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En mon faible intérieur, Alain Turgeon (La Fosse aux Ours)

 La Fosse aux Ours sait toujours nous trouver les textes qui font du bien. Avec ce roman d'Alain Turgeon sans suspense, sans intrigue mais truffé de bons mots, on suit les errances alcoolisées d'un narrateur privé d'ambition, d'avenir et de femme mais accro aux petites flasques. Le voilà dans sa tour d'ivoire, un centre de traitement pour junkies où il devise sur l'absurdité du monde, ses aveuglements langagiers et sa logique, qui est celle que veut bien lui prêter le narrateur, un alcoolique-non-mais-j'arrête-promis qui revoit ses ambitions à la baise...


Détournements d'expressions populaires, syntaxe qui défaille, mise en bouteille des lieux communs littéraires, ce roman sait promener sa logique toute personnelle, faite de glissements et de dérapages, pour souligner un tempérament bancal : le narrateur soliloque en ses errements de bucolique anonyme, façon Actors Studio, enchaînant les anecdotes comme on s'enfile les pintes de chouffe. Un chouya maladroit, notre gus débonnaire n'a pas toujours toute sa tête et se retrouve souvent à la fête des mots. Kafka ça fait penser au café et lui est un peu bâtard. Mais attention pas l'insulte, un vrai bâtard à l'origine un peu floue. L'occasion d'échafauder quelques froides hypothèses et de retrouver un amour qu'il n'a jamais trouvé puisqu'il ne l'avait jamais perdu. Ce type, c'est le bon pote qui a juste un peu trop picolé et qui ne sait pas, qui ne sait plus s'arrêter. Il est souvent très drôle et parfois se perd dans ses vapeurs jusqu'à s'ennuyer lui-même. Ce livre, je l'ai donc picoré à maintes reprises avec un plaisir intact, comme un très bon vivant pour qui être à jeun relève de la folie.

À cette époque, c'est pas que ma situation est spécialement alarmante mais au niveau de la santé ça va pas super bien depuis environ quatre ans que je bois une bouteille de vodka par jour à peu près. J'ai déjà peut-être par moments été trop imbu mais là je suis juste trop bu. Des résolutions s'imposent.

Mais attention au foi des fois car la cirrhose littéraire a aussi ses effets marginaux, comme un quadra qui fonce sereinement dans le mûr. De l'ivresse, des descentes, des montées d'adrénalines et des déserts de sens pour un joli cocktail absurde et touchant, où tout est plus beau, plus attirant, plus joyeux. Vous ne verrez plus les écrivains de la même façon, ni même vos amis. À moins que ce ne soit vos habits...

                                                                                                                                                              

En mon faible intérieur, Alain Turgeon, La Fosse aux Ours, mars 2021, 222 p., 19€ 

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