referme. Une folie au sens où l'on a cette nécessité impérieuse de parler, et l'impossibilité de le faire. Oui, Francis Rissin est un roman habité, à l'âme diabolique. Un grand livre, quoi. Lisez toute la chronique (un peu longue certes), je vous donne le fin mot tout en bas...


 
    Ce livre, c'est d'abord "une plongée dans une zone intervallaire, indécise et nébuleuse", comprenez une belle réflexion sur la matière littéraire, jamais plus puissante que lorsqu'elle efface la frontière entre le réel et la fiction. Plaisanterie, fantasmes, échos de la PQR, canular, enquête, complot, "rissinade", Francis Rissin est un livre-gigogne multipliant les niveaux de lecture et les possibles. D'où un rapide sentiment de vertige. Qui est ce type, d'où vient-il et que veut-il ? Pourquoi ces événements bizarres et ces morts suspectes ? Polar ou thriller flippant, songe, fable, prière, biographie, mascarade, témoignage, déposition, scénario, livre... C'est un puzzle, c'est un casse-tête, que dis-je, c'est un labyrinthe, un ébouriffant jeu de piste. Au début. Onze chapitres comme autant de versions d'une même réalité, une vertigineuse mise en abîme sur les différents visages de Francis Rissin : clone, sosie, criminel, messie beauf', chef d’État, élu en campagne, simple quidam pointant chez SFR (Société des Francis Rissin, pas de méprise hein), l'homme invisible est parmi nous. Moins Francis Rissin d'ailleurs qu'une nation suspendue à l'attente de l'homme providentiel avec, à chaque coin de rue, l'horizon d'une révolution lente et silencieuse. On sent un Francis bien Français et bien François. Mais souvent, on aurait aussi bien envie de lui filer deux trois baffes et de lui faire avaler un peu d'huile (de "rissin", forcément). Comment ce nobody peut-il accéder au trône et espérer sauver la France ? Comment ce beauf' misogyne peut-il à ce point électriser les foules ? Le diable est dans les détails.
Et c'est peut-être là le rêve de tout biographe : assister en direct à la naissance du Bien ou du Mal, aller les débusquer jusque dans le couffin ou le berceau, remonter cette série de causes et d'effets qui a pu engendrer un saint d'un côté ou un tyran de l'autre, traquer le moment insaisissable du basculement, ce moment où un individu ordinaire s'engage, le plus souvent malgré lui, et inconsciemment, sur le chemin de sa gloire ou celui de sa damnation.
         C'est peu dire mais ce livre est avant tout une énorme farce qui regorge de phrases hilarantes ("Si les Français voulaient un chef intraitable à la main de fer et à la queue de béton, ils voulaient aussi un chef qui soit capable de pardonner"), ou de scènes tordantes. Celle de la "foire", (pp.249-250) dans la rue Saint-Martin au pied de Beaubourg, est sidérante. C'est la caravane du Tour en plein Paris. Footix main dans la main avec Prosper, le roi du pain d'épice, et Mamie Nova qui saute à cloche-pied juste derrière, le tout sur fond de musique techno jouée par Laurent Garnier... Une scène qui fait suite à un hilarant portrait en creux de Houellebecq, auteur d'Une parcelle d'hiver... Qu'est-ce que j'ai ri ! Car chaque phrase est à peser pour ce qu'elle a à nous dire. Des phrases narrant un projet grandiose, singeant les élucubrations de touristes et mimant la vie d'un guide éclairé, homme de poigne ("Car les Français veulent un chef qui a la trique, un chef avec un sexe dur et inflexible de hardeur, comme celui de Richard Allan, vous savez, cette star du porno qu'on surnommait "Queue de béton"). J'évoque à peine les scènes christiques, sur un fil entre l'absurde le plus débile et la fascination totale.
         Mais Martin Mongin, féru d'autodérision, n'est pas dupe de son sujet et ne tranche donc jamais.  L'ironie du projet ne saurait donc trahir son ambition. S'il se marre à ce point, c'est aussi pour dire combien son livre est sérieux. Car derrière toute cette rissinade se dévoilent d'autres enjeux (voir en fin de chronique). Et Mongin, au risque de quelques longueurs, manie un art surprenant du contre-pied, déjouant toutes les attentes du lecteur (on voudrait aduler Rissin qui, en fait, est un gros con). Faut-il se réjouir ou s'inquiéter ? S'indigner ou vénérer ? On passera ainsi par toutes les émotions littéraires possibles dans ce livre-miroir. Un livre borgésien dans l'âme. A tiroirs, truffé de références et d'érudition, d'élans rageurs et d'envolées (faussement) lyriques, dont le personnage central séduit autant qu'il navre et fascine. Mongin muscle ainsi sa machine narrative sans jamais ennuyer. Les blagues succèdent aux commentaires lucides, les calembours aux traversées de hameaux. Ce livre est une déconnade, OK. Mais sous ses faux-air de canular, la réflexion va très, très loin et on sent que Mongin est une brute intellectuelle.
Et je pense encore à ce faux cul de Septime Sévère qui affirmait qu'il avait tout été, et que rien ne valait la peine ! Omnia fui et nihil expedit.
    Avant de vous livrer le fin mot, il faut parler de cette écriture d'une limpidité folle, presque parlée. Sans une once de lourdeur théorique, l'écriture revisite toute une conscience collective suspendue à un miracle, coincée entre l'histoire providentielle et la légitimité du divin à la lumière du récit républicain. La langue pour traquer du sens à chaque page quand tout ce que vous écrivez relève du mythe. Quand contradictions et ruptures dessinent une identité aux mille appartenances. J'ai adoré traverser ces villages paumés au fin fond du Rhône et de la Normandie (la France aux 36 000 communes), le rejeu carnavalesque du grand barnum de juillet. En bref, la dimension géographique du bouquin. La "personnalité de la France", dirait Vidal de la Blache, "comme une médaille frappée à l'effigie du peuple". Oui, je le crois, si la France est bien un mythe dont on célèbre l'éternelle beauté, c'est toutefois la géographie qui a inventé son corps. Un territoire prédestiné, des images d’Épinal pour nourrir le mythe. Et Francis Rissin, plus qu'un piège ou une blague, serait le nouveau manuel scolaire du XXIe siècle. Non pas le Tour de la France par deux enfants mais par Francis Rissin donc, le "malin génie", le héros pathétique...
C'est dans ce paysage champêtre que le jeune Francis Rissin eut une vision, l'année de ses onze ans ; c'est là qu'il vit quelque chose flotter dans les airs, au-dessus du petit hameau de Saint-Gobrien, quelque chose qui ne pouvait pas se trouver là, quelque chose qui était d'un autre lieu et d'un autre temps ; c'est là qu'il comprit qu'il avait une oeuvre à accomplir, un combat à mener. C'est dans ce paysage que le miracle s'accomplit, sept jours plus tard. Mais pour bien saisir le récit de ces événements, il faut revenir un peu en arrière.

