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Le Mauvais génie (une vie de Matti Nykänen), d'Alain Freudiger, (La Baconnière)

   Un vol terrestre pour foutre toute une vie en l'air. Matti Nykänen, légendaire sauteur à skis finlandais, voulait s'envoler dans les étoiles, il a fini par se volatiliser. L'alcool, les femmes, le sexe, les titres et les médailles. Que vous reste-t-il sur terre après avoir passé une vie en l'air ? Après l'ivresse consumée, la retraite sans saveur. Mais il faut maintenir un train de vie à chanter une affreuse variété qui fait honte à toute une profession et vendre des disques sur le seul nom de Matti, mythe déchu d'un tremplin qui a fait plouf. Entre strip-tease et gardes à vue, l'idole est devenue une mascotte, un criminel, est devenue l'idiot national.



    Ce court livre d'Alain Freudiger, s'appuyant sur des archives, des connaissances personnelles et une vision intime du personnage décédé en février 2019, alterne dialogues imaginaires, tranches de vie, descriptions de technique et de concours pour tenter de cerner le malin génie qui nous fera dévier du droit chemin derrière l'image officielle d'une légende. Mais oui, cet inconnu fut bien une légende au pays du hockey et du froid. Sympathique et pathétique, Matti a léché le ciel en étant au sommet. Mais plus dure fut la chute sur le tarmac effondré de ses rêves.
C'est le début de la fin pour Nykänen. Il est 9e au classement général de la coupe du monde en 1989, 19e en 1990. Sa dernière victoire a lieu le 1er janvier 1989 à Garmisch-Partenkirchen. Et puis il abandonne la compétition. La place est libre pour de nouveaux vainqueurs, Jan Boklöv qui installe définitivement son style en V (...). Et d'autres Finlandais vont prendre sa succession et remporter des succès : Nikkola d'abord, puis Toni Nieminen, Janne Ahonen. Nykänen, lui, doit construire une vie normale après avoir été au sommet, c'est difficile et il a peur. C'est un gars qui ne sait pas être tout seul. Il enchaîne alors avec sa vie de rock star et de poivrot médiatique doublement divorcé.
 Une histoire de démon intérieur et de fantômes qui hantent, sans pathos et sans psychologie de bazar,    une vie passée entre les airs et les enfers, entre les nuages et les bas-fonds glauques, sur une crête entre la gloire et l'oubli. La faute au succès ou à une nature indomptable ? Pourquoi Matti tape ses femmes, pourquoi sombre-t-il dans l'alcool, pourquoi se volatise-t-il ? Alain Freudiger ne tranche pas,  ne ménage jamais, ni l'homme ni le pays, un brin railleur, tout à sa joie de décrire la technique pleine de grâce d'un sport méconnu. Derrière ce portrait, c'est aussi l'amour plein de tendresse pour un pays austère et secret qui se dessine, et le portrait cocasse d'une époque, la guerre froide, au miroir du sport, dans une veine moins caricaturale que Rocky. 
D'une lecture plaisante et touchante, soutenu par une prose fluide, un livre pour prolonger l'extase et faire durer le vol sans se brûler les ailes. Près de Matti, une bière de Lapin Kulta à sa mémoire !
                                                                                                                                     
Le Mauvais génie (une vie de Matti Nykänen), Alain Freudiger, La Baconnière, mars 2020, 130 p., 14€.

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