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Clair-obscur, Don Carpenter (Cambourakis) ★★★☆☆



   C'est l'histoire d'Irwin Semple, autrefois ado disgracieux et difforme, bouc-émissaire du charismatique Harold Hunt et de sa bande au lycée, qui a passé 18 ans de sa vie en hôpital psychiatrique. A 35 ans, il tente de se réinsérer, de trouver du boulot et de se faire des amis. Qu'a-t-il bien pu se passer entretemps ?



    Ados, Hunt, Rattner et les autres traînaient dans les cafés du coin, le Kitty Creamery, et la resserre au fond des bois. Des lieux où l'on ne fait pas grand-chose sinon s'ennuyer, exclure et consommer. Mais qui et quoi ? Clair-obscur est donc la touchante histoire d'Irwin Semple, un attardé incapable de communiquer. Il souffre en silence, s'exprime par borborygmes sans jamais réussir à nouer des liens forts. Seulement avec une femme qui, fascinée par sa laideur, le veut absolument dans son lit. Par besoin, pas par amour. Histoire d'une jeunesse perdue, volée, passée entre ennui et brimades. Echappe-t-on jamais à sa condition ? Clair-obscur est aussi semble-t-il un récit des frustrations accumulées, d'une rage incommunicable. Harold Hunt, beau gosse du lycée à qui rien ne résiste, se heurte pourtant à un écueil : Carole, sa splendide petite amie, qui refuse de coucher avec lui. Harold se consolera (se vengera ?) avec une fille amoureuse de lui dans la resserre des bois, là où de jeunes hommes défilent pour se soulager. Jusqu'à la scène-choc, creuset de toutes les névroses. La boule de billard dans la bouche de Semple n'était qu'un petit amusement de bourreau pour son souffre-douleur préféré.

(...) ce qui lui était arrivé à lui, Semple, était manifestement si violent que cela lui déchirait l'âme, et ce qui émergerait du carnage serait bien obligé de continuer à vivre (...);


  Le plus frappant dans ce deuxième roman de Don Carpenter, disparu en 1995 et dont les livres paraissent dans le désordre en France, c'est cette façon de décrire l'horreur, d'une sourde cruauté, avec un détachement froid donnant à voir la violence des rapports sociaux dans leur version la plus nue, la plus crue qui soit. En fond de toile, le désespoir bien sûr, brossant des existences sans horizon et sans rédemption possible, mais l'humanité aussi de personnages hantés qui s'agitent dans un bocal avec leur folie intérieure, leurs déceptions, errant dans un monde qui leur refusera le salut. Beaucoup de noirceur et une détresse silencieuse, quelques rayons d'humanité aussi, des sentiments à fleur de peau et leur puissance destructrice. Clair-obscur (Blade of Light en anglais) est une histoire de fantômes, de douleur et de détresse mêlées de bienveillance par un écrivain qui a tout compris des hommes et des femmes. Un roman court et percutant, noir et touchant, qui fait aussi mal qu'une boule de billard enfoncée dans la bouche.
                                                                                                             
Clair-obscur, Don Carpenter, Cambourakis, janvier 2019, 208 pages, 20 €

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