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Né d'aucune femme, Franck Bouysse (La Manufacture de Livres) ★★☆☆☆

  Le livre traîne dans notre pile depuis janvier et, il est vrai, le succès venant, on a préféré différer notre lecture par crainte d'en manquer l'esprit. Alors, que vaut ce Né d'aucune femme, par un auteur dont on découvre l'écriture ? Soyons clairs, on a comme un doute sur le texte même si on va louer certaines de ses qualités, sans avoir été touchés plus que de raison. De notre côté, pas le chef-d'oeuvre attendu pour ce roman noir classique, un peu poussiéreux.



  Dans un milieu paysan, Onésime vit avec sa dame et leurs quatre filles. L'une d'entre elles, quatorze ans, s'appelle Rose. Ils sont pauvres et sur la brèche. Onésime va "léguer" la petite Rose au maître de Forge, dans une forêt pour le moins inquiétante en un temps reculé...  Tout ça on le sait car Rose, pourtant peu éduquée, a consigné sa vie dans les pages d'un carnet retrouvé par hasard...
Onésime, ce que tu as fait est mal, tu en payeras le prix, moins que ta chère Rose pourtant... La condition de femme et de mère, l'éternel retour de la violence, les origines du mal, la filiation ou l'expression de la folie sont quelques thèmes de ce roman noir, option cruauté. Ambiance pesante, histoire glauque, scènes poisseuses, Né d'aucune femme ne vous lâchera pas. Écriture soignée par une belle et vive oralité de la langue, travail de narration qui croise les voix et les pistes, scénario rythmé et bien mené pour une construction fine, on retient aussi son caractère très visuel qui fixe des instants suspendus à une éternité remplie de vide et désertés par le sens. Le livre fermé, nous reste en tête un ou deux personnages (Rose, le maître), des évocations prégnantes car très visuelles. Il est touchant de voir comment Rose se bat avec sa vie, le vide et les mots, elle qui consigne la violence d'une vie dans des carnets, témoins futurs d'une existence marquée au fer rouge. Voilà pour les qualités.

La seule chose qui me rattache à la vie, c'est de continuer à écrire, ou plutôt à écrier, même si je crois pas que ce mot existe il me convient. Au moins, les mots, eux, ils me laissent pas tomber.

 Mais on a comme un doute. Deux bémols à vrai dire. Le premier, une mécanique narrative certes efficace mais un tantinet trop construite, à l'image de cette fin facile et téléphonée, pas à la hauteur mais qui a le mérite de fermer le livre. L'alternance de regards confère rythme au récit, tout en incarnant des voix singulières, en proie au remords ou à la survie (car au fond Né d'aucune femme est une histoire de survie) mais son systématisme ennuie par moment. On sent que Franck Bouysse a calibré son bouquin, l'a travaillé au cordeau pour faire monter la sauce, en remplissant parfois trop les silences, comblant par des mots répétés l'horizon du vide. Mais le "style", lourdaud par instant, nous fait dévier. Et l'immersion en prend un coup.
Autre bémol, bien plus gênant, l'impression qu'on nous force la main sur le terrain de l'émotion avec une pointe de misérabilisme. Impression d'être pris à la gorge avec un côté tire-larme.

Un livre à la fois longuet et bien construit, tirant un peu trop sur la corde du sensible mais plutôt digne d'intérêt dans ce qu'il dit des hommes, de leur condition et de leur âme. Mais, aussi, qui n'a pas produit chez nous l'émotion qu'il semble susciter ailleurs. Il est parfois des enthousiasmes qui nous échappent...
                                                                                                                    
Né d'aucune femme, Franck Bouysse, La Manufacture de livres, janvier 2019, 334 p., 20.90€

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