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À tous les airs, Stéphane Vanderhaeghe (Quidam)

 L'auteur m'avait pourtant mis en garde : "Attention, il va vous falloir du courage pour comprendre mes petites dames. Elles sont coriaces et elles ont donné du fil à retordre à pas mal de monde !" Alors, vous pensez bien, je me suis jeté dans la gueule du cimetière et ses histoires de silence par milliers. Pour voir ce que les morts — étonnamment vivants mais fuyants — avaient à me susurrer. Le bruit du monde, la rumeur des vies sur un petit air de musette, la ritournelle de nos errances à pas feutrés de par le monde, à travers les pas d'une vieille dame qui déambule dans les couloirs du cimetière. Bon, en fait, cette petite vieille dame est attachante. Elle m'a rappelé cette autre vieille dame de mon quartier qui, pendant deux ans, sortait en pantoufles et chemise de nuit dans la rue trempée, pour raconter ses histoires hirsutes, allant même jusqu'à sonner chez moi pour terrifier toute la maison avec ses cheveux de nuage. "La folle du quartier"... Lointain écho du cimetière situé juste en face, sur le coteau, jonché de tombes qui avaient la curieuse envie de parler, d'exprimer des choses longtemps enfouies.

Bientôt, ailleurs, quelques minutes encore, une mélodie, une ritournelle ; charriant derrière elle l'ordinaire d'une journée semblable à toutes les autres, esquisse d'une suite qui, déjà, c'est couru, d'avance est connue.

Cette petite vieille, dont on ne sait au juste qui elle est, a plein de choses à raconter. Elle pourrait ne pas exister et pourrait tout aussi bien être huit — comme une vieille dame démultipliée par ses histoires. C'est la réplique des Bronzés : "Alors, tu seras combien ?" Oui, une vieille dame un peu schizo (ou parfaitement lucide ahah), je vous l'accorde. Ce roman m'a aussi rappelé une fête des voisins organisée il y a cinq ans, face à un cimetière donc, par le gardien dudit cimetière et le proprio des pompes funèbres situées juste en face. Un combo magique, étonnant et pas si terne en réalité. La fête fut joyeuse et bon enfant. À l'instar de À tous les airs, un roman façon poupées russes (ou hongroises) qui se présente comme un exercice de style et une réflexion jubilatoire sur la littérature, son matériau, ses faux-semblants, ses trappes et sas, ses pièges et fulgurances, ses illusions, ses allées dévoyées et ses marges qu'on voudrait replacer au centre de l'attention. Un univers de chimères, de canulars et racontars.

Un petit manège qui, jamais, ne ménage le lecteur. Oui, À tous les airs est un roman cérébral et joueur, diablement attachant pour peu que l'on partage une même proximité littéraire faite de dérision et d'attention aux mots. Ou plutôt à la musique des mots car ce livre est brodé main, chaque phrase est pensée pour être chantée par des épigraphes et réfléchie sur de multiples tombes. C'est un à roman à clés (en plastique) et à tiroirs (plus ou moins profonds, plus ou moins nombreux, plus ou moins obscurs), une tragi-comédie au goût de fuite, un polar pignouf, un thriller angoissant, un jour sans fin au pays des fantômes, un théâtre d'ombres vivantes où la star pourrait bien être un catalogue de VPC (ou un bottin), allez savoir. Ou un jeu de piste à l'ironie jamais démentie, un dédale létal comme d'infinis pétales (voir la couverture), une ritournelle en dentelle, de flanelle et de voyelle. Et si le personnage central n'est pas une petite annonce, alors c'est la fiction et ses rejetons de papier prêts à vous narguer, ou plutôt tromper votre vigilance d'inspecteur des lettres. Car le lecteur, ici, tente parfois de débusquer les circonvolutions, les conjectures et autres ratures, de donner épaisseur à ces "vivants sans entrailles" (Paul Valéry). Il est malin ce narrateur espiègle avec ses listes de prénoms féminins, de noms de famille anonymes qui n'existent jamais que dans notre tête. Petite musique entêtante, rraaaahhhh... Un geste, un comportement, un indice ? Il se pourrait donc que si elle ? Mais non, ça ne peut pas être cela, me direz-vous ? 

