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Ceux que je suis, Olivier Dorchamps (Finitude)

 Ceux que je suis évoque les douleurs de l'exil et du déracinement, l'identité de ceux qui croyaient en avoir une et se découvrent apatrides, la quête trouble des origines. Chez eux partout, nulle part chez eux. L'immigration et son histoire au prisme du deuil, la mélancolie de ce que l'on ne sera plus jamais, c'est l'horizon tout en retenu déployé par Olivier Dorchamps pour son premier roman. Réussi dans sa façon de se tenir loin de tous les poncifs et clichés du genre. Une entreprise ô combien délicate.


  Les premières pages, naïves, inquiètent. Le roman évoque un prof' d'Histoire-Géographie, Marwan, Français d'origine marocaine qui a brillamment réussi l'agrégation et vient de se faire larguer par sa copine un brin bobo, Capucine. Un père qui décède sans prévenir en France et veut se faire enterrer au Maroc, son pays. Le roman bifurque alors rapidement sur les territoires de l'identité, dans cet espace d'entre-d'eux où l'on n'est jamais vraiment ce que l'on croit être. Sujet qui me semble impossible, ou pour le moins très compliqué à "traiter" de manière générale. Sauf qu'Olivier Dorchamps ne traite pas le thème mais le déroule avec une aisance déconcertante comme si lui avait vécu tous les doutes et douleurs de ses personnages. On est dans la peau de ce Marwan qui découvre un monde et se révèle à lui-même. Evidemment, il est perdu et va devoir, au fil des conversations et des non-dits enfin exprimés, démêler les noeuds. Ça ressemble à un gribouillage d'enfant de 3 ans au départ. Comprenez les histoires de famille, toutes les histoires de famille naissent dans le brouillard. Il faut souvent du courage sitôt que l'on tente de s'y engouffrer. Prendre le risque de la vérité. Une question d'identité et de mort. Toutes les interrogations de ce livre sonnent justes, livrant l'image d'un Maroc lointain bercé par l'archaïsme de certaines pratiques. Point de vue condescendant d'occidental car le livre multiplie les miroirs et les projections, autant positifs que négatifs, nuance sa galerie de personnages pour mieux en pointer les limites et les failles. Si la candeur traverse le livre, c'est aussi pour dire que, derrière la carte postale, les destins sont parfois aussi  sombres que vertigineux.
Si tu es fils de Marocain, tu es marocain m'avait ricané au nez le douanier en me tendant mon passeport français. Je suis né en France. Je n'ai jamais vécu au Maroc. Je ne me sens pas marocain. Et pourtant, où que je sois, en France ou au Maroc, je n'ai pas le choix de ma propre identité. Je ne suis jamais ce que je suis, je suis ce que les autres décident que je sois.
    Belle histoire en creux de l'amour que porte un fils à son père et bel éloge de la transmission. Étonnant portrait d'un Maroc que je suis heureux de découvrir autrement qu'à travers les manuels d'histoire. Car, après tout, si l'on vieillit (on l'oublie souvent), c'est aussi pour léguer et hériter, se faire passeur d'une identité qu'on ne devrait jamais pouvoir confisquer. Je serais curieux d'avoir le ressenti d'un Marocain sur ce livre. Voir si la réalité dépeinte fait écho d'une manière ou d'une autre à des parcours de vie tant les scènes décrites me paraissent réalistes, d'une juste sensibilité. Avec une étonnante capacité à s'interroger sur ce qui nous construit et nous défait avec une prose qui confine au dépouillement.
        Si le livre fonctionne, sans pour autant changer la face du monde, c'est qu'il propose une histoire complexe avec des mots simples et pudiques, comme le portrait d'une bienveillante humanité.  D'une tendre fraternité. D'habitude, ces mots m'horripilent tant ils sont dévoyés. Mais là, ils collent à merveille au propos. On ne s'en plaindra pas. Un livre d'une sobriété bienvenue.
                                                                                                                                     
Ceux que je suis, Olivier Dorchamps, Finitude, août 2019, 256 pp., 18,50€

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