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Un feu éteint : souffler sur les braises du désenchantement ★★☆☆☆



       Philippe, quadra désabusé, est journaliste pigiste à Paris. Après vingt ans de bons et loyaux services, il veut faire le point sur cette vie qui ne ressemble pas vraiment à celle qu’il imaginait. Direction Rouen. Une semaine pour comprendre, comme un retour aux sources. Comprendre pourquoi l’amitié nouée avec Louis, David et Clément s’est délitée. Lentement, avec l’usure du temps. Philippe est étranger à lui-même mais aussi clandestin dans sa ville de jeunesse, Rouen, qui « fonctionne comme une cuvette dont le siphon serait le fleuve qui la divise », cernée de toutes parts par quelques raidards qui essoufflent. Chaque jour, sept au total, comme autant de chapitres, lui apporteront une réponse. Il va errer, solitaire, dans cette ville sombre et pluvieuse, avant de retrouver ses anciens amis, quittés, oubliés. Lâchement, sans préavis…

    Roman sur la fin des illusions et la possibilité d’une renaissance, Un Feu éteint est aussi un livre sur la mémoire. La quête banale d’un homme en milieu de vie à qui on ne la fera pas deux fois. Les désirs sont enfouis, certes, mais juste là, prêts à resurgir à tout instant, à la faveur d’une rencontre, d’une discussion, d'une promenade en bord de mer avec Cécile. Il est question de désirs d’écriture – la vraie, celle de l’écrivain, pas celle du journaliste, low cost, mécanique, fruit d’une injonction. De désirs de chair aussi.

     L’intérêt réside dans les non-dits, le lent et serein dévoilement des enjeux, puis dans cette quête qui s’ignore. Philippe, lui-même, ne sait pas très bien ce qu’il vient chercher, un peu aveugle à ses envies. Louis agira comme un déclencheur, lui le brillant universitaire, froid et cynique, qui a semble-t-il mieux réussi que les autres. Pas d’inutiles effets de surprise ici, juste des sentiments et des réflexions guidés par le désir de savoir, une sensibilité contenue d'une saveur douce-amère. Un portrait intimiste aussi, baignant dans une eau mélancolique qui ruisselle sans cesser sur les bow-window de Rouen.

Après sa dernière excursion aux Essarts et Caudebec-lès-Elbeuf, Philippe aura-t-il retrouvé l'étincelle ? La résurrection est-elle possible, même quand tout semble perdu ? Un feu pas si éteint finalement… (3/5).

Un Feu éteint, Fabrice Chillet, Finitude, septembre 2018, 13.50 €



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