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No zone, Bruno Gay (Léo Scheer) ★☆☆☆☆




     Les récits post-apocalyptiques sont à la mode. Alors pourquoi pas sur L'Espadon. Mais parfois, il est des récits qui, à tort ou à raison, se refusent à nous. C'est le cas de No Zone, un premier roman signé Bruno Gay, collectionneur d'art primitif.






      No Zone est d'abord un classique récit d'anticipation : une explosion radioactive vient d'irradier toutes les terres. Il ne reste plus rien. Ou presque. Une expédition de militaires et de scientifiques pénètre dans la zone interdite, où le  degré d'ionisation avoisine les 5000 sieverts. Ils y découvrent l'immensité calcinée. Et, la peur fixée au scaphandre de protection, ils avancent sous la menace et découvrent un biotope déformé, qui renaît toutefois. Les insectes, libellules et scarabées pullulent. Au loin, " des restes de civilisation amalgamés à la physique (...)" 




"Au centre ondoyant et tout à la fois vertical d'un temple de mystère dont le bandeau des colonnes circule à la vitesse d'un défilé de pages, néanmoins avec la lenteur saturée d'un ralenti - ma conscience devient multidirectionnelle, les instants se surajoutent selon les lois nouvelles de rémanences empilées - la forêt est une légende dont les phrases versifient ce poème que j'aimerais connaître par cœur... par cœur..."





         Entre les longues et arides spéculations du narrateur, quelques rencontres impromptues. Puis le grand déballage militaire. Peu d'action finalement, beaucoup de pensées : "Toutefois, cette tendance à théoriser est un tic dont je ne parviens pas à me départir (...) mon cerveau se perd toujours en commentaires" s'interroge le narrateur. C'est bien son problème et celui du lecteur qui, dans un même élan, achoppent sur l'absence du sens face au vide qu'est devenue l'humanité. Et cette écriture sèche, conceptuelle, cérébrale, trahit mal son impossible quête. C'est qu'il faudrait trouver un langage du néant pour dire le monde d'après, pour dire la peur, le tragique, le désespoir ou l'impuissance. Paradoxe insurmontable ? Tout juste peut-on se raccrocher à quelques images concrètes : un battement d'aile, le vent ou la pluie, le feu d'un campement, des paquetages...

Même le vide et l'immortalité ont besoin de concret pour exister et, face à cette terre consumée, ces individus désincarnés avancent aveugles, tendus vers leur (funeste ?) destinée, sans décor tangible à appréhender. Et "la nuit est un bourdonnement confus, aux cycles très larges, aux saturations si étendues qu'on peine à saisir leurs variations tant la périodicité de cette énorme usine dépasse les capacités de notre mémoire vive".


 Un livre qui nous laisse à quai, donc. Pas d'émotion esthétique. Moins par son sujet que son univers, un songe pétri dans l'abstraction, et son écriture, lassant babil théorique. Mais lisez une page (au hasard, la 70) vous saurez dans la seconde si le livre vous parle. Ou pas. 

                                                                                                                       


No Zone,  Bruno Gay, Éditions Léo Scheer, janvier 2019, 17 €






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