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Le désespoir, avec modération (Le Cactus Inébranlable)

 Je découvre un auteur et un éditeur dans le même élan : Paul Lambda et le Cactus Inébranlable. Un bon bouquet bien touffu, pas ordinaire, qui pique un peu beaucoup. Avant d'y aller mollo sur la win avec Christophe Esnault et Lionel Fondeville, une petite pause poétique avec Paul Lambda et ses aphorismes jaillis d'un délicieux pot aux mots. Avec lui, le désespoir est doux et drôle, 65000 signes de poésie espaces compris où les mots finissent par se jouer de nous...


Si ta vie est triste et morne, le désespoir te redonnera un coup de fouet. Adieu solitude et ennui, des bouffées d'amour vont te submerger au coin d'une table, entrecoupées de quelques vertiges galactiques et de silences qui en disent long sur le bruit ambiant. Quelle posologie ? Tout le temps et jamais, quand tu veux, quoi. Aux toilettes ou avant de dormir, entre deux couches ou avant la partie de squash, n'oublie pas de bien caler ton exemplaire dans une poche de pantalon ou de short. Mais pas trop au risque de perdre ton jeu de jambes ou ton jeu de mains, bande de vilains. Quelle composition ? "Chaque note contient de l'humour, de la poésie, du second degré, des micro-histoires, des paysages, de la métaphysique et des poils de taupe dans une proportion variable". J'ajouterais des délires quantiques, des questions sans réponses, des poèmes déchirés, des voies sans issue, des virtualités, des détachements mélancoliques, des angoisses apaisées, des bons mots, de drôles de mots, des ratés, des quiproquos, des qu'on ne comprend pas, des fulgurances pataphysiques, des attachements laconiques, des punchline au ponch, des slogans fédérateurs, des animaux mortels, des randonnées sémantiques, des adages du futur et du passé, des aphorismes en quête de krill...

Les solitudes, il y en a tellement, c'est comme les astéroïdes ou les galaxies, elles se percutent parfois et cela donne de jolies et terribles choses, toi et moi par exemple.

Des soutras, des axiomes sans axe, des formules dépensées, des petits et lâches renoncements, des proverbes détournés, des paroles silencieuses, de la neige, beaucoup de neige, et du blanc, du silence. Des apophtegmes avec du flegme et de la flamme, un trait d'esprit, une chanson qui s'envole, un poème qui ne s'écrit pas, de l'humour pas propre et de l'Otto dérision, de l'émotion à fleur de rivière : "Mais la tristesse, c'est de l'eau dans tous ses états"; de l'humour cocasse et cocu, absurde et mortel : "Qu'est-ce que tu fais ? Je rejoins mon destin mais je fais un petit détour, je ne suis pas pressé." ; "Godot était une femme, voilà pourquoi." ; "Découvrant le poème qu'elle avait inspiré, la muse se suicida"...

On aime passionnément ces sentences souvent émouvantes qui rendent le monde plus léger, plus drôle, dans une jolie mélancolie du détachement. On s'attendrit de cet univers absurde, pas dupe de l'absence de direction, de sens. C'est bien aux mots d'habiller le monde pour en faire jaillir toute l'étrangeté, l'étonnante beauté. Bien joué Paul Alpha !

                                                                                                                                                                   

Le désespoir, avec modération, Paul Lambda, Cactus inébranlable éditions, octobre 2021, 10€, 80 pages.

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