    Alors pourquoi Francis Rissin est-il un grand livre ? Bon, je me plante peut-être mais qu'importe, je tente. Rien qu'un petit ressenti, mon ressenti de lecteur illuminé. Martin Mongin brille là où tous les autres ont échoué. C'est un livre qui fait écho à notre petite musique intérieure, jouée par une force invisible. Il a écrit, je crois, ce que tout historien de renom rêverait d'écrire mais n'a jamais pu. Et pour cause, il s'agit d'un roman. Il vient d'écrire une putain de gauloiserie qui sonne à la porte de l'inconscient collectif, comprenez LE ROMAN NATIONAL. Sans habillage idéologique, sinon celui du roman.
     Car, au fond, de quoi nous parle Mongin ? Il nous parle d'une fiction qui, pendant 600 pages, brasse tous les ressorts de notre identité. Mais une fiction bien réelle : la France. Et Francis Rissin nous parle moins d'un personnage insaisissable que d'un horizon conceptuel : la France comme un miracle (ou un mythe). Et c'est la force de l'auteur de nous faire ressentir tout le grotesque et le merveilleux de cette entreprise. Une entreprise que Mongin tout à la fois célèbre et ridiculise dans une prose au ton incantatoire. Comme une splendide errance poétique. Une façon de saluer le génie français pour mieux en pointer la vanité et le burlesque. Cochonou et Bibendum, main dans la main au pied du centre Beaubourg. C'est comme si Mongin s'était approprié tout un imaginaire, l'avait parfaitement digéré pour le recracher sous la forme d'un avatar nommé Francis Rissin. Presque un problème métaphysique qui cristallise rêves de grandeur, élans de conquêtes et attentes ridicules. D'un autre temps peut-être. Une France aux allures de carnaval improbable. Comme un festival de bons mots lucides, un absolu moment de communion.
     Un livre inépuisable, absolument hilarant et d'une intelligence folle. Étrange aussi, qui me hante déjà. Francis Rissin c'est vous, c'est nous, c'est toi.
Francis est unique. Mais gaffe aux clones quand même... Car Francis est légion !
Je t'aime Francis !

