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Oyana, Eric Plamondon (Quidam) ★★★☆☆

   Oyana est donc notre premier livre de l'auteur québécois Eric Plamondon. Son précédent, Taqawan, a rencontré un petit succès public et critique, relayé par des libraires tombés sous le charme de son écriture. C'est dans ce contexte qu'on attaquait cette histoire a priori pas faite pour nous. Une double trame en réalité, faite d'une histoire d'amour en rupture entre Oyana Etchebaster et Xavier, sur fond de terrorisme basque. L'intime et le politique. Ou est-ce l'inverse. Qu'importe, un livre lu d'une traite (enthousiaste) en une toute petite soirée.


Plusieurs récits se chevauchent ici : une histoire politique du pays basque en lien avec l'abandon de la lutte armée de l'ETA. Le 3 mai 2018, l'organisation annonçait sa dissolution. A laquelle se greffe la romance en rupture d'Oyana et Xavier, cette dernière rattrapée par les erreurs et traumatismes d'une lutte armée involontairement choisie. Mais attention, l'auteur évite toute documentation pesante pour lui préférer le simple regard d'une femme en proie aux non-dits et rongée par la culpabilité. Le réalisme basque vient ici des des différents niveaux de discours : lettres d'Oyana, Mémoires des négociants de Saint-Jean-de-Luz, rappels historiques (Sorgin, Ancêtres), articles de loi, déclaration finale d'ETA au peuple basque... Si la lutte est effleurée, c'est pour mieux nous faire sentir les conséquences et le poids de l'engagement, les déclinaisons mortifères de l'idéologie, l'héritage de la violence, les petits arrangements avec la réalité. Avec un suspense bien troussé, même si certains revirements ou focus — Oyana passant des regrets à la haine, le rôle de Xavier, lien avec le 11-septembre — paraissent trop gros pour être vraisemblables. Une tendance aussi par moment au récit carte-postale.

J'ai toujours su qui tu étais. Je le savais avant même notre première rencontre dans cet hôtel de Mexico. Je sais que tu as été partie prenante d'un attentat à Saint-Sébastien en mai 1995.

Mais derrière cette histoire de mensonges, de silences coupables et de faux-semblants, il faut apprécier la réflexion sur cette lutte des langues inscrite dans les convoitises de territoires. La langue comme outil politique, instrumentalisée aussi, qui en vient à incarner le combat. Oyana devient alors personnel et Eric Plamondon écrit autant pour Oyana que pour ces identités d'insoumis, du Québec au Pays basque, sans jamais verser dans la caricature.

Je viens de me relire depuis le début. L'envie me prend de tout brûler. C'est dur. Ça fait quatre jours que je t'évite en disant que je suis submergée de boulot. Si tu savais. Est-ce que je peux aller jusqu'au bout ?


Roman sur la perte, l'impossible retour et l'exil impossible, Oyana parle moins d'histoire et de sentiments peut-être que d'un rapport amoureux au territoire. Deux phrases sont ainsi marquantes : "une langue est un patois qui a gagné la guerre" et "le territoire est un langage". Et Oyana séduit alors davantage par sa portée politique et sa manière d'incarner une intimité d'appartenances.
                                                                                                                                    
Oyana, Eric Plamondon, Quidam, mars 2019, 152 pages, 16 €

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