On a beau être une chimère, si vous voyez ce que je veux dire, on n'en demeure toujours pas moins la chimère de...! Parce que vous, si tout n'était qu'un rêve ou qu'une lubie, admettons, vous, au moins, vous à l'intérieur de ce rêve vous étiez pour moi qui vagabondais aussi, vous vous étiez bien réelle, vous savez ?

Échafaudez tant qu'il vous plaira, autour d'Olga et Solange, l'(en)quête semble infinie car le texte n'a pas vocation à tout dire mais à multiplier les zones d'ombre, à dessiner les paysages intérieurs et extérieurs au filtre des points de vue comme un livre ouvert à tous les vents, à toutes les tendances du moment. Oubliez vos habitudes, votre quête de sens et sentiments, l'absolu roman-romantique, une intrigue ou pire (!) une énigme à résoudre avec une vérité, toujours triste et décevante. À tous les airs incarne les possibilités du récit, de tout récit, comme Italo Calvino dans Si par une nuit d'hiver un voyageur, la folie des grandeurs. Le livre comme les mémoires de notre temps, réceptacle de toutes les hypothèses et de toutes les histoires qui dorment au cimetière dans la conscience de leurs figurants qui font désormais pâle figure. Mais un cimetière bien vivant, la somme des illusions, incarnations et représentations. Une façon aussi de parler de la mort et de rire de son absurdité avant d'envisager sa propre absurdité à vouloir "faire littérature". L'interrogation sur l'impossible — puisqu'il est question des possibles — chef-d'oeuvre (p, 56 :"la litiérature, ni plus ni moins qu'un vaste cimetière où croupissent les dépouilles de quelques rares joyaux littéraires rongés par d'abjects nécrophages (...)"). Il ne faut donc pas oublier le coeur du projet, son ironie maléfique, comme une joyeuse mise en pièce de l'absence, du rien et du vide mêlés, des codes aussi pour inventer une autre forme, celle du fragment et des allées aux échos diffractés. Goûter le pur plaisir de la flânerie avant d'être vous-même le jouet d'un étrange promeneur. Entrez "dans le rêve interminable d'un énergumène en quête d'un peu de distraction, si vous voyez ce que je veux dire".... Jeu de masques, jeu de dupes avec son climax, son hapax, son rôdeur à la justice toute poétique, capable d'élucubrations aussi insensées qu'interminables. Un livre pour dénicher les preuves de nos existences si tant est qu'on puisse les trouver un jour, les indices toujours absents quand ils sont là car on ne les voit pas. Trop près, trop affairés à chercher ce que l'on ne peut pas trouver. Porté par son écriture vive, joyeuse, pleine de dérision et d'inventivité. On réfléchit mais on rit beaucoup aussi. Son premier livre, Charøgnards, avait laissé entrevoir le projet (s'il existe ?) du dude Stéphane Vanderhaeghe. Avec À tous les airs, j'en comprends mieux la direction, celle d'un gars habité (et hanté?) par ses lectures, foncièrement amoureux des phrases (à la folie) et qui n'a pas fini d'épuiser ses possibilités, bien sûr infinies. Une ironie pour mettre à distance la possible folie de nos chimères de papier.

Car elle en avait lu à ses heures perdues des romans bovaryens, trop sans doute,  et avait fini par y croire, elle aussi... Elle s'était fait avoir une première fois (...).

Livre puissant, formidable ballade tout en ironie et joyeusetés où l'on aime se faire "embobeliner", de celles qui vous obligent à être attentif. Splendide hommage à la belle littérature, au pouvoir de l'imaginaire et de la fiction par ses chemins détournés (et pamphlétaires parfois). C'est un tortillard têtu mené par un geôlier invisible. Délicieux même. Mais s'il vous plaît, Monsieur Vanderhaeghe, arrêtez de vous moquer de vos personnages et du lecteur, hein?! La littérature est une chose sérieuse, bon sang (il faut arrêter le sarcasme, on ne va pas vous prendre au sérieux sinon) ! Alors, qu'est-ce qui est radieux finalement ? Le Terminus ou le silence ? Il est 7 h 26.

                                                                                                                                                                 

À tous les airs, Stéphane Vanderhaeghe, Quidam, 2017, 206 p., 26€

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