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Facile, l'art français de réussir sans forcer ★★★★☆




Le philosophe, essayiste, écrivain et pédagogue Ollivier Pourriol (Vertiges du désir, Le Peintre au couteau, Éloge du mauvais geste...) vient de commettre un petit essai sans prétention sur l'art de réussir sans forcer (ou plutôt sans en donner l'impression). Un art typiquement français, résumé par la quatrième de couverture : "L'intelligence, c'est la ruse : ne pas prendre la difficulté de face, inventer un chemin détourné, qui atteint mieux le but, sans effort, avec élégance".
Un programme alléchant même si Pourriol donne parfois le sentiment — seulement une impression —d'enfoncer des portes ouvertes. Sauf qu'il le fait avec style, naturel et enthousiasme : une sorte de didactisme fin et élégant, jamais pompeux ou ennuyeux. A l'image du petit bijou qu'était Cinéphilo. Quelques phrases, pensées ou observations restent ainsi en mémoire. Celles empruntées au philosophe Alain : "Continuer. Commencer". D'une évidente limpidité. Comme ce dialogue socratique entre une lycéenne perdue pour la philo et son mentor, l'auteur lui-même, pour qui la réussite tient moins à l'horizon (la note au bac) qu'à la façon d'atteindre cet horizon. Et bam, de 4, l'ado passera à 18 au bac, sans forcer. Facile non ?

L'argument du livre est simple : "certains buts ne peuvent être atteints qu'indirectement. En renonçant sincèrement à essayer de les atteindre. Facilement. Sans les viser. La séduction par exemple : quoi de moins séduisant que quelqu'un qui essaye de vous séduire ? C'est lourd, c'est direct, ça manque de naturel et d'imagination. Quand on essaye, c'est qu'on va rater".
Pour mieux illustrer son propos, O. Pourriol multiplie exemples et cas concrets, s'appuyant sur la parole de spécialistes de l'état de grâce. De Descartes à Yannick Noah, d'Hélène Grimaud à Zinédine Zidane, en passant par Alain Passard et le funambule Philippe Petit. L'auteur, qui a digéré ses classiques, convainc souvent par  son style simple et direct, ses phrases teintées de bon sens et son sens de l'image. Résultat, on retiendra quelques maximes à mettre en œuvre aussitôt la lecture finie :
- mieux vaut agir que (trop) penser (lire la jolie analyse du fameux French flair)
- il faut accueillir la vague pour mieux s'y fondre.
- tentez d'atteindre sans viser et, comme Yannick, cultivez une forme d'indifférence.
- Continuer. Commencer. (en gros, continuez ce que vous faites, en vous efforçant à chaque instant de le faire mieux).
-il faut laisser venir à nous ce qui nous entoure et faire confiance à son corps.


Rien de révolutionnaire mais un angle d'analyse frais et un essai plus intéressant qu'un livre d'aéroport au final. Ollivier Pourriol offre quelques pistes, simples et faciles donc, pour atteindre cet état de grâce, "la zone", pour se contenter d'être ce que nous sommes. Pour mettre fin, en somme, "au décalage horaire perpétuel entre l'âme et son enveloppe". Car l'agrandissement de notre être est une joie. Il fallait y penser. Mais surtout le faire comprendre. Pari réussi ! (4/5)

Facile, Ollivier Pourriol, Michel Lafon, 2018, 14,95€.

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