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Au pays de la fille électrique (Marc Graciano, Corti, 2016) et Dans la forêt du hameau de Hardt (G. Le Floch, L'Ogre, 2019)

On revient avec deux notes de lectures par Julien H., deux livres majeurs pour fouiller les âmes entre magie et folie, obsession et violence.

Cruauté abjecte du décrit, splendeur de la langue. On dirait Irréversible (Gaspard Noé) dans une version plus subtile, grave, élégante et aérienne. On entre par la destruction d'un corps, dans quelque chose d'immensément physique et dur, comme une torture, pour continuer sur le chemin d'une onde comme une grande caresse que rien ne peut arrêter. La phrase, longue comme une grande respiration, douce comme un voyage, ne peut être lâchée  comme une montée au ciel qu'on ne peut décliner. Et comment l'on se relève du plus terrible des viols pour vivre dans la pureté et l'ascèse des jours qui s'ensuivent. Assez magique. 




Le livre de L'Espadon en 2019, avec l'interview de Grégory Le Floch et les débuts prometteurs d'un écrivain à la plume entêtante, sidérante.

Un long monologue comme une litanie, entrecoupée de respirations et d'étouffements, de mots projetés et de phrases construites, le tout rapporté par le narrateur, un récit à la Thomas Mann, "l'écrivain suprême", fait de conflits grammaticaux entre le "je" et le "il" (plutôt à la Thomas Bernhard d'ailleurs) : "J'ai dit, dit-il, que cette scène de repas familial était parfaite (...)", "Tout est à jeter, lui dis-je, dit-il, alors que je prononçais mes premiers mots depuis que j'étais arrivé chez Richter (...)". Christophe écrit en effet sur Thomas Mann, un projet qui ne finira jamais comme tout bon projet existentiel. Il écrit surtout pour oublier, dans cette forêt du hameau de Hardt, une étrange et mystérieuse sortie de route, survenue en Calabre avec son ami Anthony, mort depuis. Au fil d'un travail de maïeutique compliquée, qui met en conflit le vivre et le dire, l'écrire et l'oubli, un dévoilement par bribes perce au fur et à mesure que Christophe remet des repères dans sa vie et retrouve la sérénité qui le fuit depuis l'événement. Le récit avance, comme un accouchement psychiatrique, comme une randonnée sans but où l'on croiserait quand même de temps en temps des cairns qui nous réorientent, avec des percées de soleil dans l'obscurité des branchages, comme un aboutissement possible. Une belle litanie comme un chant odysséen, quasiment un thriller halluciné, où le héros serait dans un délire sous psychotropes entre phases de rémission et lucidité extrême.

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