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Success Story, Romain Ternaux et Johann Zarca (Editions Goutte d'Or) ★★★★☆

    Romain Zarca, j'ai lu ton livre en une après-midi lénifiante de surveillance de bac. Il m'a revigoré, il m' a fait rire et je trouve bouleversante l'histoire avec Anna. Je ne suis pas le seul à le penser, tous les lycéens ont adoré (ma fille de 6 ans aussi, qui est fan de Megg, Mogg et Owl). Tu ne te rends pas forcément compte mais ce que tu as écrit est plus qu'un feel good, c'est un manifeste en faveur des bonbons. Tes parents seraient fiers de toi, mon Johann Ternaux.



    Mais qu'est-ce qu'on a go-leri ! Jubilatoire ! Ah ces deux couillons de Johann Ternaux et Romain Zarca, indéboulonnables clowns de la défonce, assument jusqu'au bout leur feel good provoc'. Plutôt responsable à notre goût. Ah si des Anna Jocelin peuplaient tous les bahuts de France, la vie serait plus fun... Avec Success Story, tu pourras picoler et sniffer gratos sans craindre les effets secondaires ; faire ce que tu n'as jamais osé : animer une maison de retraite avec joie et accueillir un SDF chez toi ! Emménager sur l'île Saint-Louis et faire des gros gros chèques à des associations humanitaires que tu connais même pas. Et si t'as pas assez de talent pour te faire éditer, pas grave, tu pourras t'incruster dans l'appart' d'un grand éditeur du 6e et te faire offrir ce que tu veux. Crois-moi, on n'imagine pas ce que font ces gueules d'enfarinés...
 Pour faire court, Anna Jocelin, la trentaine, est une prof' de français acariâtre, psychorigide, frustrée et insociable. Déprimée, sans sexe depuis sept ans, elle fait la tronche H24. Normal se dit-on, elle habite Bry-sur-Marne. Zéro confiance, zéro ambition, zéro avenir. Ah si, elle veut écrire un bouquin. Elle déteste ses collègues (sauf Julien le beau gosse prof d'anglais), le personnel d'établissement et les élèves. Ce sont les vacances pour deux mois, ouf ! Mais patatras, elle tombe sur Carine à la terrasse d'un café, ancienne camarade de lycée très portée sur les drogues...  Et boom, sa vie mute. On se trouve pourtant à Bry-sur-Marne hein. Son secret ? Même les journalistes de France Inter n'en sauront rien...
Quelles vacances quand j'y songe ! En seulement quelques semaines, je me suis métamorphosée en une femme plus épanouie, sociable et altruiste au point d'avoir confié mon appartement à un inconnu.

   On connaissait bien sûr le père de Paname Underground, moins le frérot Ternaux, reconnaissons-le. Et Zarca, on kiffe bro ! Eh bien pour le coup, pas déçu du voyage. De la tristesse de Bry-sur-Marne au paradis de l'île Saint-Louis. Si vous peinez encore à cerner l'esprit du blog L'Espadon, lisez Success Story et vous aurez un petit aperçu. Car soyons francs, on est plutôt porté sur une littérature qui pratique l'humour, l'ironie, l'autodérision et un 10e degré qui manque cruellement à notre époque. Pour une fois, le titre ne ment pas. Jamais. Le programme annoncé (Success Story, feel good irresponsable) est respecté jusqu'à la lie, jusqu'à la dernière goutte, jusqu'au dernier gramme. Extase. Lire ce bouquin, c'est atténuer son stress, doper sa créativité, stimuler son énergie, adoucir son âme et booster son quotidien. Un feel good quoi, un vrai, tenu, écrit comme il faut. Si Success Story était un alcool fort, il serait notre Armagnac Delord, récolte 1976, avec sa couleur miel. Du nectar on vous dit. Success Story comme une bonne grosse caricature aussi. Pas à base de vitamine ou de complément alimentaire, non, non, rien de tout ça. Quelque chose de plus fort : MDMA, coke, Modafinil, weed, Lexomil, LSD, amphèt'. Ah et de d'alcool ici ou là : mojito, coupe de champ', punch... Les drogues et psychotropes en tout genre comme alternative à l'indifférence, un pied de nez à l'inhibition. Catalyseur de chef-d'oeuvre et exhausteur de vie. Success Story va réenchanter votre petite vie de prof' méprisé, d'écrivain raté, de vieux rejeté. Tous les losers vont prendre leur revanche sur le réel. Car Anna la psychorigide est devenue hypersensible, amoureuse de la vie, des autres, des vieux, des EHPAD, pleine de bons sentiments tout dégoulinants pour son prochain. Le SDF, lui, a quitté son caniveau pour Greenwich Village.
 L'écrivaine Virginie Despentes aussi dit avoir rédigé Les jolies choses en moins d'une semaine, dopée à la coke. Loin de moi l'idée d'en faire l'apologie mais admettons-le : la cocaïne stimule, motive, rend productif et vif d'esprit. Le produit idéal pour les entrepreneurs, les artistes et les ambitieux.

    C'est drôle de bout en bout, frais et rentre-dedans. Tout en épargnant leur héroïne, les deux auteurs étirent le sentiment de malaise, enfoncent le clou hallucinatoire jusqu'au point final sans jamais dévier de leur ligne blanche (facile celle-là), sur le fil d'une amoralité bienveillante, comme un furieux space cake truffée d'empathie houblonnée. Ça charcle à l'endroit des profs, ça taille les vernisseurs, ça tape les médias officiels, les cénacles d'Odéon, les journaleux et autres directeurs d'hospices... Mais oui Anna, on t'aime, Carine aussi, je t'aime nous t'aimons tu m'aimes ? mais oui je t'aime... Super la vie est belle, oh oui, belle, belle !
     Livre tenu, bouquin qui se prend pour ce qu'il est, un vénéneux divertissement, une farce rigolarde qui finalement en dit bien long sur le désenchantement et la médiocrité d'une époque. Attention, on n'a pas dit que c'était le chef-d'oeuvre du siècle hein. Mais c'est le bouquin qui vous donne envie d'essayer... (d'être heureux hein, pas de malentendu).  Et s'il est impossible de décrocher, comme un vrai camé, c'est qu'on est amoureux d'Anna. On aimerait tellement lui ressembler... Notre horizon, notre étendard de liberté, le héraut des marginaux. Et ça sent le vécu, la connaissance du terrain. Zarca et Ternaux, sans prétention, assument le grotesque jusqu'au bout. Engagement total, bon gros délire tout en finesse et ironie. Barbara Cartman a décidément bon goût... Promis, je démissionne demain. Car, après-demain, j'écris mon feel good et l'adapte en film. Promis, si je réussis, je garde le secret...
                                                                                                                                  
Romain Ternaux, Johann Zarca, Success Story, éditions Goutte d'or, mars 2019, 311 p., 17€

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