P.S. : débat de fin de lecture, ce roman est-il traduisible ? A vos stylos.
P.S. 2 : quand la fiction dépasse la réalité. La boule au ventre et l'impression que FR m'a poursuivi cet été, de Granville à Montmélian en passant par Lancebranlette. Comprenne qui pourra...
                                                                                                                            
Francis huile de Rissin, Martin Mongin de Francin, Tusitala les Gaulois, août 2019 au soleil d'Oyonnax, 616 pages fascinantes, 22€ au bar PMU de Veules-les-Roses, traqué par la DGSI sur la pittoresque D68.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Olympia, Paul-Henry Bizon (Gallimard)

 Il existe de curieux livres qui, des noms à l'histoire en passant par les lieux, semblent avoir été écrits pour vous. Pire, vous avez même parfois le sentiment étrange d'avoir inspiré l'auteur d'une façon ou d'une autre. Etonnant. Et même fascinante histoire qui embrasse la mythologie d'une athlète hors normes pour, non pas vous livrer des réponses, mais épaissir encore davantage l'aura et la légende de Marie-José Pérec, "la gazelle des Antilles", " héroïne puissante, élégante et sexy ", triple championne olympique des années 90, reine du 400 m et titrée aussi sur 200 m. Rappelez-vous, Marie-Jo achève sa carrière sur un effacement, une disparition :" Je n'y étais pas. " Un geste digne d'un génie (j'y reviens plus bas). Je l'ai compris en lisant ce roman. Nous sommes en septembre 2000, aux J.O. de Sydney et l'athlète renonce au dernier moment à courir la finale dont elle était la grande favorite face à Cathy

Une Fêlure, Emmanuel Régniez (Le Tripode)

 Les deux précédents livres d'Emmanuel Régniez nous avaient fascinés dans des registres très différents. Ambiance gothique anxiogène pour l'un ( Notre château ) et puissance du désir pour l'autre avec des yeux grands fermés ( Madame Jules ). À leur façon, ils devaient sans doute exister pour faire naître ce troisième roman bien plus personnel semble-t-il, fait de textes courts et fragmenté en quatre parties : la vie rêvée, féérique, toujours empreinte d'ironie, la vie réelle avec tous ses mystères destructeurs et non-dits, puis la vie fantasmée du conte qui permet, par une mise à distance, le travail de deuil et l'acceptation de ce qui demeure incompréhensible pour tout enfant. Je ne vous en dirai pas plus sur cette histoire de famille dont l'effrayante banalité est proportionnelle à son horreur silencieuse. Mais l'horreur, dans Une Fêlure , revêt le costume des paroles d'adultes captées par un enfant dans un couloir et la douceur des gestes d'un lou

