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Kasso, Jacky Schwartzmann (Seuil)

 On a retrouvé Dostoïevski, sans blague, et il habite à Planoise, ce quartier chaud de Besançon, la ville des montres et des fortifications. Ainsi va la vie de Jacky Toudic, parfait sosie de Kassovitz et brillant redneck francs-comtois, qui prévoit une mégaproduction pour flouer quelques personnes fortunées. Oui, il prépare le kasse du siècle, un film à ressorts complotistes, La Haine 2 ! Son physique de star, c'est sa valeur ajoutée pour gruger, voler et amasser le million d'euros qui lui permettra de convoler sur une île déserte aux Caraïbes. Sa mère vit dans un Ehpad et perd la boule, elle prend Nagui pour son fils et Alzheimer pour petit ami. De son côté, Jacky croise d'anciens potos dont l'un travaille à la morgue et une splendide nana, Zoé, croisée elle sur Tinder, une avocate fiscaliste pas si gogo...

Mais une vraie heure inoccupée, face to face avec ses New Balance, c'est aussi long que les trois cents derniers mètres d'une piste bleue dans le domaine du Grand Sancy.

Quand Jacky Schwartzmann ne court part un marathon en Corée du Nord ou qu'il ne travaille pas dans une transnationale, il écrit des bouquins avec un style qui n'appartient qu'à lui. Pour narrer les tribulations bouffonnes de Jacky, un go-fast de bons mots, de punchline et de trash-talking à chaque page dans un joyeux délire verbal qui ne sacrifie pas l'intrigue d'un polar un chouïa bancal et des personnages touchants ou marrants. Des escrocs et des gogos, des meufs fatales et des potos branleurs, il y en a toujours un pour vous surprendre ou vous la faire à l'envers. Et deux trois armoires à glace venues de Moscou... L'humour a la couleur du noir, d'un café bien serré. Je ne sais pas où l'auteur trouve toutes ces idées, combien de temps il met à les formuler mais ça respire le naturel d'une conversation au bord du zinc et la jubilation à écrire pour faire rire. Ce Kasso est donc très drôle et très méchant, bien envoyé dans les dents du petit lecteur friand d'un polar sans prise de tête. A un moment, dans un accident de moto, on fait un featuring avec une barrière de sécurité, ailleurs Jacky, avec sa gueule en forme de quiproquo permanent, souhaite que sa mère meurt ("Maman n'est pas morte. Ce serait mieux pour tout le monde, à commencer par elle. Cela m'arrangerait aussi."). 

Combat de regards, Guy Müller, Elder, je-te-tiens-tu-me-tiens, barbichette mentale. Et, alors que Guy semble vouloir dire quelque chose comme, selon moi : Tu te fous de ma gueule connard, Elder développe : 

Il est parfois borderline le petit Jacky avec ses délires de petit raté. Mais ses anecdotes parlent de la vie, des bars et des galériens, d'un monde de petits commerces qui disparaissent, des mafieux égarés sur les rives du Doubs alors qu'ils ne rêvent que de Riviera. Un excellent  divertissement, bien rigolo comme il faut et même touchant quand la maman renaît au meilleur moment. Kassos ? Vite dit...

                                                                                                                                                               

Kasso va craquer, Jacky Schwartzmann, Épictète des banlieues, au Seuil de Planoise, mars 2021, 214 p. d'argent détourné, 18€ de spliff

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