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La Petite Gauloise : bombe à retardement ★★★★☆


Le court roman de Jérôme Leroy, La Petite Gauloise, a fait peu de bruit et c'est pourtant un bijou de lucidité, une belle gifle loin de tout sociologisme lénifiant.

      Dans une ville portuaire de l’Ouest gérée par le Bloc Patriotique et traversée de rues au nom d’anciennes gloires frontistes (rue Jean-Pierre Stirbois), le capitaine Mokrane Méguelati vient de se faire exploser la tête par une balle de calibre 12, tirée par le brigadier Richard Garcia, policier municipal. Une belle bavure policière. Oui mais voilà, il faisait nuit, la ville est en crise et les « désordres géopolitiques » mettent tout le monde sous pression… Ailleurs, les esprits s’échauffent dans la cité voisine.





Jérôme Leroy (Le Bloc, L'Ange gardien) bâtit un roman social d’une douloureuse clairvoyance, en dressant le portrait d’un pays à la dérive, qui a succombé au charme des extrêmes. Une France peuplée de « petits retraités angoissés, de moyens pauvres qui vivent dans des pavillons décatis » pas loin des tours des 800, de « chantiers navals agonisants », dans une ville où le taux de chômage atteint des records.
A peine dystopique, La Petite Gauloise montre une école à la dérive, des profs paumés, des petits fonctionnaires précarisés, un communautarisme rampant, la radicalisation et son corollaire naturel, la banalité du terrorisme. Il y a cette petite Gauloise, symbole d’une jeunesse désœuvrée dans un pays en panne d’idéal, orphelin d’un projet politique. Elle est invisible socialement, mais a tout vu et tout compris avant les autres. Elle aura évidemment son petit quart d’heure de gloire car le désenchantement ou les frustrations accumulées doivent trouver un terrain d’expression, quel qu’il soit. Le drame se déroule sous nos yeux mais personne ne le voit, tous qu’ils sont aveuglés par leur quotidien minable, leur bêtise, leur arrogance ou simplement accablés par la médiocrité ordinaire. Sourds aux injonctions du réel.

Un livre court, efficace, drôle par son ironie goguenarde et terrifiant par ses descriptions hyper lucides, suspendu à un suspense malin. Pas moins que le portrait d'une humanité triste, à l'agonie. La chronique d'un effondrement programmé. Jérôme Leroy ne fait toutefois pas la morale, il constate. Tout juste quelques moqueries sans conséquence. Mais est-ce bien nécessaire face à ce chantier qui parle de lui-même ? Comme une bombe à retardement. Merci M. Leroy pour ce salutaire rappel au réel. (4.5/5)

La Petite Gauloise, Jérôme Leroy, La Manufacture de Livres, mars 2018, 12.90 €


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