Vendredi poésie #5

 Cinquième volet de nos "vendredi poésie" avec une partie de pêche sur les bords de l'enfance (Christophe Esnault), la poésie amoureuse et architecturée de Typhaine Garnier, et le recueil "Promenade et guerre" du regretté Cédric Demangeot. Je ne connais rien à la pêche mais ça ne m'a pas empêché d'aimer la poésie de Christophe Esnault. D'abord pour son flow de mots et ses flots de jeux de mots en son, ou tout simplement ces morceaux d'enfance bercés par la joie du souvenir qui est avant tout une façon de ressentir une émotion au bord de l'eau, auprès des carpes et des gros "lolos". J'ai été hameçonné par cette poésie frontale, simple et accessible, qui embrasse le courant d'un cours d'eau, rapide ou tranquille, pour se rappeler qui on a été. Rien d'ennuyeux au milieu des silures et des poissons, juste l'itinéraire d'un gars passionné qui, au jeu des miroirs déformés et déformants, tente de refaire surface av

Vendredi poésie #6 : Alexis Bardini, Hannah Sullivan, Michaël Trahan

Une épiphanie , Alexis Bardini, Gallimard, avril 2021, 93 p., 12€ À lire ces poèmes en dehors du contexte du recueil, j'ai d'abord cru à un soupçon de naïveté, dans un rythme doux et langoureux, à l'évocation de ces cailloux, fleurs, arbres, rosées, pétales et autres orages. D'habitude, j'ai le sang chaud et ce n'est pas trop mon trip la nature. Puis j'ai lu et relu ces vers libres qui parlent de corps amoureux et de sensations échappées sur les bords d'un fleuve, sur une plage de regrets, dans le ciel qui s'ouvre, pour tordre le bras à mes impressions pressées. Et j'y ai découvert une intimité effleurée, caressée par les mots et la répétition des sons chuchotés, d'une extrême rigueur, d'une parfaite douceur, toujours en retenue, sur un fil entre une émotion à exprimer et sa pudeur à bien le faire. Ou son impuissance même. On le sent, chaque vers est sculpté dans le cristal, suspendu à la fragilité du monde, à son rythme lent, à son carac

Indésirable, Erwan Larher (Quidam)

 Sacrée tranche de vie à Saint-Airy, où l'on rit et s'interroge dans le même élan avant le carambolage final. L'histoire de Sam Zwastika, euh non Zabriski pardon, qui débarque du jour au lendemain dans un patelin de la France profonde pour racheter les murs, polir les pierres, restaurer ce qui doit l'être. Qui affronte la horde de vieux réacs du conseil municipal, les habitudes d'une belle endormie. Qui est-il, où va-t-elle ? Est-iel bien humain ? C'est que Sam est neutre, ni homme ni femme, être insaisissable au passé flou, iel suscite les quolibets, les moqueries, reçoit les injures, fait l'objet de rejets. Il s'en tape le coquillard, Sam en a vu d'autres, il n'a pas de sentiments, se méfie des humains, va habiter la maison d'un disparu et, apparemment, iel est en mission. Mais on n'en saura guère plus sur ses intentions, son rapport au mystique qui s'incarne dans des apparitions, des briques qui parlent... Et puis, pas de soucis, i

Le Roman de Jim, Pierric Bailly (P.O.L)

 Toujours un  grand plaisir de retrouver les livres de Pierric Bailly, auteur que L'Espadon suit depuis Polichinelle en 2008. On était resté sur le tonitruant Les Enfants des autres , histoire de couple, de famille et de père aussi, déjà. Le Roman de Jim chasse sur les mêmes terres jurassiennes, près de Saint-Claude et des lacets de Septmoncel avant une petite échappée du côté des Lyonnais et Lyonnaises. L'histoire d'un père par procuration de 25 ans, Aymeric, qui rencontre une femme de 40 ans enceinte mais célibataire, Florence. Passé par la case prison et un peu loser sur les bords, trop gentil et faible, Aymeric va s'attacher au petit Jim et donné un nouvel élan à une existence un peu morne faite d'intérim, de CDD, de petits boulots et de balades au crêt de Chalam... Allez, Pierric Bailly n'est peut-être pas le plus grand styliste (encore que, ça se discute, écriture sur un fil entre apparence de grande banalité et précision d'orfèvre, la prose suit la

Projet El Pocero, Anthony Poiraudeau (Inculte)

