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Carnet de semestre littéraire

On vous ne dira pas quels livres acheter pour l'été mais, en toute humilité et subjectivité littéraires, L'Espadon a voulu faire le tri entre le bon grain et l'ivraie. Voici six mois de lecture en quelques romans bien troussés, drôles, vifs et surtout diablement intelligents, où l'écriture fait remonter le fond à la surface. Par ordre de parution des chroniques sur le blog. C'est parti.

Les Enfants des autres, Pierric Bailly (P.O.L)
Chronique campagnarde nourrie au lait d'Arbois, le quatrième livre du Jurassien navigue entre la SF familiale, la comédie forestière et le thriller lynchien. L'humour goguenard vient servir le tableau d'une paternité schizophrénique dans un livre à la construction sobre mais étourdissante. Pierric Bailly joue en toute décontraction avec la matière littéraire. Vous ne verrez plus votre conjoint(e) et vos enfants du même oeil. 




Blues pour trois tombes et un fantôme, Philippe Marczewski (Inculte)
Beauté de la langue pour rendre hommage à la beauté des pierres de Liège, à ses musiques, à ses histoires d'ouvriers et de migrants, à ses formes anguleuses, sa mémoire littéraire et artistique, comme une mélopée chantée par un cours d'eau tranquille. "On n'habite jamais une ville, seulement l'idée que l'on s'en fait". La carte intime d'une vie nomade et mentale, un livre qui célèbre l'impermanence et dessine l'âme d'un lieu.




La Séparation, Sophia de Séguin (Le Tripode)
L'amour en ses haines et passions déchirées, ses élans impossibles, ses absences comme des gouffres. Une séparation mais de multiples fractures pour dire la perte de l'être aimé, l'impuissance du langage, et célébrer ou moquer un sentiment jamais à la hauteur de ce qu'on attend de lui. Une écriture des viscères dans ce carnet drôle et déchirant.





À mains nues, Amandine Dhée (La Contre Allée)
Amandine Dhée vient du Ch'Nord et, je dois bien l'avouer, j'ai un gros faible pour cette région. Mais surtout son livre À mains nues est le genre de livre féministe qu'on lit trop rarement. Sujet délicat, souvent maltraité et mal traité. L'autrice y va à la machette des mots sur le désir, le sexe, la maternité, dans un style vif, cru mais pudique, loin des sociologies de comptoir, avec la force d'un témoignage sincère.





La Fabrique de la terreur, Frédéric Paulin (Agullo)
Une plongée fascinante dans la géopolitique contemporaine mêlant fiction, faits historiques et personnages réels. La littérature pour comprendre la montée du radicalisme et les origines du "Mal" entre France, Moyen-Orient et Afrique. Une très solide documentation, une belle maîtrise des enjeux et un rythme haletant. Pas de prof d'histoire au ton docte ici, mais un écrivain à son pic de forme. Le dernier tome d'une trilogie passionnante.




La Certitude des pierres, Jérôme Bonnetto (Inculte)
Brillant thriller rural, tragédie bien française entre des chasseurs et un berger coincés entre la mer et la montagne. La Saint-Barthélémy rythme chaque année la montée des tensions jusqu'à l'inexorable final en mode chevrotine. Un grand western montagnard au charme organique, où il s'agit de sonder l'histoire d'un effacement.






Nos corps érodés, Valérie Cibot (Inculte)
Ecriture là aussi d'un charme organique dans le sac et ressac de la vague, où les rouleaux pourtant identiques à eux-mêmes semblent redessiner les contours des métamorphoses. Fable minérale sur la résilience d'une île qui va bientôt disparaître sous l'effet de l'érosion. Les hommes et les femmes qui y vivent refusent l'inéluctable. Le "mal" et la violence vont pouvoir se libérer. Prose chimique qui sape la phrase pour toucher les corps et leurs déchirures au plus près. (interview)





Ça fait longtemps qu'on s'est jamais connu, Pierre Terzian (Quidam)
Tranches de vie dans les garderies du Québec avec Pillère qui souffre au milieu des marmots. Tendre et hilarant, gentiment moqueur et joliment bienveillant, un pur moment de lecture. Pierre Terzian célèbre la langue avec une verve et une énergie rarement vues ailleurs. Très touchant. (interview)








Esther, Olivier Bruneau (Le Tripode)
Auteur fétiche de L'Espadon, avouons-le. Après Dirty Sexy Valley, Olivier Bruneau revient avec un divertissement de haut vol, entre la comédie sociale façon Judd Apatow, le roman d'anticipation et le film d'action.  Avec un soupçon de mythe, Frankenstein et le Golem ensemble.
Esther, un lovebot (comprenez un robot qu'on achète pour se sentir moins seul), est retrouvé déglingué dans une ruelle sombre. Un couple à la libido endormie, ou plutôt Anton, va la remettre d'aplomb en loucedé avant d'être dépassé par des intérêts plus grands que lui. Passionnant, diablement intelligent, écriture d'une ironie tordante ou glaçante, Esther confirme le talent de l'un des grands espoirs de la littérature française, qui a tout compris au fonctionnement du capitalisme et aux enjeux du monde de travail. Dans le genre, je n'ai pas lu mieux, à l'image de scènes de sexe absolument fascinantes. Et comble de l'élégance, Esther est d'un féminisme percutant. On a donc interrogé l'auteur pour en savoir plus. Je précise, les réponses sont plus intéressantes que les questions tordues (interview).

Jours de manif à L.A., Suf Marenda (Vanloo)
Poésie comme une humble pavasse jetée dans la cité des anges, Suf Marenda s'en donne à coeur de joie pour exploser ce fantôme de béton tout en flash et néons. Un grand fracas maverick, une révolte en vers et contre tout. Poésie gonzo certifiée sans vernis et sans cheddar.








Et on n'oublie pas tous les autres bons livres chroniqués sur L'Espadon qui, par leur forme, leur écriture et l'univers d'auteur déployé ont su, d'une manière ou d'une autre, parler à notre sensibilité littéraire (cliquez sur le titre pour retrouver la chronique) :
- Blandine Volochot par Lucien Raphmaj (Abrüpt);
- La Ville soûle, Christophe Grossi (Publie.net);
- La Mort et autres jours de fête, Marci Vogel (Do éditions);
- Le Répondeur, Luc Blanvillain (Quidam);
- Hic, Amélie Lucas-Gary (Seuil);
- L'homme heureux, Joachim Séné (Publie.net);
- Je suis l'hiver, Ricardo Romero (Asphalte);
- La Langue paternelle, Arno Dubois (Cambourakis);
- Il est des hommes qui se perdront toujours, Rebecca Lighieri (P.O.L)

Bonne lecture !


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