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Articles

Richard Powers : Générosité

Richard Powers : le bonheur est-il génétique? L'Espadon vient d'achever la lecture d'un grand roman, orchestré de main de maître par l'indispensable Richard Powers, une des grandes plumes de la littérature américaine. Le pitch de Générosité est simple : Thassa Amzwar, jeune Algérienne dont la famille a été massacrée au cours d'émeutes en Kabylie, vient à Chicago pour suivre des études. Malgré toutes les horreurs vécues, Thassa incarne à elle seule le bonheur de vivre, et ce, en tout lieu. Son professeur, Russel Stone, et Candace Weld, psychologue de l'université, tombent littéralement sous le charme. Puis les médias et la police vont s'en mêler, histoire de comprendre l'origine de ce bonheur insolent...Car son bonheur est contagieux mais aussi trop subversif pour être réel. Il y a là un mystère à élucider, une clé à trouver et un message à comprendre. Euphorique, sereine, joyeuse, jamais triste, Thassa est plus qu'un individu, c'est une ques...

Match aller, ou l'enfer de la République; Julien Capron

Match aller est avant tout un roman français d'une grande ambition formelle, détournant tous les codes habituels du polar et du roman, pour livrer au final une épopée magistrale en forme de match de rugby âpre, qui exige du lecteur abnégation et patience. Difficile de ne pas sortir complètement sonné de ce roman, comme si le lecteur s'était pris un plaquage cathédrale pleine face par Chabal.  Dans une République imaginaire, 14 équipes de rugby se livrent une lutte sans merci : au sommet deux superpuissances, les semeurs de Garamène toujours vainqueurs mais jamais séduisants dans le jeu, le Lyon du rugby en fait, et la mythique Volmeneur, éternel poulidor du championnat. Problème : un corps carbonisé est retrouvé dans les vestiaires de l'équipe de Volmeneur. L'enquêteur Fénimore Garamande, fraîchement débarqué de sa province, est chargé de mener l'enquête. Intello cultivé souvent haut perché, fan de films, de théâtre et de littérature, Garamande est aussi paumé en a...

Fête ou farce du siècle?

Niccolo Ammaniti: La Fête du siècle? Et voici le retour de l'auteur italien Niccolo Ammaniti, déjà remarqué pour son roman Comme Dieu le veut, chronique sociale sur des prolos un peu nazis alcoolo mais toujours attachants. Délaissant le monde ouvrier et sa misère, Ammaniti s'attaque dans La Fête du siècle à la upper-class bling-bling, ivre de soirées VIP clinquantes, n'hésitant pas à se vautrer dans  le luxe exubérant. On suit donc deux histoires en parallèle : celle, pathétique, d'un écrivain à succès en panne d'inspiration et celle d'un gourou de secte satanique (la secte, sur le point d'être dissoute, compte quatre personnes), prisonnier d'une femme, d'une famille et d'un travail qu'il n'a pas choisi, prolo la journée, chef un peu gauche le soir. Son problème : il n'a jamais su dire NON! A qui que ce soit, sauf à Satan, le seul à l'avoir compris! Et les destins de ces deux paumés vont se rejoindre au cœur de Rome l'é...

Wonderful, mister Clowes!

Marshall, quinquagénaire un brin désabusé, attend son rendez-vous dans un diner. Mais la demoiselle se fait attendre. Entre désenchantement et espoir d’une renaissance, une romance de milieu de vie bouleversante, signée Daniel Clowes. L’histoire : Les cheveux sont comme les illusions, on les perd parfois en vieillissant. Marshall, quinqua grisonnant doté d’un physique banal, blasé et déprimé, est ce que l’on appelle un homme en milieu de vie. Célibataire divorcé esclave de ses obsessions, avec en prime un niveau de vie très modeste, Marshall vit une véritable crise dans son suburb ordinaire des Etats-Unis. Heureusement, deux de ses amis lui ont arrangé un rendez-vous galant avec Nathalie, une de leurs connaissances communes. Sonnant comme sa dernière chance, l’homme y voit là un coup de pouce de destin, une chance à saisir. Le jour J est donc arrivé et Marshall, à la fois impatient et impuissant, voit les minutes s’égrener : la demoiselle est en retard. Plus le temps passe, p...

Artères souterraines, Warren Ellis

Warren Ellis, célèbre scénariste de bande dessinée, a pris la décision de tâter de nouveaux terrains de jeu. Après la perle que fut Transmetroplitan , brûlot acide et jubilatoire d'une Amérique corrompue, Ellis s'attaque au  roman avec l'ambition de faire aussi bien. Presque une gageure! Au menu des festivités, un pitch simple d'abord : il s'agit pour le pâteux et lénifiant détective Mike de retrouver un document susceptible de modifier le destin des Etats-Unis, en l'occurrence la deuxième Constitution qui a été égarée. Le commanditaire : la Maison-Blanche, mission payée 500 000 euros net. Réveillé de sa torpeur mais poursuivi par la poisse, c'est le moment ou jamais de changer de vie à peu de frais. Mike accepte, et entame alors un road-trip à travers les States, rencontrant des marginaux en compagnie d'une marginale, sa future copine. N'hésitant pas à s'acoquiner avec le sordide et le comique, Ellis enchaine les scènes loufoques à...

Stanley Elkin, Un sale type

Un sale type, vraiment? A l'issue de la lecture d' Un Sale Type , il faut bien le dire, quasi hypnotique, deux références majeurs de la littérature contemporaine viennent à l'esprit : Kafka et Beckett, maitres de la narration métaphysique empreinte d'absurdité. Imprégné de leur prose, Stanley Elkin y ajoute sa singularité en tentant de maximiser l'ambiguïté de son anti-héros : Feldman, patron enrichi de grand magasin, est manipulateur, égoïste et même parfois violent. Page 300 : "je crois dans la diversion, le stratagème, la manœuvre et la conspiration. Je crois dans l'espionnage, le coup d'Etat, l'assassinat, la révolte de palais et dans les révolutions à moindres frais". Voilà la nature même de la psyché feldmanienne. Et en même temps, ce serait trop réducteur. Car on perçoit néanmoins chez Feldman une humanité enfouie dans les limbes d'un passé volé. L'histoire est simple : Feldman vient d'être arrêté en raison d'un bug info...

Imperial bedrooms: suite de luxe

Retour sur le devant de la scène d'un monument de la littérature américaine, Bret Easton Ellis. Souvenez-vous d' American Psycho, plongée cauchemardesque dans le quotidien d'un serial-killer, au cœur du New-York des yuppies: un grand coup littéraire, jubilatoire pour bon nombre de lecteurs. 20 ans plus tard, BEE délaisse  NY et la côte Est des "golden boy" pour rejoindre la côte Ouest des bimbos siliconées, avides de gloire malgré leur médiocrité et leur absence de talent. A noter que Suite impériale est en fait le roman qui suit Moins que zéro . L'histoire est simple: Clay, scénariste de talent habitant NY et plébiscité par Hollywood, revient à Los Angeles pour organiser le casting de son prochain film. Il y croise d'anciennes connaissances, notamment Blair, son ex-petite amie. Mais organiser un casting, c'est surtout le moyen pour Clay de s'offrir des filles à peu de frais en leur faisant miroiter la gloire. Il tombe donc sur Ray Turner, une act...