 Mirage urbain tel un spectre du capitalisme, fantôme de pierres et de briques pour perspectives infinies au milieu du désert, à proximité d'une décharge de pneus. El Quiñon est bien un songe, littéralement une ville-fantôme peuplée de vide et d'utopies, déclinée en grappes d'édifices neufs et de blocs de Lego alignés, parcelles inachevées et amas d'immeubles. Anthony Poiraudeau, après avoir rappelé en quelques pages bien troussées l'origine de la crise immobilière au début des années 2000 en Espagne au regard de la crise économique plus large, se promène dans les rues d'une étrange endormie, objet de curiosité, étendue minérale du capitalisme sauvage. Pour dire les choses simplement, la ville située à 35 km au sud de Madrid aurait dû accueillir 40 000 habitants. Mais voilà, la bulle a éclaté, la spéculation s'est heurté au principe de réalité et seulement 3000 résidents, à l'époque de la rédaction du livre, finissent par loger dans ce vaisseau digne d&#

Un voisin trop discret, Iain Levison (trad. par Fanchita Gonzalez Battle, Liana Levi)

 L'Amérique fabrique ses héros de guerre en Irak, en Afghanistan et même au Vietnam à une époque. Bon, quand on gratte un peu le vernis, ces héros sont en fait des poivreaux, de piteux époux, des gays qui ne s'assument pas ou des repris de justice. L'Amérique de Iain Levison, c'est celle du petit épicier de quartier jovial mais hanté par ses faits de guerre, celle des médecins pas très compétents mais sympathiques, celle des immigrés qui tant bien que mal tentent de se faire une place au pays de l'Oncle Sam, de ses dollars et de son patriotisme spectaculaire. On croise ainsi un sniper de plus en plus bordeline au gré des missions, sa compagne Corina qui pense que c'est un gros con ou un sale type, Kyle Boggs l'ambitieux, à tel point qu'il se marie avec son amie de lycée pour préserver les apparences, ou encore le mystérieux Jim, un voisin trop discret, chauffeur Uber à ses heures perdues, insociable mais amoureux des liasses de billets verts. Et vous vou

Doucement (!), Katia Bouchoueva (publie.net)

 La poésie sur L'Espadon n'est plus réservée au vendredi et déborde désormais sur les autres jours de la semaine. Doucement (!),  recueil signé Katia Bouchoueva, nous promène dans une géographie vécue multipliant les rencontres, les sites, les voix et les perspectives, avec un goût pour le déracinement en douceur, à l'affût des indices d'un quotidien français digne d'observations ou de descriptions. Des curiosités bucoliques, historiques pour offensive poétique délicate. On y croise Marion, l'Ardèche, Grenoble, un vieil homme, madame Morin maudite par l'amour d'un con, des gens, des paysages, des animaux, des voyages, des châtaignes et des étudiants de Montpellier... La douceur des mots s'infiltre dans des scènes quotidiennes où l'auteur s'interroge et s'étonne des attractions (le Mont Blanc et la Tour Eiffel qui tiennent debout), des attirances entre les corps, les idées, les lieux, la poésie pour les croiser et les filtrer au son des mo

La Séparation, Sophia de Séguin (Le Tripode)

     L'amour en ses haines et passions déchirées, ses futilités, ses élans désormais impossibles, ses absences comme des gouffres, dit et écrit par une femme à l'âme écartelée. Dans La Séparation , Sophia de Séguin raconte l'après vie à deux, ou l'illusion du sentiment et ce qu'il dit finalement de nous-mêmes, de nos manques et de nos peurs fascinées. Reproches, insuffisances, tromperies, les maux du couple sont légion mais n'épuisent pas, jamais, ses mystères. La Séparation pour dire la rupture avec soi et l'absence de l'être aimé, haï, désiré, rejeté.     Impossible de décrocher, comme un vrai camé, de ces saillies maximes sur le mal-être d'être quitté. Comme un drogué jamais sevré, le manque obsède, la fille ressasse en réactivant ses souvenirs à l'aune d'une souffrance sans limite. Sentiment de sidération, sensation fatale du manque mais refus de l'apathie par l'écriture, une écriture qui opère par saccades comme pour