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Partiellement nuageux, Antoine Choplin (La Fosse aux Ours) ★★★☆☆


Il écrit des poèmes, elle danse. Il observe les étoiles, elle joue aux échecs avec son père. Il a perdu Paulina, elle ne parle plus à son père. L’histoire d’Ernesto et Ema, qui se sont croisés par hasard à l’occasion d’une visite au musée de la Mémoire à Santiago du Chili. Pas le même rang social. Mais ces deux écorchés, gauches et timides, se tournent autour ;  leurs paroles ressemblent à des murmures. Ils n’osent pas, par peur de l'échec, par peur de l'autre et du passé... 



     


      Partiellement nuageux, le roman d’Antoine Choplin, a une vertu : son humble discrétion. Son humanité aussi, où l’on perçoit l’élégance du retrait. La langue se tait et suggère, sans effluve, sans artifice. Cette écriture allusive, du silence, nourrit les sentiments naissants de deux personnes rattrapées par leurs fantômes, dans un univers semé de petites étrangetés : Ernesto est affublé d’un Crabe qui miaule, et de Walter, son télescope défaillant. Tourné vers le ciel, l’abstraction et les rêves, Ernesto est le bon camarade en terre Mapuche. Il lui faut trouver un sens à ce qui n'en a plus. Échapper au deuil, à la perte de l'être cher sans être rongé par l'angoisse de l'échec. Les souvenirs inhibent certes le présent mais sont aussi condition du changement.




"Je prononçais son prénom pour la première fois, c'était comme une petite audace".




     Vouloir trouver un sens, c’est observer les détails : une fossette qui se creuse, un chignon prêt à se défaire, un regard perdu, une fourchette qui tremble. La jolie bande-son, bardée de silences, se fait écho de la solitude et de la tristesse contenue, entre le chant de la houle, les chuit chuit bizarres du taurillon mésange et le fracas des vagues. Lointains échos des disparus ? Tout en retenue en tout cas.  A la manière d'un peintre, Antoine Choplin brosse par petites touches l'essence d'un être, l'enveloppe de son âme. Capte un ressenti et des sensations. Rien n’est dit, ou pas grand-chose, mais on comprend tout, la très grande force de ce récit sensitif. 



 
"Et vous Ernesto, quand vous  observez le ciel, ça ne vous emmène jamais à l'intérieur de vous ?



Car le passé ressurgit en creux, ombre pesante d'une Histoire cernée par l'oubli et la disparition. Tout juste une page sur la dictature de Pinochet, toile de fond d'une romance sur un fil. Les spectres se dissipent à la faveur de la relation qui s'esquisse. Il n’en faut guère plus pour comprendre ce qui se joue et se défait, se construit et nous échappe. La possibilité d'un embrasement. L’émotion est pudique pourtant, la modestie rejoint l’empathie en nous offrant le grand spectacle de l’intimité, passant d’un sourire discret à un rire léger et, finalement, à un ton joyeux. Un fragile essentiel, qui est une forme de beauté. Partiellement nuageux rend ainsi palpable le non-dit et, avec délicatesse, traduit la poésie de l’instant contemplatif, écho d’un état intérieur mouvant.


    Comme une mélopée intimiste, douce musique de deux âmes cabossées sur le chemin du renouveau. Des questionnements qui en appellent aux étoiles et aux étendues infinies, sans réponse immédiate. Des impressions tranquilles, des sentiments à fleur de peau, à laisser infuser. (3.5/5)

                                                                                                                       


Partiellement nuageux,  Antoine Choplin, La Fosse aux Ours, janvier 2019, 16 €

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